Deeds of Flesh – Nucleus

Bonnes ou mauvaises, 2020 aura été l'année de toutes les surprises. Et du côté de la sphère death metal, s'il y en a bien une que l'on n'avait pas vu venir, c'est celle d'un nouvel album de Deeds of Flesh. Souvenez-vous, en 2018 Erik Lindmark, tête pensante et membre fondateur du combo, décédait des suites d'une cirrhose. Pourtant, pour lui rendre hommage ses anciens compagnons de route ont finalisé Nucleus, neuvième opus du combo de brutal death, et convié de nombreux guests derrière le micro.

A voir la liste des invités, cela donne clairement l'eau à la bouche : Luc Lemay (Gorguts), Frank Mullen (ex-Suffocation), John Gallagher (Dying Fetus), Anthoni Trapani (Odious Mortem, Severed Savior) ou encore George "Corpsegrinder" Fischer (Cannibal Corpse) réunis (parmi d'autres noms moins prestigieux) sur un même album en hommage à Lindmark, voilà une belle façon de contenter les fans et de saluer la mémoire du leader de Deeds of Flesh.

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Côté musique, on retrouve avec plaisir le death brutal et technique à la Suffocation que le groupe américain avait su développer au fil de sa carrière jusqu'à Portals to Canaan (2013). Pourtant, "Odyssey" ouvre l'album avec un côté cinématographique et orchestral (que l'on retrouve sur l'outro "Onward"), désormais passage récurrent de nombreux groupes de death metal en introduction d'album, avant d'envoyer la sauce. Mais quand le titre démarre réellement, on retrouve ce qui fait la force de Deeds of Flesh : un riffing précis et dévastateur, une batterie brutale, la voix d'outre tombe de Jacoby Kingston (ancien bassiste du groupe sorti de sa réserve, lui qui avait quitté Deeds of Flesh en 2007), et des soli techniques sans être démonstratifs. Cela est peu surprenant lorsque l'on sait que Lindmark est crédité à la guitare et aux compositions.

La patte Deeds of Flesh est donc bien présente sur l'ensemble des titres, où le combo propose un brutal death particulièrement travaillé (Sur "Nucleus", on songe à l'inventivité d'un Spawn of Possession). Pourtant, les invités contribuent à apporter un petit quelque chose de frais sur chacune des compositions. Luc Lemay et son timbre reconnaissable entre mille s'intègre parfaitement à l'univers de Deeds of Flesh sur "Catacombs of the Monolith", et le duo vocal qu'il forme avec Kingston fonctionne à merveille. Plus classiques pour le style pratiqué, les timbres d'outre-tombe de Gallagher ("Nucleus"), Corpsegrinder ("Etheral Ancestors") ou Mullen ("Races Conjoined") respectent l'héritage de Deeds of Flesh et sonnent de façon totalement naturelle. Mais finalement, c'est le duo constitué de Dusty Boisjolie, ex-vocaliste de Severed Savior, et Robbe Kok (Disavowed) qui impressionne le plus sur "Terror", par leur placement rythmique et leur puissance.

Du côté instrumental, les neufs titres proposent une musique techniquement de haute-volée, sans pour autant renier sur la musicalité de l'ensemble. Quelques plans de tapping de basse ("Racing Conjoined" à 2:34) ou de sweeping à la guitare ("Terror" à 1:05) disséminés par-ci par-là amènent un peu de diversité mais que les allergiques au shred pur se rassurent, la violence et la puissance du propos ne sont pas atténués par un excès de technicité. Les soli de guitare sont également particulièrement bien amenés, comme celui de "Ascension Vortex" à 2:42. La production est claire et puissante, et l'on apprécie d'entendre de façon aussi claire les superbes parties de basse d'Ivan Munguia. L'ensemble des titres reste majoritairement en up-tempo (comme le très Suffocation "Alyen Scourge"), et l'on aurait peut-être souhaité un morceau plus lent ou des breaks plus nombreux pour casser régulièrement le rythme effréné de l'album.

Toutefois, Nucleus parvient à se démarquer par la qualité de ses compositions et non seulement par la liste des invités présents. Avec ce neuvième album, les musiciens de Deeds of Flesh saluent parfaitement la mémoire d'Erik Lindmark, musicien malheureusement trop sous-estimé, mais unanimement respecté par ses pairs, comme en témoigne le bel hommage qui lui est rendu par des piliers du death.

Tracklist :

Odyssey
Alyen Scourge
Ascension Vortex
Catacombs of the Monolith
Etheral Ancestors
Nucleus
Races Conjoined
Terror
Onward

Disponible depuis le 12 décembre chez Unique Leader Records

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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