Iapetus – The Body Cosmic

La scène metal est un immense vivier de talents. On espère que vous le savez en venant sur nos pages, mais cela a un défaut considérable. Celui de parfois passer à côté, dans les multitudes de sorties d’albums, sur des découvertes ou des artistes sur lesquels il serait bon de poser une oreille. Parce qu’ils n’ont pas de promotion, ou encore qu’ils ne sont distribués ou signés chez aucun label. Il se trouve que c’est exactement ce qu’il se produit avec The Body Cosmic, deuxième album du duo New-Yorkais Iapetus, trois ans après The Long Road Home autopublié en 2017. Et on ne va pas se mentir, tout autant que progressive soit la musique du groupe, il s’agit d’une des plus belles sorties de melodeath de ces dernières années.

Vous pensiez qu’At The Gates, Devin Townsend et Godspeed You ! Black Emperor n’avait définitivement rien en commun ?  Iapetus est pourtant au croisement de ces trois groupes et artistes, et le prouve dans un déluge entièrement instrumental dès le titre éponyme qui introduit l’album. Déflagration de riffs black metal portés par un blast-beat furieux qui enchaîne sur une envolée mélodique, le premier morceau impose une cadence infernale. Une voix féminine récite alors le poème « I Sing the Body Electric » de l’immense Walt Whitman avant qu’un passage en tremolo picking vienne fusionner au reste.

En dix minutes, l’univers de Iapetus est posé et ne changera pas d’un pouce pendant les soixante-dix minutes de The Body Cosmic. Derrière l’album se cache une histoire d’entités cosmiques s’interrogeant sur leur existence et celle d’une humanité en proie à la violence au fil de ses quatre morceaux d’une durée allant de dix à dix-huit minutes. La mixture que nous sert le duo composé de Jordan Navarro et Matthew Cerami est alors on ne peut plus logique. Les diverses influences et styles musicaux content tant la brutalité que le doute, les choix et les erreurs qui forment chaque être vivant doué de pensée.

Difficile dès lors de s’arrêter sur un instrument en particulier tant The Body Cosmic apparaît comme un bloc. Les parties growlés de Cerami sont tout aussi intéressantes que l’intense chant féminin d’Emi Pelligrino, mais le jeu des guitares est réellement ce qui marque le plus dans la musique de Iapetus. Le sens des compositions est porté par une virtuosité dans les instruments qui laisse pantois. La construction est impeccable et les deux musiciens se révèlent des machines quand il s’agit d’imaginer des riffs mémorables, à la fois techniques sans être m’as-tu-vu.

Le terme de prog metal, qui est trop souvent rattaché à un mouvement où tout passe par la technique et moins par la forme tombe cependant à point nommé. L’imbrication du clavier au jeu des guitares, les tempos changeants qui prennent le temps de construire des ambiances, Iapetus livre ici un bloc monolithique dont il est pourtant facile de lire les aspérités.

Et comment ne pas mentionner l’excellente partition de Dan Presland à la batterie ? Le membre de Ne Obliviscaris intervient certes en tant que musicien de session, mais sert à merveille les multiples textures, cassures et rythmiques qui composent The Body Cosmic. Les ponts entre son groupe et Iapetus sont d’ailleurs nombreux. Que ça soit dans la construction des chansons, leur durée, ou cette envie de marier, avec réussite divers genres au sein d’une même entité. Les dix-huit minutes de « The Star of Collapse » en sont la plus belle preuve, pendant lesquelles Presland est réellement habité. L’enchaînement est sublime, entre frappes martiales, jeu en douceur et technicité débordante et permet de lier les différents actes de la compositon.

Tout l’album est éblouissant de maîtrise, porté par une production qui décuple les émotions des morceaux. Chaque riff est un coup d’éclat, et la construction du disque ne souffre d’aucune faiblesse. Les enchaînements de solos, de tremolo et d’harmonies permettent de distinguer parfaitement le son des guitares dans un tout cohérent qui frôle la perfection. Les interludes, pourtant nombreux, en plus d’offrir une occasion de reprendre son souffle et de poser ce voyage, font s’envoler à travers cette inifinité glacée remplie d’astres en tous genres. Et quand viennent sur « Angelus Novus » les paroles finales de l’épisode « La fée électrique » de La Quatrième Dimension, on ne peut qu’être exténué par la force, la beauté et la virtuosité de ces soixante-dix minutes proposées par Iapetus.

The Body Cosmic est un album immense. Immense comme son sujet d’étude, intense et changeant telle l’âme humaine. En connectant le gigantisme du cosmos aux tréfonds de nos émotions, Iapetus livre un disque qui fait plus que marquer les esprits. Ne vous arrêtez pas au faible nombre de likes ou de vues, preuve supplémentaire – s’il en fallait une de plus – qu’ils ne sont en rien synonymes de qualité. Dans une combinaison de post-rock, de black et de death metal, le duo new-yorkais a posé un album colossal, de ceux qui restent encore des jours en tête après l’écoute. Et dernier point si vous aimez la musique postée ci-dessus, The Body Cosmic est à prix libre sur Bandcamp.

Tracklist :

The Body Cosmic
Dark Matter Genetics
I Contain Multitudes
Galaxy Collective
For Creatures Such As We
Hadean Heart
Moonwatcher
The Star Of Collapse
Angelus Novus

Iapetus – The Body Cosmic sorti le 9 novembre 2019 en indépendant

NOTE DE L'AUTEUR : 10 / 10



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