Nero Di Marte – Immoto

L’Italie regorge de pépites metal plus ou moins méconnues, dans des genres très variés. La formation transalpine qui nous intéresse ici est Nero Di Marte, groupe considéré comme du metal expérimental qui sort son troisième album, Immoto. S’il n’est pas inintéressant et respire le travail intense et la volonté de casser les codes, il est probablement à réserver à des auditeurs avertis.

En effet, l’album des Italiens a de quoi dérouter – comme du reste l’ensemble de leur discographie. Le groupe se qualifie comme du post metal expérimental et le qualificatif n’est pas usurpé. Nero Di Marte penche plutôt du côté extrême de la Force, emprunte beaucoup au death, au doom, voire au sludge, mais aussi au metal progressif.

Clairement, il est impossible de l’accuser de vouloir entrer dans un quelconque moule, de chercher à plaire aux masses, ni de jouer de ses instruments de façon primaire et approximative. On sent les connaissances techniques des musiciens aussi bien dans l’interprétation que dans la composition et la structure même des morceaux. Ceux-ci s’étalent de 4 et 13 minutes, et à chaque instant, que ce soit dans les paroles (en italien principalement et un peu en anglais) ou la musique, exsudent le mal-être, la noirceur, le malheur, les idées noires malsaines.

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C’est un parti pris tout à fait respectable, mais si certains passages sont effectivement prenants et nous embarquent avec le groupe dans un tourbillon de noirceur, à de trop nombreux moments, l’auditeur risque de regarder sa montre en se demandant s’il ne peut pas lui-même abréger l’agonie interminable des protagonistes du disque.

Car cet Immoto est long, très long, près d’1h10, et si ce n’est pas un défaut en soi, de nombreux passages donnent l’impression d’avoir été rallongés artificiellement, sans que cela n’apporte rien de tangible. On peut citer parmi d’autres morceaux «  La Casa Del Diavolo » , qui recèle des passages prenants, une ambiance lugubre et violente loin d’être désagréable et une fin très réussie, mais qui aurait mérité d’être divisé par deux (le titre fait 12 minutes) pour être une réussite de bout en bout.

Et, c’est peut-être un effet secondaire de cette longueur, si les morceaux ne ressemblent pas à grand-chose de connu, ils ont trop tendance à se ressembler entre eux, rendant le disque redondant par moments. Et ce d’autant plus que les nombreuses dissonances, voulues, de tous les titres, les rendent extrêmement difficiles d’accès et risquent à la longue de rebuter les auditeurs qui ne sont pas spécifiquement adorateurs d’albums où l’expérimentation fastidieuse l’emporte sur la musicalité.

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Les deux morceaux les plus captivants, « L’Arca » et « Semicerchi », sont d’ailleurs quasiment les plus courts (7 et 8 minutes tout de même). Le premier, qui semble évoquer la vacuité – ou en tout cas la difficulté de trouver un sens – à l’existence humaine, s’écoute comme un véritable voyage, un trip improbable qui ne laisse pourtant pas les auditeurs sur le bord de la route. Le second, très lent et très poignant, potentiellement sur un lien étrange entre deux personnes séparées, est imprégné d’une ambiance nostalgique très belle et très aboutie.

Sur ces deux titres, comme sur des passages ponctuels des autres, il est alors possible d’admirer les qualités de cet album : la technicité des musiciens, la voix du chanteur et guitariste Sean Worrell, capable de prendre une teinte cristalline tout comme de se faire pleinement éraillée et écorchée pour servir la chanson, une faculté indéniable à créer de vraies ambiances au sein des chansons, les paroles en italien qu’on n’attend pas sur ce genre musical mais qui renforcent l’atmosphère très particulière d’Immoto – voir notamment la fin de « Fuga », qui clot l’album.

Certains commentateurs disent que pour apprécier pleinement les compositions de Nero Di Marte, il faut énormément de temps. C’est en effet totalement possible, mais même après plusieurs écoutes, l’album semble toujours aussi long et difficile d’accès. Il plaira probablement aux amateurs d’expérimentations extrêmes et de choix radicaux, mais nombreux sont ceux qui risquent de s’y casser les dents.

Track-list

nero di marte, immoto, metal expérimental, metal italien, metal progressif exrême1. Sisyphos (11:30)

2. L’Arca (8:42)
3. Immoto (12:59)
4. Semicerchi (7:14)
5. La Casa del Diavolo (12:00)
6. Irradia (10:05)
7. La Fuga (4:37)

Sortie le 24 janvier chez Season Of Mist

NOTE DE L'AUTEUR : 6 / 10



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