Wardruna – Kvitravn

Le monde doit retourner à la nature, aux traditions, à l’essentiel et Wardruna n’a pas attendu la pandémie pour faire ce constat. Et ça marche ! Depuis 2003, le groupe a bien grandi, atteignant une certaine popularité grâce à la BO de la série Vikings. Plus récemment, Einar Selvik la tête pensante du groupe est même allé faire un tour du côté d’Assassin’s Creed pour en composer une partie de la musique. Le groupe revient en 2021 avec un nouvel album qui sortira le 22 janvier, intitulé Kvitravn : le corbeau blanc, qui est également le pseudo d’Einar. Après un album nommé Skald, qui célébrait le poète scandinave dans toute sa splendeur, Wardruna nous propose donc de faire un tour du côté de la nature.

Pour ceux qui auraient été rebuté par le côté épuré de Skald, disons le directement, Wardruna est de retour avec des compositions plus atmosphériques et plus fournies au niveau instruments. Si on devait situer l’album dans la discographie du groupe, on pourrait dire qu’il est plus facile d’accès que Skald, moins atmosphérique que Ragnarok et lorgne plutôt du côté de Gap var Ginnunga sans pour autant avoir cet aspect glacial. Le fait d’avoir collaboré avec des compositeurs de BO a peut-être inspiré le groupe car ce Kvitravn est plus que jamais une musique d’image et pourrait largement s’intégrer dans un film comme avec le morceau « Kvit Hjort » et ses cornes/instruments à vent puissantes. Contrairement à Skald, les instruments sont vraiment à l’honneur et les amateurs de sons sortant de l’ordinaire seront ravis.

Si Kvitravn devait être un film, il parlerait de la nature vraisemblablement et nous montrerait des paysages gelés avec en fond, « Fylgjutal » avec ses notes qui tombent comme la neige et son rythme qui accélère comme pour nous compter les aventures d’un traineau qui parcourt le grand Nord. Autres éléments naturels invoqués, le corbeau blanc de « Kvitravn », le morceau éponyme avec son riff de départ qui nous ramène aux racines du metal et donc du rock ‘n’ roll : la répétition du motif presque incantatoire. Ce morceau possède d’ailleurs un groove très stoner qui fera bouger la tête de l’auditeur et l’entraînera dans une sorte de transe. Même recette pour « Vindavlarjod » vers la fin de l’album mais dans une ambiance encore plus folk.

Car si la musique de Wardruna est naturelle, elle puise aussi ses origines dans le sacré, le religieux. « Grá » par exemple possède ce caractère incantatoire ponctués de cris féminins comme si des banshees étaient venues nous rendre visite, le tout guidé par la voix grave d‘Einar. Les percussions sont puissantes et le rythme répété rappellera le côté folklorique des musiques bretonnes. Pour pousser le côté mystique encore plus loin, le groupe nous propose « Ni », qui démarre avec ses pads discrets et ses chants, dans une ambiance de messe noire ou païenne. Ces pads justement qu’on retrouve dès le début sur « Synkverv » comme pour montrer d’amblée à l’auditeur que cet opus sera peut-être plus moderne.

Pour garder l’opposition avec Skald, l’album sera plus basé sur les ensembles que sur la voix au singulier même si certaines parties de Kvitravn mettent en lumière le talent d’Einar. Autre domaine exploré sur cet album : le guerrier et l’épopée. « Andvevarljod » et ses dix minutes nous proposent un voyage presque prog, majestueux pour terminer l’album de façon très émouvante. « Viseveidung » pousse encore le concept plus loin avec son chant plus dur et ses femmes qui semblent pleurer la mort de leurs héros.

Les amateurs de traditionnel pur seront ravis d’écouter « Munin », autre référence à un corbeau célèbre puisqu’il s’agit d’un des espions d’Odin. En effet, cette ballade se rapproche de ce que Wardruna a pu faire avec Skald et Einar reprend sa casquette de troubadour. Et celui qui se surnomme le corbeau blanc n’a pas qu’une seule casquette et mène de main de maître les orchestrations et les instruments, bien mis en avant. Il faut noter qu’il y a eu un gros travail sur les percussions profondes et puissantes le tout soutenu par des pads et des choeurs. Les instruments à cordes traditionnels sont également bien présents et servent à remplacer la guitare électrique.

Après plusieurs albums tellement variés, on aurait pu craindre que Wardruna ait tout dit et se perde dans un album redite. Et pourtant ce n’est pas le cas. Plus accessible que le reste de la discographie, Kvitravn est une porte d’entrée bien sympathique pour les néophytes du folk avant d’aller plus loin et de dériver vers les extrêmes comme Heilung. Pour les fans du groupe, Einar Selvik montre qu’il peut se renouveler et qu’il a encore bien des choses à dire avec ce groupe. Vivement le prochain opus et les prochains lives.

Tracklist : 
01 Synkverv
02 Kvitravn
03 Skugge
04 Grá
05 Fylgjutal 
06 Munin 
07 Kvit hjort 
08 Viseveiding 
09 Ni
10 Vindavlarljod
11 Andvevarljod

Sortie le 22 janvier sur le label Columbia Local

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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