Entretien avec Tim de Sycomore


« Quand on compose une chanson, on privilégie la spontanéité, en essayant de toujours trouver un angle différent. »

 

Sycomore avec son troisième album Bloodstone peut prétendre à se hisser en tête des acteurs majeurs de la scène sludge metal hexagonale. Nous avons voulu en savoir un peu plus sur ce nouveau disque et en profiter aussi pour faire le bilan avec Tim, chanteur-guitariste tout juste revenu d’un voyage aux Etats-Unis, des premières années d’existence du combo amiénois.

LGR : Salut Tim ! Comment vas-tu ? Une petite présentation de Sycomore déjà pour les lecteurs de La Grosse Radio ?

Tim : Salut ! Oui ça va bien, on est très contents de sortir notre nouvel album ! Alors Sycomore c'est un trio de sludge metal picard, avec Guillaume "Guigui" à la batterie, Guillaume "Desta" à la basse et au chant, et moi-même "Tim" à la guitare baryton et au chant. Le groupe s'est formé en 2015, sur les cendres d'Anorak, Guigui et moi (j'étais à la basse dans Anorak) avons décidé de remonter un groupe suite à cette aventure, qui au passage, nous a permis de sortir plusieurs disques et de faire pas mal de concerts un peu partout en France et en Europe pendant dix ans. Desta nous a rejoint dans la foulée, à ce moment-là il officiait encore au poste de chanteur-guitariste au sein du groupe stoner Taman Shud. Et donc trois-quatre mois plus tard nous avions composé et enregistré un premier album Phantom Wax.
On s'appelle Sycomore parce que nous avons une passion commune pour l'herboristerie, et aussi car nous trouvions intéressante l'association, en anglais, entre "syco" et "more".

Et puis ça devait être un signe, car lorsque Guigui a trouvé ce nom, j'étais en train de lire Extension du domaine de la lutte de Houellebecq, dans lequel le personnage principal est un informaticien qui travaille sur un logiciel appelé « Sycomore ». Nos influences sont assez diverses. Il y a un penchant vers tout ce qui est sludge/doom/stoner, mais on aime bien pimenter ça avec des ingrédients lorgnant vers le groovy hardcore et le metal extrême, sans oublier de bonnes bases dans le rock classique et alternatif. On essaie de mélanger tout ça à notre façon. Quand on compose une chanson, on privilégie la spontanéité, en essayant de toujours trouver un angle différent.

LGR : Anorak prétendait jouer du grind’n’roll, et vous comment définiriez-vous votre style ?

Tim : Ah oui c'est vrai, on avait dit ça une fois... Les étiquettes ce n'est qu'une histoire d'accroche. On en a besoin pour se présenter mais ça reste réducteur. Et ça dépend de la personne qui reçoit le truc. Après le terme sludge j'aime assez car ça désigne déjà un style qui mélange des éléments du punk, du rock et du metal. Mais ça peut aussi induire en erreur car ça désigne aussi souvent des musiques lourdes et lentes, ce qui n'est pas complètement notre cas. Donc idéalement on ajoute une autre étiquette, et ça donnerait "sludge hardcore" ou "sludge metal" ou bien encore "sludge but not sludge".

LGR : Vous semblez avoir un univers qui vous est propre. Y a-t-il une thématique autour de Bloodstone, une histoire racontée ? Sinon, quels sont les thèmes abordés dans vos paroles ?

Tim : On aime bien l'idée que ça puisse faire penser à plein de choses à la fois. On ne cherche pas à se mettre dans une case bien précise. Bloodstone c'est tout d'abord le point de départ pour le visuel de l'album. C'est tout simplement le nom d'une pierre semi-précieuse, en français jaspe sanguin ou héliotrope. Le titre n'a pas de lien direct avec les thèmes abordés dans les chansons, c'est avant tout lié au plaisir des yeux, et une question de comment ça sonne en tant que titre. Les paroles parlent bien souvent du sentiment de colère et de frustration, au travers des relations humaines et de situations de la vie de tous les jours. C'est essentiellement vu d'un angle personnel, du vécu, et parfois aussi inspiré d'histoires tirées de livres ou de films. Par exemple, le morceau "Over My shoulders" s'inspire d'un sentiment que j'ai ressenti pendant mon précédent boulot. Je passais souvent toute la journée à conduire, seul dans la cabine, et au bout d'un moment j'ai commencé à me parler à moi-même, en faisant les questions et les réponses, et tout ça à voix haute. Le morceau "The Enemy" lui est plus ou moins inspiré de l'histoire de Jean-Claude Romand, dont le récit tragique est raconté dans le livre L'Adversaire d’Emmanuel Carrère et son adaptation filmique réalisée par Nicole Garcia. Donc ça parle d'être son propre ennemi, mentir aux autres et à soi-même, prétendant que tout va bien, alors que tout va mal. Pour les plus curieux, toutes nos paroles sont disponibles sur notre Bandcamp.

LGR : La pochette de Bloodstone est un tableau d’Aurélien (ex-chanteur d’Anorak dont vous pouvez admirer les œuvres ici ), qu’est-ce qui a retenu votre attention dans cette toile pour la choisir ?

Tim : On a eu l'idée de cette "Pierre de sang" comme point de départ, et là, encore une fois, ça a été un signe : notre ami Aurélien Farlet nous a montré une toile qu'il venait de faire et ça correspondait assez bien aux couleurs et à la texture qu'on recherchait. Un pur hasard. Donc on lui a demandé de refaire une toile en s'inspirant davantage de ce "Bloodstone", et le résultat est là. Ensuite il y a eu le travail d'Irwin Leullier, qui a consisté à photographier différentes zones du tableau afin de récupérer un maximum de grain. Donc en fait le visuel de l'album est un gros plan de la toile faite par Aurélien.

LGR : Pour ce troisième album vous avez été signés sur le label italien Argonauta Records, comment avez-vous été mis en contact avec eux ? Quels sont vos espoirs et attentes avec cette signature ?

Tim : On a envoyé l'album à quelques labels, et Gero, fondateur d’Argonauta Records, nous a répondu assez rapidement en nous proposant un deal. Ça nous a plu car le label correspond assez bien à la scène dans laquelle on évolue. Il a une bonne distribution digitale et physique et la partie promo est assurée par All Noir. On espère que l'album va trouver un max d'échos favorables. Cela devrait nous permettre de trouver un nouveau public, en particulier à l'étranger.

LGR : La production de Bloodstone est claire et puissante je trouve, où et avec qui l’avez-vous enregistré ?

Tim : On l'a fait dans notre propre studio, avec notre ingé-son live et ami Ben Moritz. Je me suis occupé des prises, avec ses conseils avisés, et lui, a fait le mix. On a opté pour une production "réaliste", fidèle à ce qu'on est en live. Les manipulations pour gonfler le son sont restées discrètes. L'essentiel du travail a été de faire ressortir chaque instrument le mieux possible. Bien sûr, il y a des choses qui sont propres au studio et que l'on ne peut pas reproduire exactement en live, mais quand même il y a le parti pris d'une production brute de décoffrage, qui ne cherche pas toujours à arrondir les angles. Et aussi on voulait quelque chose de différent du précédent album Nectar qui était très saturé et dense.

LGR : Comment êtes-vous entrés en contact avec Steve Austin (leader des légendaires Today Is the Day) qui a assuré le mastering de l’album ?

Tim : On a fait des demandes auprès de différents studios et on a eu une réponse enthousiaste de Steve Austin (dont j'adore le groupe Today Is the Day) il y a eu un échange très intéressant sur comment il a ressenti notre truc, pas seulement une question business. Ça fait plaisir quand tu sens que le gars a vraiment écouté ta musique. C'est quelqu'un qui a son propre style, et on est super contents de lui avoir confié notre bébé.

LGR : Comment voyez-vous Bloodstone par rapport à vos deux précédents albums ? Une progression ?

Tim : Je pense qu'il y a une forme de synthèse entre nos deux albums précédents. On est revenus à quelque chose de moins tordu, mais avec quand même quelques moments "aventureux". L'expérience du live fait qu'on se rend compte des choses qui fonctionnent bien et d'autres moins. Pour ce troisième album, on n'a pas voulu changer notre formule, juste la perfectionner en quelque sorte. On tend à simplifier les choses tout en gardant un aspect bien brutal, et aussi plus jouer avec l'alternance des deux chants.

LGR : Quels sont vos projets après la sortie de Bloodstone ? Des dates de prévues ?

Tim : Oui on a quelques dates au printemps, et on travaille pour une tournée à l'automne. C'est énormément de boulot de trouver les lieux, les orgas, et de réussir à caler ça dans nos agendas. Et puis ce n'est pas la partie la plus amusante... mais on aime le live donc il y a des sacrifices à faire.

LGR : Justement, vous êtes un groupe qui aime tourner, être sur la route, vous avez des anecdotes à raconter ? Des moments forts ? Vos meilleurs et pires souvenirs ?   Des rencontres marquantes ?

Tim : Oui on aime tourner, on fait ça pour la musique mais aussi car on se marre bien ensemble. S'il n'y avait pas d'amitié ça ne tiendrait pas. C'est toujours une bonne expérience même si parfois c'est dur ou même carrément décevant. Meilleurs et pires souvenirs : je dirais que ça se trouve en même temps sur cette tournée en Espagne et en France que l’on a faite en octobre dernier. Beaucoup de route, donc beaucoup de fatigue mais aussi des paysages et des ambiances qu'on a adorés. Les cactus et les tapas, l'enthousiasme des gens, la sueur versée sur scène et le succès au merch. Par contre, on a eu aussi la grosse lose sur d'autres dates, genre deux personnes dans le public, vingt balles, et puis finalement pas d'hébergement possible le soir-même. Et surtout on a subi un carjacking en pleine nuit alors qu'on dormait dans le van. Bref ça fait plaisir. Heureusement pas de matos volé. On a dû rouler pendant plus de huit-cent kilomètres, les carreaux pétés, de nuit, sans avoir vraiment dormi. Mais au final, pas de blessés, ni d'annulation de date, juste quelques frais dont on se serait bien passé. Sinon il y a la première partie de Will Haven qu'on a faite, c'est un groupe que j'ai découvert sur scène quand j'avais 14 ans et qui m'avait beaucoup inspiré. Donc séquence émotion.

Un autre moment à retenir, plus anecdotique mais assez marrant, lors de leur passage sur Amiens, avec le guitariste de Wrong – qui joue également dans Torche dont on est très fans – on s'est retrouvés à jammer quelques minutes pendant les balances sur des riffs de Faith No More. C'est con mais ce genre de moment arrive rarement, donc ouais c'est marquant. Après il y a plein d'autres moments excellents qu'on a passés dans les lieux, avec les assos qui nous ont fait jouer, et les groupes avec qui on a partagé l'affiche. Et puis aussi en rentrant de ce concert à Paris où mon fidèle Jolly Jumper Citroën a rendu l'âme, crachant ses dernières flammes sur l'autoroute A1 une froide nuit d'avril.

LGR : Quels ont été vos coups de cœur musicaux pour 2019 ?

Tim : Sorties d'album et live pour nous trois confondus, ça donnerait : Tool, Conjurer, Mark Lanegan, Coilguns, Mayhem, La Jungle, Nostromo, Alcest, Carcass, Power Trip, Wrong… Et aussi bien éloigné de l'univers rock/metal : le dernier Rachid Taha.

LGR : Pour conclure : un mot pour les lecteurs et auditeurs de La Grosse Radio ?

Tim : Salut à toi le lecteur, salut à toi l'auditeur ! Merci d'être resté jusque-là et on espère que tu vas apprécier notre nouveau son !

Photos © 2020 Moderntof

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