Malevolent Creation (+ Agressor + Mortuary + Suture), Les Trinitaires, Metz (15.02.2020)

Depuis maintenant  2013, le festival Haunting the Chapel, organisé par l’association Damage Done, fait résonner les murs des Trinitaires à Metz. Si nous n’avons pas pu assister à la première journée de cette édition 2020, qui réunissait un très beau plateau death technique (avec notamment Obscura), La Grosse Radio est présente pour le deuxième jour. Ce samedi, l’accent est mis sur les groupes de death metal typés old school, avec en tête d’affiche rien de moins que les légendes de Malevolent Creation, accompagnés des monuments français du death, Agressor et Mortuary. Le tout dans la magnifique chapelle des Trinitaires, il n’en fallait pas plus pour passer une excellente soirée.

Suture

En ouverture de la soirée, place à Suture, formation locale dont le style tranche nettement avec le reste de l’affiche, puisque le quatuor officie dans un black metal rageur à tendance crust, qui lorgne parfois vers les groupes de la première vague de black metal, Venom et Hellhammer en tête. Formé en 2016 et avec pour l’heure un seul EP à son actif, le combo messin fait ses premières armes et l’on sent parfois un peu d’hésitation dans le set, notamment sur certains lead de guitare de Dhar. De même, Raw Fimbulwinter (chant, basse) a du mal à communiquer avec le public et manque encore d’assurance sur scène. Et cela n’est bien évidemment pas facilité par des lumières minimalistes qui laissent la plupart du temps les quatre musiciens dans la pénombre ou simplement éclairés en contre-jour.

Pourtant l’énergie est bel et bien là, mais l’on sent que le quatuor a des difficultés à la canaliser et à proposer une musique plus mature, en raison probablement de son jeune âge. Les compositions tentent de proposer des cassures rythmiques, mais le son de la basse distordue et la saturation des lead de guitare (inhérents aux influences crusts revendiquées par Suture) manquent d’équilibre.

Au cours de la demi-heure de set, le public applaudit poliment, mais attend clairement les autres combos de la soirée, à commencer par Mortuary. On souhaite désormais à Suture de se forger une solide expérience scénique pour mieux revenir. 

Mortuary

Nous vous disions le plus grand bien de The Autophageous Reign, dernier opus sorti par Mortuary en fin d’année dernière. Et bien, le potentiel scénique de cet album va se révéler entièrement ce soir puisque le quintette lorrain a décidé de mettre en avant ce nouvel opus en en jouant pas moins de sept titres sur les neuf de la setlist.

Avec Mortuary l’efficacité prime sur le reste. Le chant possédé de Pat Germonville est lancé tel un crachat à la face de la société de consommation, à travers les textes toujours engagés du groupe. Et à propos de crachat, le chanteur ne se prive pas pour en redécorer la scène ! A ses côtés, Alexis Baudin et Bastien Legras ne tardent pas à se retrouver tous les deux torse-nus étant donné l’énergie qu’ils déploient. Malgré cette énergie, les riffs sont précis, les lead savent se faire mélodiques et le public répond bien entendu présent pour ce set explosif.

Seul extrait de l’excellent Nothingless Than Nothingness, Mortuary balance un « Tube » qui trouve rapidement le public, notamment sur son pont bien lourd en mid tempo. Entre les titres, Pat Germonville s’adresse au public pour le remercier chaleureusement, soulignant comme à son habitude que « sans vous, nous ne sommes rien« . Une belle leçon d’humilité de la part de ce groupe qui existe depuis plus de trente ans.

La setlist se poursuit, faisant une fois de plus la part belle à The Autophageous Reign, avec l’excellent « Cheptel », précédé d’un petit interlude de piano sur bande (il s’agit de l’introduction de « Memorial in Vivo », pourtant non interprété ce soir). En terminant son set par « Monuments » (qui voit Jean-Noël Verbercq plus déchaîné que jamais sur sa basse), Mortuary achève les spectateurs et vient de mettre une sacrée mandale à tous les fans présents ce soir. On regrette seulement que le classique « Morbid Existence », toujours fédérateur en concert, n’ait pas été joué aujourd’hui, en raison du temps de jeu limité du groupe. Mais avec une telle prestation endiablée, difficile d’en vouloir aux Nancéens qui confirment leur statut de formation culte du death metal.

Setlist Mortuary

A Curse in Disguise
Tube
Delete/Replace
The Sapiens Order
Organ
Disposable
Cheptel
Recycled
Monuments

Agressor

Après la claque assénée par Mortuary, on espère que la prestation d’Agressor sera à la hauteur. Et dès le début du set avec l’excellent « Medieval Rites » nous voilà rassurés. Le son est excellent, le public est enthousiaste et le charismatique leader du groupe, Alex Colin-Tocquaine est en voix. Comme à son habitude, le quatuor balance les titres les plus rapides et puissants de son répertoire (« Bloodshead », « Deathreat », « Overloaded », « Rebirth »), ignorant malheureusement des morceaux plus progressifs comme « Barabas ».

Mais Agressor est visiblement là pour casser les nuques des festivaliers, qui headbanguent frénétiquement. Sur scène, rien n’est laissé au hasard et la section rythmique, ici composée du fidèle Joël Guigou (basse) et de César Vesvre (batteur de session pour ce concert et ex-Arkon Infaustus et Death Decline) fait des merveilles. Michel Dumas (guitare) intronisé depuis 2016 au sein d’Agressor montre qu’il est désormais pleinement intégré à la formation et son jeu de guitare rythmique sied à merveille au style pratiqué par le quatuor.

Mais celui qui attire tous les regards, pourtant caché derrière sa longue chevelure, c’est bien Alex Colin-Tocquaine, qui growle à en perdre la voix et dont les soli de guitare illustrent bien la rage qui l’anime depuis plus de trente ans.

Les arpèges inquiétants de « When Darkness » résonnent dans la Chapelle des Trinitaires pour une introduction plus lente et lourde où le public peut souffler après les déflagrations sonores des titres précédents. La fin du set fait la part belle aux débuts du groupe puisque le quatuor pioche dans les deux premiers opus d’Agressor, à travers les classiques « Eldest Things », « Elemental Decay » ou le morceau titre du premier album, « Neverending Destiny ». Dommaque qu’Agressor n’ait pas profité de la récente réédition du split CD avec LoudblastLicensed to Thrash pour interpréter un « Black Church » ou « It’s Pandemonium » pour ses fans de la première heure. Mais ne boudons pas notre plaisir, la performance d’Agressor a été une fois de plus exemplaire et les fans en ressorte lessivés mais ravis.

Setlist Agressor

Medieval Rites
Bloodshed
Hyaloid
Deathreat
Warrior Heart
The Sorcerer
God From the Sky
Overloaded
Rebirth
When Darkness
Someone to Eat
Eldest Things
Elemental Decay
Neverending Destiny

Malevolent Creation

Place désormais à la tête d’affiche de la soirée. Malevolent Creation a connu une journée mouvementée de transports pour rejoindre Metz, mais à l’heure où les Américains montent sur les planches, ils n’en laissent rien transparaître à travers un set violent mais maîtrisé. En raison du style pratiqué, le quatuor n’est pas des plus mobiles sur scène, Lee Wollenschlaeger (chant, guitare) restant essentiellement dans un périmètre d’un mètre carré à proximité de son micro.

Et pourtant, dans la fosse c’est le feu, si bien que moshpits et slams vont s’enchaîner pendant une bonne partie du set. Et si le line-up du groupe a été totalement renouvelé depuis 2017, autour du guitariste fondateur Phil Fasciana, les trois musiciens qui l’entourent n’ont rien de débutants, à commencer par Philipp Cancilla, qui ne s’économise pas derrière ses fûts.

La setlist balaye l’ensemble de la carrière du groupe américain, tout en mettant en avant Eternal (1995), à travers notamment un « Blood Brothers » dédié à Bret Hoffman, chanteur historique du groupe décédé il y a deux ans. Cette setlist donne également l’occasion de constater que les titres de 13th Beast, le dernier opus du groupe, passent très bien le cap de la scène. On aurait toutefois souhaiter entendre plus de titres de Dead Man’s Path (2015), excellent album, malheureusement uniquement représenté ce soir par le très bon « Blood of the Fallen ».

Malevolent Creation ne s’embarrasse pas du superflu, communique au strict minimum, ce qui peut paraître frustrant pour les fans du groupe. Mais l’auditoire ne s’en offusque pas et réserve un excellent accueil à la formation floridienne. Après un dyptique formidable, constitué de « Multiple Stabwounds » et « Malevolent Creation », le quatuor quitte la scène, sans même saluer ou faire une photo souvenir. Cette fin de set renforce le sentiment de frustration, d’autant plus après un concert aussi solide et parfaitement exécuté. Qu’à cela ne tienne, les spectateurs ressortent enchantés de leur soirée et les sourires se lisent sur de nombreux visages. La puissance des sets de Malevolent Creation, Agressor et Mortuary a été à la hauteur des espérances soulevées par une telle affiche. Avec une telle réussite et un public présent en masse et investi, nul doute que la neuvième édition du Haunting the Chapel festival sera fortement attendue.

Setlist Malevolent Creation

Infernal Desire
Living in Fear
Blood of the Fallen
Manic Demise
Release the Soul
Mandatory Butchery
Alliance or War
Slaughter House
The Will to Kill
Blood Brothers
Eve of the Apocalypse
Coronation of our Domain
Multiple Sabwounds
Malevolent Creation

Photographies : © Des photos au Poil 2020
Toute reproduction interdite sans autorisation du photographe.



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