Nasty – Menace

Intelligence, douceur, calme et volupté. Tant de mots que vous ne trouverez pas dans les lignes qui vont suivre. Au domaine des gnons, des pains et des concerts endiablés, est-il nécessaire de présenter Nasty ? Les Belges sont de ceux dont la musique n’est qu’un concentré de haine et de violence. Rajoutez par-dessus une couche de Street Attitude et d’un gros soupçon de subtilité supplément Beatdown (l’un des trois derniers mots est un énorme mensonge) et vous obtenez leur nouvel album, Menace.

À peine les premières notes du disque entamées, nous savons dans quel terrain nous emmène le quatuor belge. Il n’est pas de recherches de structures complexes, de l’exacerbation d’émotions ou  de raffinement dans la musique de Nasty. Ici tout est violence, bagarre, tourné vers le pit, de préférence le pied levé pour péter des gueules. D’un côté, même en achetant à l’aveugle, la pochette donne déjà l’idée qu’on n’est pas sur une galette de prog non ?

Les pistes, courtes, s’enchainent à toute vitesse, seule la dernière dépassant les trois minutes, et le tout ne laissant aucun répit à l’auditeur. Cette épaisse mixture rassemblant hardcore très méchant mâtiné d’une couche de metal dans ses parties les plus lentes semble avoir pour simple but de vous écraser physiquement. 

Si on devait créer une échelle de la musique bas du front, Nasty serait un gratte menton, le genre de groupe à changer Comeback Kid en une thèse de Stephen Hawking. Et il n’y a rien de péjoratif là-dedans, tant tout est assumé. C’est bête, hargneux, gratuit, et tout est clairement tourné dans le but de faire exulter la fosse. Les compositions de la bande de La Calamine sont un exutoire, un appel à se lâcher et à défouler ses sens.

Que ça soit la rafale des quarante-sept secondes de "Bulletrain" et ses riffs thrashisant, le refrain de "Be Careful" ou encore le groove de "Betrayer", Nasty maîtrise sa partition. Pas de surprise, mais le tout est d’une efficacité ô combien redoutable. Clairement, on sent l’expérience des gars à livrer depuis plus de quinze ans des hymnes de beatdown à faire plonger la fosse dans la violence pure.

Néanmoins, malgré sa courte durée, difficile d’écouter Menace d’une traite. En effet, mais c’est le genre qui veut aussi ça, la surabondance de breakdowns est quasi écoeurante - imaginez un big-mac de breakdown, supplément breakdown matinée de graine de moshpart, et vous obtenez l’album -.  De plus, certains morceaux semblent là pour combler les trous de l'ouvrage et un gros ventre mou est présent au milieu du disque. Ainsi "Inhale/Exhale", "You Will Know My Name" ou encore "Addicted" – malgré son excellent solo, rare moment de répit de Menace – sont légèrement en dessous du reste.

Pourtant, les musiciens maîtrisent parfaitement leur partition. Que ce soit Paddy à la guitare, Berri à la basse ou Nash à la batterie, on sent le plaisir non feint à délivrer de la haine par syncopes. Que ça soit les changements de rythmes, les cassures et bien sûr les riffs chug livrés par dizaine sur un plateau, les Belges en ont toujours sous le capot. Carosserie dont le moteur à l'intérieur serait Matthi, imperturbable quand il s’agit de vociférer sa rancœur au micro. Celui-ci éructe sans jamais s’arrêter dans une palette vocale bien large pour le genre, mis en avant par une production étonnamment équilibrée pour ce courant musical. C'est lourd certes, mais les graves n'écrasent pas le spectre et parviendraient presque à rendre la musique moins borative.

Heureusement, après ce léger ventre mou, la triplette de fin est juste admirable, se terminant par "The Ballad Of Bullets", composition instrumentale où Paddy montre son amour du metal avec les riffs les plus doux et mélodiques de l’album (sans s’empêcher tout de même de placer quelques breaks pour encore casser des nuques).

Menace n’est pas l’album du siècle, ni celui de l’année. Mais dans sa cour, Nasty continue de faire frémir ses fans avec cette menace bien nommée. Un album qui derrière sa pochette (particulière) ne modifie en rien la recette du groupe, mais sait toujours comment créer des morceaux composés pour la scène. Malgré ses quatorze chansons et ses nombreux changements de tempo, Menace peut lasser tant il est rempli ras la gueule de breakdown dans tous les sens, en dépit du bon sens. Bref si vous aviez déjà votre avis sur Nasty, cet album ne changera rien à l’affaire, pour le reste, une écoute, ou encore mieux, un concert, ne peut qu’être conseillé pour voir à quel point la musique des Belges prend toute son ampleur en live.

Nasty – Menace sortie le 25 septembre 2020 chez Century Media

Tracklist :
01. Ultimate
02. Bulletrain
03. Menace
04. Be Careful
05. 666AM
06. Tricky Plays
07. Betrayer
08. You Will Know My Name
09. Inhale/Exhale
10. Blood Crop
11. Addicted
12. Table Of Kings
13. The End Of The World
14. Ballad Of Bullets

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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