Flo Mounier, batteur d’Vltimas et Cryptopsy

S'il y a une sortie d'album de death metal qui nous a marqués en 2019, c'est bien celle de Something Wicked Marches In, le premier opus d'Vltimas. Supergroupe fondé par Flo Mounier (Cryptopsy) et Rune Eriksen (ex-Mayhem, Aura Noir), accompagné de David Vincent (ex-Morbid Angel) au chant, cette formation allait au delà du simple name droping pour proposer une musique de qualité et de solides compositions. Après un essai transformé en live durant les festivals d'été, le trio est revenu en ouverture d'Abbath pour une tournée européenne en clubs. L'occasion pour nous de poser quelques questions à Flo Mounier sur la genèse du projet, et bien entendu d'évoquer Cryptopsy.

Salut Flo et merci de nous accorder cet entretien pour la Grosse Radio. La tournée d'Vltimas en première partie d'Abbath vient de démarrer. Comment ça se passe pour l'instant ?

Ecoute, ça se passe super bien. C'est un peu différent comme musique que Cryptopsy, donc les réactions sont différentes. Avec Vltimas, ça groove un peu plus et je vois que le public embarque (sic), surtout avec les paroles. Donc ça va super bien ! Ce soir, ça devrait être très intéressant aussi !

Vltimas c'est un projet d'envergure, notamment par son line-up. Comment celui-ci a vu le jour ? Est-ce que vous aviez envisagé celui-ci, Rune et toi, lorsque vous aviez collaboré ensemble au sein de Nader Sadek ?

Oui, dans le fond c'était peu de temps après. On s'entend très bien avec Rune et l'alchimie musicale est présente donc nous avons décidé de continuer ce travail ensemble. On s'est tout de même demandé quel chanteur sélectionner pour ce projet. Rune a simplement proposé l'idée à David. Et celui-ci était partant car il est fan de Rune et de Mayhem. Ça s'est passé de cette façon, à travers des contacts. Il y a quatre ans, quatre ans et demi peut-être, nous avons travaillé avec Rune puis avons proposé les idées à David. Nous nous sommes déplacés plusieurs fois chez lui au Texas et voilà comment ça s'est passé ! (rires)

Vous n'avez jamais eu peur de la comparaison avec Nader Sadek ? Sachant qu'au sein de ce projet-ci le chant était tenu par Steve Tucker qui a remplacé David au sein de Morbid Angel ?

Non, pas vraiment. Cela a rarement été comparé, peut-être car les choses sont un peu différentes musicalement. Pourtant, avec Rune et Steve, nous avions composé beaucoup de choses pour Nader Sadek. Mais dans l'ensemble, il n'y a pas eu trop de comparaison et nous n'y avons pas pensé un instant.

L'an dernier, vous avez tourné lors de quelques dates en festival, notamment au Hellfest. Quel souvenir en gardes-tu, toi qui connais bien le fest pour y avoir joué plusieurs fois avec Cryptopsy ?

J'ai toujours aimé le Hellfest. C'est vraiment un festival intéressant, qui devient de plus en plus gros à chaque fois (rires). C'était l'un des premiers shows d'Vltimas... Le quatrième peut-être... ou le troisième. C'était très intéressant. Ecoute, des festivals de cette taille là, c'est quelque chose de particulier. C'est toujours très bien organisé, la bouffe est bonne, on est en France ! (rires) C'est bien rodé donc c'est toujours un plaisir.

Souvent, lorsque des supergroupes comme le vôtre se mettent en place, c'est toujours un peu compliqué pour qu'ils tiennent sur la durée, notamment en raison de l'emploi du temps chargé de chacun des membres. Qu'en est-il pour Vltimas ? Vous pensez déjà à l'avenir du groupe et avez-vous commencé à travaillé sur un nouvel album ?

Alors...oui et oui ! (rires) On a déjà commencé à travailler sur un prochain album, qui va être très intéressant. On veut continuer ensemble, on veut vraiment faire beaucoup de spectacles à l'avenir. Ce n'est pas un projet éphémère, on pense faire plusieurs albums. C'est un projet à long terme et on en est tous conscients, on met vraiment le focus là-dessus. Le prochain album sera peut être un peu plus sombre, mais aussi catchy. Les idées de Rune sont tellement incroyables ! Ça sera certes dans la même veine, mais ça ne sera pas non plus la même chose que Something Wicked Marches In.

Parlons un peu de ton jeu de batterie. Il me semble différent entre Vltimas et Cryptopsy. En effet, pour Cryptopsy, les structures des morceaux sont souvent plus "chaotiques" et ton jeu plus débridé. Comment appréhendes-tu les deux groupes dans ton approche de la batterie ?

C'est sûr qu'avec Vltimas on joue du metal extrême mais c'est un peu plus basé sur le groove. On joue avec un gros son. Avec Cryptopsy, il y a également des passages qui groovent, mais il sont moins longs, moins présents. Tu as raison, c'est plus extrême et beaucoup plus chaotique dans le fond. Mais j'approche tout le temps mon jeu de la même façon. Je préfère me concentrer sur ma touche, comment ma batterie sonne, plutôt que sur la vitesse ou la technique. La batterie reste de la batterie, que tu joues du jazz, du rock ou autre...C'est un instrument en tant que tel, et il faut toujours l'approcher de la même façon.

Tu as un jeu très physique et rapide et pourtant, ce qui me frappe chez toi à chaque fois que je te vois en live, c'est l'apparente simplicité avec laquelle tu joues. Tu bouges très peu et pourtant tes blasts sont hyper rapides. Comment te prépares-tu physiquement à une tournée ou un concert ? Un échauffement en particulier ?

Ça dépend des jours et de comment je me sens. C'est sûr que j'essaye de me garder en forme, en m'entraînant. Parfois j'ai besoin de m'échauffer plus longtemps, mais je le sens en général dans les poignets. Il faut écouter son corps et savoir si l'on est bien prêt et échauffé. Ça dépend vraiment. Parfois, cela se ressent en fonction du soundcheck, si je me sens bien ou pas. Mais il y a toujours des mouvements à faire pour se chauffer, parfois à l'aide d'élastiques d'entraînement pour échauffer les muscles plus rapidement, au lieu de simplement taper. Et concernant ma forme, j'essaye de bien manger et de bien dormir, c'est le plus important je pense.

Lors de vos dates en festival, vous avez joué l'album en intégralité et avez profité du temps de jeu un peu plus long pour reprendre le morceau éponyme de Black Sabbath. Qui est à l'origine de ce choix ?

C'est plus David et Rune qui sont fans de Black Sabbath. Moi j'aime bien quelques morceaux plus ou moins mais j'aime bien ce morceau là. On a juste eu envie de jouer ce morceau par respect pour les influences qu'on a eues dans le passé, surtout David et Rune. J'en ai écouté aussi bien sûr, mais j'étais plus du côté Led Zeppelin ! (rires)

Un petit mot sur Cryptopsy. Vos deux derniers albums sont en réalité deux EPs : The Book of Suffering Tome 1 et Tome 2. Pourquoi ce choix de diviser l'album en deux parties ?

Pour Cryptopsy, on a vraiment aimé prendre cette décision de se concentrer sur quatre chansons. Cela nous a permis de les faire sonner de la meilleure façon possible. Il y a des changements qui vont survenir dans le groupe, je les annoncerai en temps voulu. On va sûrement faire un album complet très bientôt, mais on garde en tête la possibilité de faire en plus un troisième EP dans la même veine. Nous étions supposés faire une trilogie, mais peut-être que nous sortirons un autre album complet avant. Cela nous permet de donner leur chance à chaque morceau. Dans un sens, c'est un peu la même chose avec Vltimas. Je trouve que lorsque tu as 12 ou 13 morceaux sur un album, ce n'est pas une bonne façon de les mettre en avant. On a parfois tendance à en zapper un, ou à ne pas être concentré sur tous les titres en entier. L'attention que l'on porte à la musique n'est plus la même qu'il y a encore dix, quinze ou vingt ans. C'est une musique intense en plus. A un moment donné, trop c'est trop tu vois. Donc on a fait cela dans ce but là, chaque chose à la fois.

Tu suis en quelque sorte la logique du vinyle en mettant en place des albums courts divisés par face...

C'est ça ! En ce moment, le vinyle revient en force. C'est sûr que la qualité de son du vinyle est incroyable, c'est dur à battre ! Et on peut proposer un beau packaging avec une belle pochette, un gros album.

Après trente ans passés sur la scène metal, quel est ton meilleur souvenir ? Et quel est le pire ?

Oh ! Belle question ! (rires) Il n'y en a pas vraiment de meilleur... Je suis une personne qui appréhende les choses de façon un peu différente. Pour moi tout est positif et j'en retiens des sentiments différents. Pour ce qui est du pire, c'est pareil. Je vis dans le présent et je pense au futur. Le passé, c'est le passé et je n'y accorde pas beaucoup d'importance. Les choses négatives j'ai tendance à les oublier et les mettre de côté. Il y a toujours des bonnes tournées et des mauvaises...des bons concerts et des mauvais...C'est sûr que dans ce genre de musique, c'est plus difficile en terme de conditions que si tu joues dans un groupe pop qui brasse des millions. On a déjà joué des concerts avec Cryptopsy où lorsque l'on arrivait à la salle, il n'y avait pas de backstage, il faisait froid partout, les douches étaient froides...(rires) C'est plus des petites choses du quotidien qui peuvent te miner le moral. Ça et le fait que les ventes d'albums ne sont plus ce qu'elles étaient. Il faut tourner plus par conséquent. En ce qui me concerne, j'aime tourner, mais j'aime aussi passer du temps avec ma famille. Donc c'est parfois difficile de devoir s'éloigner un peu plus longtemps et un peu plus souvent pour vivre. Mais c'est comme ça, les choses sont en perpétuelle évolution, il faut s'adapter. Ce qui est le plus important, c'est le présent et le futur !

Tu es connu pour être un batteur de metal extrême. Mais quelles sont les choses que tu écoutes et qui n'ont rien à voir avec le metal ? Quel est ton pêché mignon ?

C'est vrai que le metal c'est une musique que j'aime jouer et que j'aime écouter, mais j'aime toutes sortes de styles musicaux. J'aime beaucoup Radiohead car cela me met dans un esprit de détente. Mais dans ce que j'écoute, qu'il s'agisse de classique, de rock, de metal ou de jazz, j'ai tendance à préférer des choses plus sombres, plus mélancoliques basées sur des modes mineurs. Ça va être essentiellement dans cette veine, mais je peux écouter de tout finalement.

Tu es issu de la riche scène québécoise, qui a donné vie à de nombreuses formations comme Augury, Martyr, Gorguts et d'autres... Comment expliques-tu cette vivacité de la scène death québécoise ?

C'est une question qu'on nous pose souvent car c'est vrai que durant les années 90 – et même avant cela avec Voivod – il y a eu énormément de groupes différents qui sont sortis. Ce n'était pas vraiment américain, ce n'était pas non plus européen dans le son, mais il y avait une touche commune. Je ne dirai pas une touche canadienne, mais vraiment québécoise. La réponse que Luc Lemay de Gorguts donne souvent, c'est qu'il doit y avoir quelque chose dans l'eau ! (rires) Mais c'est peut être juste le froid et les hivers longs. Il faut se réchauffer du coup on tape sur des batteries ! (rires) Bon, on dit des niaiseries (sic), il n'y a pas vraiment d'explication mais les Québécois sont des gens qui sont fiers et qui aiment se démarquer également. C'est peut-être à cause de cela, je ne sais pas, il doit y avoir plusieurs raisons !

Interview réalisée à Paris (Machine du Moulin Rouge) le 28 janvier 2020
Photographie live © Watchmaker 2017
Toute reproduction interdite sans autorisation du photographe



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