Entretien avec Julien de Ixion

«  Pour cet album, l’idée était de se recentrer sur notre identité en la peaufinant autant que possible. »


Avec L’Adieu Aux Etoiles, Ixion propose le meilleur album de sa discographie ainsi qu’une sortie majeure de la scène metal française pour ce qui concerne l’année 2020. Nous avons fait le point avec Julien qui dirige le projet. Ce dernier nous parle notamment du concept entourant la musique proposée sur ce quatrième disque. Il nous raconte aussi la genèse d’Ixion et évoque ses influences et d’autres détails entourant cette nouvelle œuvre.

LGR : Bonjour Julien ! Tout d’abord, peux-tu présenter le groupe ? Comment est né ce projet ? Votre background musical à tous les deux ?

Julien : Bonjour ! Ixion est un projet de doom metal atmosphérique démarré il y a une quinzaine d’années, lorsque j’ai cherché à combiner au sein d’une même musique mes différentes influences. La particularité étant d’appuyer sur la facette atmosphérique, en assumant un usage important des synthétiseurs et de voix claires et aériennes, à côté des composantes classiques du doom. Justement en ce qui me concerne le background est à chercher d’une part du côté des musiques ambient / électroniques et de certaines bandes originales, qui m’ont éveillé à la musique, d’autre part du côté du metal et du rock… Sachant qu’une fois découvert les groupes mélangeant les deux tendances, j’ai assez logiquement exploré cette voie, qu’il s’agisse de rock progressif, de post-rock, de metal atmosphérique, de funeral doom, etc.

A posteriori j’ai aussi réalisé que le côté mélancolique est depuis longtemps un fil rouge dans mes écoutes, l’attirance pour les ambiances vraiment sombres s’étant développée plus progressivement. Ixion est  à ce jour mon unique projet musical. Pour Yannick ses racines sont larges, avec une facette classique et une formation en musicologie, le metal, différentes formes de rock, incluant le chant en français et la pop. Il a fondé différents groupes ou projets qui lui ont permis d’explorer ces genres, et affine ces dernières années son projet personnel Ian. En définitive c’est autour d’un rock atmosphérique et mélancolique que nous nous retrouvons le mieux, et c’est justement ce qui transparaît dans son chant sur Ixion !

LGR :  Votre musique mélange habilement doom à tendance funéraire et sons électroniques,  quelles sont vos influences musicales et comment définiriez-vous votre style ?

Julien : Si on devait résumer, je dirais qu’Ixion est à la croisée du funeral doom, du doom-death mélodique et atmosphérique, et de la musique ambient-électronique des 70’s / 80’s (ou de la synthwave dans une de ses déclinaisons modernes). J’ai déjà cité plusieurs groupes de doom ou gothic – je pourrais ajouter Esoteric ou Doom: VS dans la frange du funeral. Côté musiques atmosphériques et électroniques, il y a Jean-Michel Jarre, Vangelis, Klaus Schulze, M83, Depeche Mode… Et puis du côté du post-rock et du rock progressif, qui je pense influencent pas mal notre musique aussi : Sigur Rós, Archive, Pink Floyd, Steven Wilson

LGR : Quelle signification est à voir derrière le titre L’Adieu Aux Etoiles ? Est-ce un adieu thématique par exemple ? Allez-vous abandonner l’espace comme source d’inspiration pour vos prochains albums ?

Julien : Heureusement non, nous ne comptons pas abandonner la thématique spatiale, qu’elle soit musicale ou dans les textes (même si ce n’est pas la seule source d’inspiration) ! En fait le titre se rapporte spécifiquement à l’histoire narrée dans l’album.

LGR : Justement, quel est le concept autour de ce nouvel album ? Quelle histoire est racontée ?

Julien : L’album raconte une histoire, et se rattache à nos précédents travaux qui tous s’intéressent au destin de différents équipages partis essaimés à travers le cosmos. Ici on retrouve l’équipage d’Enfant de la Nuit (deuxième album d’Ixion publié en 2015 NDLR), qui avait découvert les traces de mystérieux créateurs – ils finissent par rencontrer ces êtres supérieurs et leur œuvre technologique, un gigantesque artefact. Mais ils comprennent aussi que notre univers est condamné, dévoré par d’autres entités… Au bout du compte les créateurs offrent une porte de sortie vers un autre univers pour survivre… et créent ainsi les conditions de leur propre existence, car ils sont en réalité les descendants lointains de notre équipage. C’est une boucle spatio-temporelle, entre deux univers et deux périodes.

LGR : Que représente la, très réussie, pochette de L’Adieu Aux Etoiles réalisée par Vincent Fouquet ?

Julien : Et bien il s’agit de l’artefact en question : un portail à la dimension inimaginable reliant notre univers à un autre. Vincent a su parfaitement transcrire le concept mais aussi et surtout notre musique en image, l’immensité, la noirceur, la froideur, mais aussi le côté rêveur.

LGR : Tu sembles marqué par la science-fiction et je ne peux m’empêcher de penser au film Ad Astra de James Gray par exemple en écoutant L’Adieu Aux Etoiles. Quelles sont tes sources d’inspiration dans ce domaine en livres et films ? Et pourquoi cette fascination pour l’espace ?

Julien : La science fiction est mon genre de prédilection au cinéma comme en littérature. Du côté des romans je pourrais citer Stephen Baxter et différentes œuvres de « hard-science » faisant néanmoins la part belle à l’imaginaire. Côté BD je suis très admiratif de Universal War de Denis Bajram. Et au cinéma c’est clairement la science-fiction assumant un côté contemplatif qui me plaît le plus : Interstellar, Sunshine, Oblivion… Le pourquoi est une question intéressante, car j’ai du mal à y répondre moi même ! J’ai l’impression que mon goût pour les musiques spatiales s’est forgé progressivement et en premier – la SF est venue après – j’aurais donc tendance à dire que c’est une attirance purement artistique, un apprentissage vis à vis des univers spatiaux, qu’ils soient sonores ou visuels. Mais peut être qu’un psychiatre ou psychologue trouveraient d’autres explications… Sinon je suis un scientifique et l’espace m’intéresse beaucoup, mais ça aussi c’est venu sur le tard.

LGR : J’aime beaucoup le son de votre dernier album, on y entend chaque instrument distinctement, notamment l’alliage parfait entre les grosses guitares et l’électronique. On sait que c’est toi qui s’est occupé de la production, l’enregistrement et du mixage. L’album a été masterisé par Tony Lindgren (connu pour son travail avec Amorphis, Angra et Dimmu Borgir et bien d’autres groupes…) aux célèbres Fascination Street Studios en Suède, peux-tu en dire plus sur cette collaboration ?

Julien : Pour cet album, l’idée était de se recentrer sur notre identité en la peaufinant autant que possible. Le fait d’être aux manettes pour le mixage m’a permis de passer autant de temps que souhaité sur cet alliage dont tu parles – faire en sorte que les éléments doom soient bien là, et en même temps tous ces synthés, et in fine que le son respire – je suis donc très heureux de lire ton commentaire ! Ensuite il me semblait essentiel de confier l’étape finale, le mastering, à un spécialiste, et quelqu’un qui puisse comprendre le doom atmosphérique et dont je connais et aime le travail par ailleurs. Je suis du genre à dévorer toutes les infos dans les livrets de disques, et à un moment les studios Fascination Street ont été une évidence : tellement d’albums que j’adore sont passés par là ! (Swallow the Sun, Amorphis, Draconian, Katatonia, Dark Tranquillity, Moonspell, Paradise Lost…) La collaboration avec Tony Lindgren s’est très bien passée, simple et professionnelle, avec quelques allers-retours pour affiner les choses, qu’il s’agisse des fichiers que j’ai mis à disposition ou de la validation des masters !
 


LGR :  Ixion est formé de deux membres qui se partagent les instruments et le chant, n’avez-vous jamais songé à transformer ce projet en vrai groupe ?

Julien : En dehors de se projeter sur du live, je dois avouer que non, pas vraiment. Je définis plutôt Ixion comme un projet dédié à un certain univers, avec l’envie de quelque chose de très cohérent. Yannick comprend parfaitement cet univers et apporte sa voix et sa sensibilité pour enrichir le propos. Nous avons trouvé là – je pense – une formule qui fonctionne très bien pour la réalisation d’albums. Pour L’Adieu aux Etoiles, c’est plutôt du côté des collaborations visuelles que le projet s’est élargi avec l’apport de Vincent Fouquet et les photos de Vanessa Dumaine, ainsi que les vidéos de Tamara Llenas.

LGR : On le sait, organiser des concerts est très compliqué en ce moment à cause de la situation sanitaire, mais vous n’avez jamais eu le projet de vous produire sur scène ?

Julien : Le sujet reste frustrant : le rêve est là, mais il se heurte à des difficultés pratiques. D’une part la distance pour répéter, la vie professionnelle à côté… d’autre part trouver des membres, sachant que cela n’aurait du sens pour moi qu’avec un minimum de synthés live, donc mettons deux claviers plus le reste d’une formation metal habituelle. Et puis clairement je n’envisage pas jouer live sans une scénographie spatiale. Pour moi l’expérience live doit renforcer la musique. Alors bien sûr il y a de supers équipements maintenant, mais il faut une scène d’une certaine taille quand même. A un moment il semble difficile de concilier ça avec une audience tout de même restreinte sur un genre si particulier. Maintenant j’avoue que Monolithe m’ont surpris : ils se sont mis au live très tard et ont justement joué sur de belles scènes ! Quoi qu’il en soit le monde du live est suspendu avec le contexte de toute façon…

LGR : La scène doom française n’est pas la plus exposée (on pense cependant à Angellore, qui a aussi sorti un très bon nouvel album sur Finisterian Dead End cette année), de quels groupes hexagonaux vous sentez-vous proches ?

Julien : Et bien en plus d’Angellore, je citerais donc Monolithe, et Lethian Dreams. Nous avons des points communs, des différences aussi. Egalement Alcest, Year Of No Light, Klone

LGR : Depuis 2015 vous êtes fidèles au dynamique label Finisterian Dead End, outre la proximité géographique, et la possibilité de boire du chouchen à l’œil , que vous apporte cette collaboration ?

Julien : Je dirais avant tout une relation humaine simple et sincère : je pense qu’il n’y a pas d’histoires, de complications, le courant passe bien et c’est appréciable des deux côtés. C’est aussi une collaboration qui évolue, avec une logique d’écoute. Par exemple sur cet album nous avons géré en direct certains aspects via ma structure 28978 ProductionsLaurent continué à gérer d’autres aspects via Finisterian Dead End. C’est complémentaire et ça s’est fait de manière fluide.

LGR : Quels sont vos projets ? Un nouvel album est-il déjà sur les tablettes ?

Julien : Des albums oui. J’ai posé les bases de ce qui va être un album étoffé, un joli casse-croûte à réaliser, toujours avec l’influence de la S-F, mais dans une direction un peu différente… Et il y a pas mal de fragments ou d’idées à organiser à côté aussi pour un autre album…



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