Nocturnus A.D. – Paradox

Parmi les sorties death metal de l'année, il y en a une que nous n'avions pas vu venir. Et pour cause,  Nocturnus A.D. n'est autre que la reformation de Nocturnus menée par le batteur et membre fondateur Mike Browning, accompagné des musiciens d'After Death (son groupe post-Nocturnus, d'où le A.D.). Si le combo avait rejoué en live en 2014 sous ce nom, avec notamment un passage remarqué au Hellfest, pour interpréter The Key (1990) en intégralité, rien ne laissait entendre qu'il débarquerait en 2019 avec la suite de l'album sus-nommé.

Paradox est en effet l'héritier direct de The Key, à la fois dans le style musical comme dans la production. C'est simple, on croirait entendre un album enregistré en 1991 aux Morrisound Studios de Tampa. Même l'artwork réalisé par Timbul Cahyono ressemble à s'y méprendre à celui de Dan Seagrave sur The Key. Au programme de ce Paradox, death technique old school, science-fiction et  chant éructé de Browning pour un peu plus de cinquante minutes de voyage dans le temps.

Les ingrédients qui ont fait le succès de Nocturnus sont bien présents. Dès "Seizing the Throne", on retrouve des riffs complètement fous doublés par des lead de claviers très en avant. Le chant de Mike Browning est une fois de plus très écorché, à la manière de ce que les vocalistes du genre pratiquaient à la fin des années 80, Patrick Mameli (Pestilence) et Kelly Shaeffer (Atheist) en tête.

Nocturnus, Metal,

Depuis 1990, la concurrence s'est accrue dans le domaine du death technique. Intelligemment, Nocturnus A.D ne cherche pas à tout pris à rivaliser avec les jeunes combos qu'il a influencés (Obscura ou Beyond Creation en tête). Certes, le quintette a composé des titres à la structure complexe ("Predecession of the Equinoxes", "The Antichamber", "Apotheosis"), mais la mélodie est toujours présente, qu'il s'agisse de l'intro au clavier puis du riff thrash de "The Bandar Sign", du très progressif "The Return of the Lost Key" ou de la magnifique outro instrumentale "Number 9".

Le jeu de batterie de Mike Browning n'est certes pas le plus impressionnant du milieu, mais il garde sa touche si caractéristique, tandis que les deux guitaristes Demian Heftel et Belial Koblak sont les grands gagnants de l'album (le solo de "Number 9" est un grand moment). Les parties de synthé de Josh Holdren agaceront les oreilles non-averties avec leurs sonorités à la limite du kitsch et particulièrement ancrées dans les années 90 (on pense notamment aux bruitages d'intro d'"Aeon of the Ancient Ones"). Et pourtant tout le charme des compositions repose sur ces sons lead et les soli outranciers proposés par le claviériste.
 

Côté production, comme nous l'avons déjà souligné, Paradox est brut de décoffrage et donc bien plus proche de The Key que de Thresholds (1992) qui voyait Nocturnus partir vers un son plus propre. Cette mise en son sale brute et old school, avec une batterie non triggée et sur laquelle de la reverb a été ajoutée, déstabilisera certainement de nombreux auditeurs dont les oreilles sont habituées aux production modernes. Et pourtant elle apporte tout son charme à cette œuvre et colle parfaitement aux compositions proposées par la bande de Mike Browning.

La qualité de l'œuvre n'a pas a rougir face à The Key ou même Thresholds puisque les titres semblent avoir été écrits à la même période. Et c'est bien cela qui fait la force du groupe. Là où de nombreuses formations de cette époque ne parviennent plus à retrouver l'état d'esprit dans lequel elles étaient et la magie des premiers enregistrements, Nocturnus y arrive sans problème. Paradox reste un album varié et particulièrement riche, où chaque écoute permettra de saisir de nouveaux détails (partie de clavier, break de batterie, trouvaille rythmique...).

Presque trente ans après The Key, Mike Browning nous en offre ainsi le digne successeur et prouve si besoin est qu'il est le légitime héritier de Nocturnus. Paradox est un ovni dans les productions death metal de 2019, mais saura à coup sûr ravir les fans de la période dorée du techno-death du début des années 90. A quand un concert en France désormais ?

Tracklist :

Seizing the Throne
The Bandar Sign
Paleolithic
Predecession of the Equinoxes
The Antichamber
The Return of the Lost Key
Apotheosis
Aeon of the Ancient Ones
Number 9

Photographie live : © Thomas Orlanth 2014
Toute reproduction interdite sans l'autorisation du photographe

Déjà disponible chez Profound Lore Records

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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