Firemaster Convention à  Châteauroux : entretien avec le co-organisateur

Cette année, deux conventions orientées metal se lancent pour la première fois en France : avant la Metalhead Convention, c’est la Firemaster Convention qui débute ce vendredi à Châteauroux. L’occasion de discuter avec Khermit, fondateur et président de France Metal, association qui co-organise la convention avec Tonnerre Live, et œuvre par ailleurs à créer une fédération regroupant les organisateurs de concert metal en France.

C’est la première édition de la Firemaster Convention à Châteauroux. Qu’est-ce qui vous a donné l’idée et l’envie d’organiser un tel événement ?

J’organise des concerts depuis une quinzaine d’années, plutôt dans le milieu underground, et j’ai suivi il y a quelques années une formation de manager du monde de la musique, et tout cela m’a amené à créer France Metal, un institut culturel qui représente toutes les musiques metal en France. On y centralise beaucoup d’infos, ce qui me permet de voir tous les éléments qui marchent plus ou moins bien, et mon collègue Joffrey [de Tonnerre Productions, qui organise la convention, ndlr], qui a lui aussi une formation de manager et organise  plusieurs gros événements, voulait organiser un gros festival. Mais il y a de plus en plus de festivals en France, plein qui se cassent la gueule et ce n’est pas évident de ramener du monde. Moi, mon but était plus de centraliser tout ce qui se rapporte à la musique metal, un peu comme le Metal Cultures, qui n’est pas loin, mais plus diversifié. Quand on est trop spécialisé ou technique c’est compliqué de faire venir du monde, donc mieux faire tout un ensemble qui permet d’amortir l’investissement du festival avec plusieurs parties, des ventes de disques, des films, des rencontres avec des gens connus dans le milieu et des groupes un peu renommés, même si pour les plus renommés ce n’est pas faisable financièrement.

Donc il y a vraiment l’envie de ne pas se limiter aux concerts mais de proposer d’autres activités et d’autres intervenants ?

Oui, et d’ailleurs il faut savoir qu’avec France Metal j’ai créé une fédération d’organisateurs de concerts metal en France, avec à peu près une centaine de partenaires, et le but de la convention est aussi de les mettre en avant, avec un stand à ce sujet. L’idée c’est vraiment de montrer tout ce qui se passe aussi bien au niveau des groupes que des organisateurs de concert, parler des autres événements tout au long de l’année partout en France.

Par ailleurs l’année dernière avec France Metal j’ai lancé les Victoires des Musiques Metal en France, pour montrer tout ce qui sort en France dans chaque grande famille de metal. On va donc en parler cette année pendant le festival.

Pour une première édition vous avez quand même réussi à attirer des noms assez connus, comme Frédéric Leclercq (Sinsaenum, Loudblast, ex-Dragonforce) ou Corentin Charbonnier, qui a obtenu une certaine notoriété avec sa thèse sur le metal, comment les avez-vous convaincus d’intervenir ?

Souvent ce sont des personnes que je connais depuis longtemps, après, en expliquant le contexte, ils sont d’accord pour venir. En tous cas pour avoir une bonne visibilité de l’événement dès le début il faut des noms assez connus, donc c’est un investissement à faire au début.

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De votre point de vue, est-ce un événement pour les fans de metal, pour qu’ils puissent voir des concerts d’artistes qu’ils connaissent et approfondir leurs connaissances sur un sujet qui les passionne, ou pour les profanes qui veulent découvrir ce qu’est vraiment le metal, ou un mélange des deux ?

C’est vraiment pour les deux : faire plaisir à ceux qui s’y connaissent, et inciter les gens à découvrir ce milieu. Et justement, faire ça au Hall des Expos de Châteauroux, qui est assez connu de par chez nous, permettra que beaucoup de personnes de passage s’y arrêtent, d’autant que la ville nous aide pas mal sur la communication. On espère que ça permettra aussi d’avoir plus d’événements dans le futur.

Officiellement c’est une convention « rock et metal », mais on trouve plus d’éléments metal dans la programmation. C’est dans l’idée de la rendre plus ouverte au grand public ?

Oui bien sûr, il vaut mieux avoir une image plus accessible au début. De la même façon, dans la programmation je n’ai pas mis d’extrême. Après je pense peut-être monter un autre petit événement  plus extrême. On verra si le festival fonctionne très bien on pourra peut-être organiser une autre soirée plus extrême et attirer un autre public. Là on essaye déjà de poser les bases.

La convention se déroule donc à Châteauroux, est-ce que c’est une région dynamique au niveau du metal ?

Ah non ! Je le vois très bien parce qu’avec l’institut culturel que je développe je répertorie tous les concerts metal, j’en ai répertorié entre 6000 et 7000, et ici c’est super dur. Même dans le Cher limitrophe, on n’a guère que le Printemps de Bourges. Dans le temps on a eu de très gros noms, il y a 25 ans on a eu Iron Maiden, Megadeth, mais plus maintenant. En région Centre il y a quelques trucs autour de Tours, Orléans c’est pas vraiment violent.

Mais la situation géographique n’est pas mal : on n’est pas loin de Limoges, Poitiers, c’est assez central, donc on peut toucher pas mal de monde, mais il faut que les gens se bougent, or ils ne le font souvent que sur des gros noms.

Il y a une difficulté à faire parler des concerts avec des groupes plus modestes ?

Oui,  d’ailleurs même pour trouver des infos sur les groupes c’est super dur, d’où l’intérêt d’une fédération comme France Metal. Après le metal c’est un terme générique qui rassemble énormément de styles, et c’est ce qui perd un peu le milieu, parce que chacun reste dans sa spécialité : les hardcoreux entre eux, les thrasheux entre eux, les black metalleux entre eux, alors que moi je veux tout voir !

Et ça reste compliqué pour tous les nouveaux organisateurs de festival, qui n’arrivent parfois même pas à se lancer pour une première édition. Même si de nouveaux arrivent, par exemple le Clermont Metal Fest le 7 mars. Certains arrivent à se pérenniser, on ne sait pas forcément pourquoi, tout d’un coup ils ont beaucoup de monde qui arrive, comme le Galactic Days qui est perdu en Bourgogne et a super bien marché cette année. Mais il y en a d’autres qui attirent 60, 80, 100 personnes alors qu’il y a cinq, six, sept groupes. C’est pas évident. Un de nos buts à terme serait aussi d’aider à financer les associations pour mieux amortir les événements. Car beaucoup n’ont pas du tout de subventions publiques, parce qu’énormément de groupes ne sont pas salariés, restent en underground, donc c’est un moyen d’aider les assos autrement.

Avec des événements comme le Hellfest on a l’impression qu’il y a des hordes de metalleux en France, mais ce n’est peut-être pas si vrai en fait ?

Il y en a, mais ça coûte tellement cher qu’ils se privent le reste de l’année, même si c’est évidemment au cas par cas. Alors que les petits événements à côté de chez eux ne sont pas excessifs, les gens ne le voient pas toujours mais ça permet d’amortir les soirées.

Vous avez des contacts avec la Metalhead Convention, qui se tiendra à Paris cet automne ?

Oui, France Metal sera dans les partenaires. Ce sont des événements avec une vision différente, je pense qu’eux seront plus axés sur les gros concerts et le merchandising, nous on essaye de plus donner de la visibilité à ce qui se passe au niveau national, mais si je leur en parle ils vont peut-être se diriger vers ça aussi. Notre but est de développer la fédé des orgas, donc c’est intéressant d’être à la Metalhead, et les différences n’empêchent pas de travailler ensemble.

Firemaster  Convention, 21,22, 23  février, Hall des expositions de  Belle-Isle, Châteauroux
Plus d'infos sur le site de l'événement



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