Asphyx – Necroceros

Il y a trente ans sortait The Rack, premier opus d’Asphyx, aujourd’hui considéré comme une pierre angulaire du death metal européen. Trois décennies plus tard, le combo hollandais est toujours actif, soudé autour de son leader et vocaliste légendaire, Martin Van Drunen. Poursuivant une carrière riche en albums de qualité (dont les derniers font par ailleurs partie des meilleurs, fait suffisamment rare pour être souligné), Asphyx nous propose un Necroceros dans la lignée de ses derniers méfaits, où l’empreinte du groupe est toujours plus prégnante.

On ne va pas se mentir, l’écoute des singles dévoilés pour ce dixième album studio de la formation batave ne sentait pas franchement le changement et la prise de risque. Pourtant, « Botox Implosion » ou « The Nameless Elite » sont de belles invitations au headbanging, où tel un Motörhead du death metal, Asphyx fait mouche avec des titres sans surprise, mais ô combien efficaces. Une voix éraillée unique dans le genre, des riffs pachydermiques aux accents doom (« In Blazing Oceans » ou le bien nommé « Necroceros ») succédant à des parties up-tempo old-school et un son gras comme on les aime, l’identité d’Asphyx est bien là. La basse d’Alwin Zuur résonne comme rarement, et la paire rythmique que ce dernier constitue avec Stephan Hüskens est dans une forme olympique (« The Nameless Elite »).

 


Et malgré ce sentiment familier à l’écoute de ces nouveaux titres, ce Necroceros possède ce « petit plus » qui fait qu’on a envie d’y revenir. Les riffs de Paul Bayenns sont en effet inspirés, bien que très classiques, les titres sont catchy et l’ensemble suinte l’énergie, la passion et l’envie (« The Sole Cure is Death », « Mount Skull », « The Nameless Elite »). A l’heure où la technique s’empare parfois à outrance du metal extrême, Asphyx retrouve une démarche similaire à celle d’Obituary, à savoir celle d’un bon vieux death metal des familles, sans prise de tête, privilégiant la rage viscérale et la simplicité (« Botox Implosion »). Comme à son habitude, le quartet batave aime varier le tempo et casser le rythme (« Mount Skull » débute par un riff très doomy avant une accélération à faire souffrir les cervicales), offrant une belle diversité à ses compositions.
 

Mais la réussite de l’album réside dans le titre « Three Years of Famine ». Abordant le sujet de la Grande Famine ayant frappé la Chine de Mao à la fin des années 50, le titre est un petit bijou de composition. Asphyx y fait montre de tout son talent pour écrire un titre efficace, sublimé par un pont acoustique et un thème épique rappelant le « To Live Is To Die » de Metallica.

Le choix de production fait la part belle aux sonorités chaudes des amplis et les fréquences basses dominent bien le spectre sonore, comme un retour aux sources du style. L’impression d’assister à une répétition du groupe en live donne également cette chaleur humaine aux compositions du quatuor.

Tout n’est certes pas parfait dans cet album, et l’on pourrait reprocher un certain classicisme au combo, qui fait pourtant mouche lorsqu’il prend des risques (« Three Years of Famine », « Necroceros »). Mais Asphyx nous a habitués à des albums excellents depuis Deathhammer, et Necroceros ne déroge pas à la règle. Tout comme Autopsy, les Hollandais connaissent une seconde partie de carrière florissante et n’ont pas à rougir en comparaison de leurs débuts. Une belle surprise en ce début d’année 2021, qui fait d’autant plus regretter le fait de ne pouvoir assister à un concert du groupe, tant celui-ci s’arme de nouvelles compositions taillées pour la scène.

Tracklist : 

The Sole Cure Is Death
Molten Black Earth
Mount Skull
Knights Templar Stand
Three Years of Famine
Botox Implosion
In Blazing Oceans
The Nameless Elite
Yields or Die
Necroceros

Sorti le 22 janvier 2021 chez Century Media
Crédits photos : Negakinu Photography

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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