Entretien avec les membres de End Of Mankind

C’est juste après leur concert au Winter Rising Fest que les musiciens de End of Mankind répondent à nos questions concernant notamment la genèse de leur album Faciem Diaboli. Nous en avons également profité pour en savoir plus sur leur parcours, leur façon de fonctionner ainsi que leurs influences…

Tout d’abord comment s’est passé votre concert au Winter Rising Fest vendredi dernier ?

Goulax (guitar) : Très très bien, même si nous avons joué relativement tôt le vendredi le public était «physiquement» présent et réceptif. On a vraiment été bien accueilli par l’équipe du WRF que je remercie au passage. Une orga au top, une bonne prog et une super ambiance.

Avez-vous eu le temps d’y apprécier d’autres groupes ?

Goulax : Nous sommes restés deux jours avec le stand MALLEVS RECORDS, notre label spécialisé dans la production de cassettes. Du coup, nous avons pu voir absolument tous les groupes. Pour ma part j’ai particulièrement apprécié Interment, Goath et Profanatica.

Pourquoi Eternal Majesty a splitté en 2015 et pourquoi êtes-vous revenus sous le nom de End of Mankind ?

Thorgon (batterie) : On ne peut pas vraiment parler de split pour Eternal Majesty, mais plus d’une longue pause car nous sommes actuellement en train d’enregistrer cinq nouveaux morceaux qui devraient, si tout se passe bien, sortir courant 2020. Nous avions à un moment donné besoin de prendre du recul musicalement et humainement avec la scène black metal pour différentes raisons. Il a souvent été question de reprendre Eternal Majesty mais c’était impossible pour nous de continuer le groupe sans tous les membres d’origine. Nous avons finalement décidé, Sagoth (basse) et moi-même, de monter un nouveau projet avec des personnes rencontrées au fil des années et des différents groupes avec lesquels nous avons joué entre temps.
 

End Of Mankind

Que représentent pour vous les premiers groupes de black metal français ?

Sagoth (basse) : A l’époque, le black metal n’avait pas du tout la même place au sein de la communauté « metal ». Nous étions complètement à part, mais une vraie scène existait avec ses groupes (peu nombreux), son public et ses codes. Sans en avoir conscience, nous avons je pense, ouvert pas mal de portes aux nouvelles générations. Quoi qu’on en dise, à notre manière, nous avons apporté cette touche black metal « à la française » qui semble susciter de l’intérêt en dehors de nos frontières. Cette façon de faire profite aujourd’hui à bon nombre de groupes post et black metal. Cela a donné naissance à pas mal de bonnes choses même si ça traîne aussi son lot de guignols. Globalement, cette influence est encore bien présente, j’en suis le premier surpris d’ailleurs. Depuis 1994, Thorgon et moi avons joué dans bon nombre de formations telles que Antaeus, Aosoth, Eternal Majesty, Deviant, Reverence …, il est donc difficile pour nous d’avoir un regard extérieur. Je me rends juste compte de l’impact de ces années au fil des rencontres et des discussions avec cette jeune génération. Il faut croire que nous avons laissé un héritage qui perdure encore …

Au début de End of Mankind vous avez fait deux splits. Est-ce que le fait d’en partager un avec Azziard et l’autre avec Katacombes vous a aidé à compléter votre line-up définitif ?

Nesh (guitare) : On peut parler en réalité d’un seul vrai split, celui avec Katacombes. Ce dernier est sorti au format cassette sur MALLEVS RECORDS, après mon arrivée dans le groupe, donc notre line up était déjà complet à ce moment. Pour ce qui est d’Azziard nous avons fait plusieurs dates ensembles, dont une à la Comédia Michelet à Montreuil, en compagnie de Bain De Sang, et c’est pour cette date que nous avons sortie une K7 copil’, « Dudelsack Des Teufels », avec deux morceaux de chacun des trois groupes de l’affiche.

Quels sont les principaux compositeurs de End of Mankind ?

Nesh : Satan !

Goulax : Tout le monde compose dans End Of Mankind. Il y a un vrai travail de groupe. Avant, j’avais tendance à composer sur le vif, suite à des fulgurances d’idées mises en place avec le groupe sur l’instant. A contrario, Nesh arrivait avec des morceaux pré-maquettés et réfléchis, que nous arrangions tous ensemble part la suite. Faciem Diaboli nous a apporté une méthode de travail ; chaque membre a maquetté ses idées de son côté et les a proposées au groupe qui les a finalement arrangées en répète. C’est grâce à ça que nous avons pu avancer efficacement sur la composition.

Pourquoi avoir pris l’option d’écrire plus de texte en anglais qu’en français ?

Anxiferath (chant) : C’est la direction initiale de mon processus de composition que j’ai décidé de suivre à mon arrivé dans le groupe. Je crois aussi que j’ai plus d’aisance à développer mes concepts en anglais. Néanmoins, pour les morceaux en français, je passe beaucoup plus de temps afin d’être pleinement satisfait de la prose, des champs lexicaux et des rimes éventuelles. Je dirais également que mon background de frontman dans des groupes de punk / hardcore, a eu une influence significative sur le fait que je choisisse d’écrire principalement en anglais.

Pour moi, les morceaux que j’écris en français, aussi peu nombre soient-ils, sont à considérer comme un hommage à la tradition française black metal et à son rayonnement dans le monde.

Comment vous est venue l’idée de travailler les textes sur les recluses ?

Goulax : Tout est parti de la lecture de « Je, François Villon » de Jean Teulé, ouvrage de fiction qui relate la vie et les méfaits de François de Montcorbier dit « Villon », un poète français de la fin du moyen âge mais aussi membre des Coquillards, une confrérie de brigands sanguinaires.

Afin d’intégrer cette confrérie, il offrit sa femme Isabelle, à la pire bande d’écorcheurs et de pilleurs de l’époque, les Compagnons de la Coquille. Ces barbares abusèrent sauvagement d’elle et la salirent définitivement aux yeux de tous. En signe de pénitence, la pauvre fille décida de s’enfermer dans une loge de recluse au cimetière des Innocents de Paris. Les « recluseries » étaient des petites loges situées à l’entrée des villes ou des cimetières. La recluse était emmurée dans un cube de maçonnerie humide et étroit avec l’impossibilité de s’y mouvoir. Elle n’en sortait qu’à l’état de cadavre. Le rôle de la recluse était d’être en communion avec Dieu, afin d’épargner à la cité tous les maux (guerres, famines, épidémies). De quoi à l’époque rassurer les habitants, grâce à cette protection surnaturelle. Elle n’avait de nourriture que ce qu’on voulait bien lui porter et se trouvait réduite à converser à travers une grille avec ceux qui lui faisaient l’aumône de la parole. Très souvent, elle ne résistait pas longtemps à de telles conditions de vie. A cette époque, la souffrance était considérée comme nécessaire pour obtenir les récompenses célestes, cette aspiration au sacrifice a fait germer les « recluseries ».

Ce sujet nous a passionnés et c’est pourquoi nous avons décidé de le mettre en musique.
 

End Of Mankind

Le son est puissant, les breaks très ambiants, les riffs des guitares sont très bien travaillés. Comment avez-vous travaillé ensemble ?

Nesh : Nous avons travaillé de différentes façons, qui toutes ont d’ailleurs été assez productives. Ma méthode de travail depuis des années c’est de composer des morceaux quasi complets chez moi, en mode maquette que je soumets au groupe et, qu’ensuite on arrange en répétition. C’est comme ça que « Vision » a été composé. Mais je me suis laissé aussi porter par des méthodes dont je n’avais plus l’habitude, comme arriver en répète et lancer des riffs puis, au fil des modifications, des échanges entre nous et des essais divers, au bout de trois heures se retrouver avec une très bonne base de morceau.

Goulax : Contrairement à notre premier EP, Faith Recoil qui avait été enregistré un peu dans l’urgence, Faciem Diaboli a été entièrement maquetté en pré-production, afin d’arriver en studio bien préparés et pouvoir dérouler sereinement chaque morceau. L’album a été enregistré au Hemlig Studio par Étienne Sarthou qui a fait un super travail tant au niveau des prises et du mix, qu’au niveau de la direction artistique qu’il s’est approprié légitimement. Ses conseils nous ont beaucoup aidés à atteindre les objectifs que l’on s’était fixé. Nous avons confié le mastering à Magnus Lindberg (Cult Of Luna, Tribulation, Refused, Alcest, …) qui s’avère être un bon ami d’Etienne, ce qui nous a permis de créer une réelle synergie entre le mix et le master. Nous sommes très satisfaits du résultat.

Avez-vous travaillé sur d’anciens titres ?

Goulax : Il y a effectivement deux morceaux qui sont devenus «Howlings and Lurid Figures» et «Dread Reign» qui datent du tout début du groupe où nous étions encore que trois : Sagoth, Thorgon et moi-même. Pour le reste tout est relativement récent.

Quelles sont vos principales influences ?

Nesh : Pour ma part je citerai tous les anciens groupes de black metal qui ont bercé ma jeunesse tels que Mayhem, Gorgoroth, Dissection mais aussi des groupes un peu plus récent comme Watain ou Der Weg Einer Freiheit, ainsi qu’une légère influence de la scène un peu plus actuelle du post black metal.

Goulax : A la base je viens plus de la scène punk hardcore, mais j’ai toujours écouté pas mal de black metal. Concernant les influences qui peuvent se faire sentir au travers de End Of Mankind, je dirais les Ramones, Kickback, Impaled Nazarene, Darkthrone, Dool, Shining, Young And In The Way, Kvist, Slayer

Que symbolisent vos trois titres instrumentaux ? Des passages ? Des moments de respiration ?

Nesh : « Misanthropic Urge To Expand » est en fait la première compo que l’on a bossée à mon arrivée dans le groupe. A la base ce ne devait être qu’une courte intro et donc intégrée au morceau « Dread Reign ». Au fil de l’écriture cette intro s’est allongée et a été agrémentée de pas mal d’éléments jusqu’aux synthés de notre amis Crucifer. Ensuite durant le mix, Etienne nous a proposé une version remaniée, plus aérée mais aussi un peu plus sale qui nous a séduite.

L’interlude « Limbes » est un titre qui se veut transitoire et qui suinte la chaire pourrissante des portes de l’enfer ou des geôles médiévales les plus sordides.

Le dernier morceau, « La Sentinelle Des Ames » n’est pas vraiment instrumental, car il y a des paroles contées par Crucifer. Il sert de conclusion à cet album thématique, le tout dans une atmosphère de recueillement mélancolique pour mettre en exergue la fin tragique, le dernier souffle des recluses.

Allez-vous tourner cette année pour promouvoir l’album ?

Goulax : Nous avons trois dates début avril dans l’ouest de la France avec The Negation. Nous travaillons actuellement sur une tournée de quelques dates courant mars en Bulgarie avec nos amis de Belgarath. Nous retournerons aussi pour deux dates en grèce en octobre 2020. L’album nous ayant pris pas mal de temps, nous avons un peu délaissé la partie booking…. Mais nous y travaillons actuellement. D’ailleurs, si jamais vous souhaitez nous envoyer une proposition de concert, vous pouvez nous contacter via cet adresse : endofmankind666@gmail.com

 Faciem Diaboli de End Of Mankind : https://endofmankind.bandcamp.com/
 



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