Magica – Center of the Great Unknown

Un album de Magica, c’est comme un Big Mac : c’est dégueulasse, peu recommandé, et pourtant, il y a une foule d’adeptes. Allez comprendre. Pourquoi être si dur avec cette formation dès le début d’une introduction ? La méchanceté ci-dessus n’est pourtant pas gratuite, et, dans le cas de ce combo, elle est même entièrement justifiée. Cinq albums, aucun n’atteignant ne serait-ce que le rang d’intéressant. Si quelques sursauts de bon sens et de compositions potables peuvent se faire ressentir dans Lightseeker ou Dark Diary, le besoin de s’attarder sur leurs autres  »œuvres » revient à perdre un temps précieux, temps qui pourrait être consacré à alimenter nos oreilles d’une nourriture musicale tellement plus enrichissante. Si vous tenez vraiment à entendre un groupe touchant le fond, reflétant à merveille cette comparaison avec le hamburger de fast-food, c’est très simple : Wolves and Witches vous donnera la démonstration même de ce dont ils sont capables, mais dans le pire. Alors l’enthousiasme est tellement maigre devant Center of the Great Unknown, sixième brûlot de nos roumains. Mais allez, permettons-nous un peu d’espoir avant de laisser la musique s’échapper. Après tout, les erreurs, tout le monde en fait, et peut-être les leçons sont-elles plus longues à apprendre pour eux que pour d’autres …

Autant briser le suspens tout de suite, histoire que le plaisir de faire languir l’auditeur soit abrégé de la plus brève des façons. Et de toute façon, ce sera un peu à l’image de cette galette, ne laissant que peu de doutes sur le contenu de ce skeud à la pochette pourtant bien plus attrayante que par le passé. L’habit ne fait pas le moine, ne jugez pas un livre par sa couverture (ou un CD par son artwork), et ces proverbes s’appliquent à merveille ici : une fois de plus, on retrouve le Magica que l’on connaît depuis le début, qui, en dépit de quelques éclairs de fulgurance par-ci, par-là (entendez donc quelques refrains bien fichus ou riffs de guitare sympathiques, ce qui est déjà beaucoup leur demander), n’est pas fichu de tenir la longueur et nous assène un brûlot à la fois commun, et peu intéressant. La musique est toujours la même, calibrée pour fonctionner sur le marché européen, dans un genre heavy mélodique qui manque cruellement de pêche et ne montre pas suffisamment les crocs pour nous tenir en haleine du début à la fin. Un peu comme dans le précédent, en fait. Et mis à part quelques riffs modernes peu fabuleux, et un rythme ralenti (passant d’un power metal manquant d’énergie à un heavy auquel vous amputez la même chose), c’est la même recette qui est utilisée. Les codes ne sont pas chamboulés, et le sextet s’enfonce, une fois de plus, dans le poids de sa banalité.

L’opener « Center of the Great Unknown » donne tout de suite une idée de ce qui va suivre : c’est cousu de fil blanc, manquant d’un refrain réellement solide et captivant, et tout sonne comme un air de déjà entendu. Et, au niveau de la structure, ne changez rien, surtout, car il suffit d’employer la même encore et encore, et vous obtiendrez, globalement, tout le reste du brûlot. Il se comprend aussi vite qu’il est écouté, ne laissera pas de surprise, et même une dizaine d’écoutes ne changent rien au jugement porté sur cette sixième offrande. Les morceaux deviennent rapidement redondants, et seuls quelques bonnes idées survenant de temps de temps rendent quelques pistes agréables. La ligne de chant de « The Earth is Young » en est une preuve flagrante, où Ana se fait déjà plus convaincante, et, là, l’accompagnement musical suit. On trouve enfin un oasis dans ce désert. En réalité, le fléau qui afflige Magica est assez sérieux. Au fond, rien de particulièrement mauvais à proprement parler, dans le sens commun. Mais rien de vraiment bon non plus. Juste une suite de pièces qui manquent de consistance, et d’intérêt. « No Horizon » (dont on reparlera), morceau très représentatif de l’opus, est l’exemple type du genre de pièces qu’ils sont capables de réaliser, à savoir : un solo plat et ennuyeux, un ensemble tout aussi monotone, et un refrain creux. Voilà, et ils sont heureux comme ça. Pas nous.

Et la production, pourtant de très bonne qualité, s’évertue à mettre en avant une tare de la formation, qui l’empêche de s’élever au rang des meilleurs depuis quelques temps : sa chanteuse. Car, malheureusement pour elle, Ana Mladinovici s’entête dans des lignes où elle est à la peine, allant chercher dans des aigus dans lesquels elle semble très peu à l’aise. La demoiselle manque d’entrain dans sa voix, d’un petit plus qui ferait toute la différence. Sa voix devient à l’image de la musique : sans saveur, sans couleur, maîtrisée mais à la peine. Elle est encore loin du niveau de moult homologues dans le style, ne cherchant pas à évoluer dans sa façon de chanter, allant tenter de monter le plus haut possible alors que quelques pistes démontrent pourtant sa capacité à se sentir plus à l’aise dans des registres graves : « The Earth is Young », « Mark of Cain » et surtout « One Angry Gaia » ne font que confirmer ces impressions que la frontwoman devrait définitivement prendre exemple sur ce type de lignes, pour son propre bien, mais aussi pour les tympans de ceux qui écoutent la jeune femme s’égosiller.

Magica

Une photo promo à l’image de l’album ?

Que sauver dans ce Center of the Great Unknown mis à part la qualité de la production ? Deux-trois titres plutôt prometteurs, ce qui est une constante avec Magica. Car leur capacité à nous pondre quelques morceaux dignes d’intérêts dans une masse terne et grise est, en réalité, plus inquiétante qu’autre chose. Un peu comme s’ils donnaient tout ce qu’ils ont pour faire ces titres moins chiants que les autres, puis qu’un gros laisser aller s’emparait soudainement d’eux, accouchant d’enfants repoussants, à l’image de « King of the World » ou « No Horizon », linéaires et chiantes. Là encore, l’esprit critique va sévir, l’étendard du bon goût se lancer dans un nouveau combat, la hache de guerre être déterrée à l’encontre des roumains. Car même ces morceaux potables, présentant un peu d’intérêt, en perdent, justement, une fois le champ de recherche élargit : à l’échelle de Magica, c’est bien. A l’échelle du genre, ça l’est déjà moins. A l’échelle du metal à chant féminin, on laissera tout simplement ces quelques rescapés de la médiocrité de côté. Triste constat qui se dresse maintenant consécutivement depuis bien trop longtemps avec eux.

Amis du bon goût (tout est relatif), notez dans vos petits calepins que les pistes à sauver sont « The Earth is Young » pour son refrain intelligent, sa Ana qui n’en fait pas des caisses, et son clavier cheap mais mignon. A cela, ajoutez aussi « One Angry Gaia », qui, une fois encore, évite la surenchère, mais aussi l’agaçante chanteuse. La vocaliste, cette fois encore, réitérera l’exploit d’être acceptable, le tout accompagnée d’une guitare qui n’est pas (trop) interchangeable, et, une fois de plus, d’un refrain accrocheur. Même constat avec « Mark of Cain » qui exploite les mêmes ficelles, mais si seulement cela pouvait être fait plus souvent, quel bonheur ce serait ! Mais comme il est moins drôle de parler du bon, autant évoquer aussi le plus mauvais. « King of the World » est l’archétype d’un morceau où tout se répète inlassablement mais, surtout, où la voix du groupe est absolument insupportable, coincée dans des aigus qui feraient presque pâlir de jalousie la chanteuse d’Atargatis en matière d’irritation de l’oreille. « Center of the Great Unknown » pâtit fortement de son refrain qui n’élève pas le titre au niveau que l’on espérerait qu’il obtienne, et devinez, une fois de plus, qui est la principale coupable. Enfin, sur le banc des accusés, on placera également une guitare se voulant technique pour un résultat sans gloire. Mais, surtout, comment ne pas mentionner « No Horizon » ? En plus d’avoir la bonne idée d’en faire le titre le plus long (donc la pire torture auditive du disque), tout ce que l’on déteste chez Magica y est (et l’impression de se répéter à force aussi) : c’est plat, c’est lourd, et, surtout, le refrain … plus insipide tu meurs. Les riffs changent à peine par rapport aux couplets (allez qu’on refasse encore la même chose histoire de pas se fouler !), le chant y est pénible (autre adjectif correspondant à la formation), et le fait d’avoir écouté quasiment la même guitare, la même ligne de chant, et ce durant cinq minutes n’est pas une simple impression.

Avec Center of the Great Unknown, Magica reste donc un groupe fidèle à lui-même. Offrant des morceaux bateaux, se complaisant dans sa position de second couteau du genre, en ne proposant aucun éclair de génie ni signe d’amélioration notable, la formation se case officiellement dans celles pour lesquelles se permettre un espoir d’évolution reste un doux rêve. Ainsi, les roumains correspondent, une fois de plus, à l’adjectif qui leur va à ravir : médiocre. Difficile, donc, d’imaginer qu’un public un tant soit peu averti et amateur de heavy mélodique s’attarde des heures sur un sextet qui, finalement, n’en vaut pas vraiment la peine. Une remise en question s’avère nécessaire, sauf si, bien sûr, l’objectif visé est de rester inintéressant et banal pendant toute la suite de la carrière si peu exemplaire de nos amis de l’Est. Et dans ces conditions, bravo, voilà un but qui semble être atteint depuis bien longtemps.

 

NOTE DE L'AUTEUR : 5 / 10



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