Splendidula – Somnus

Plus de deux ans après le très sombre Post MortemSplendidula est de retour avec son doom – sludge écrasant et introspectif. Avec ce nouvel album intitulé Somnus, le quintette originaire de Genk en Belgique impose un style unique en proposant une plongée dans des univers oniriques – ou cauchemardesques – riches en émotions et en intensité, de quoi séduire les amateurs de guitares lourdes et d’atmosphères sombres, prêts à se faire charmer par le chant envoûtant d’une vocaliste au timbre singulier. 

Dans un déferlement de gros riffs, du bourdonnement des guitares aux passages atmosphériques, Splendidula emmène l’auditeur à travers des univers inquiétants, fantastiques, cinématographiques même, porté par le contraste aussi surprenant que séduisant des lignes vocales envoûtantes de Kristien Cools et des hurlements profonds du guitariste Pieter Houben

Le morceau d’ouverture « Somnia » plante un décor grave, entêtant : le vrombissement de la basse et des guitares de Pieter Houben et David Vandegoor, et la lenteur hypnotique mettent en avant le chant de Kristien, incantatoire d’abord puis se muant en hurlement alarmant. Le titre gagne ensuite en densité, en rythme avec l’arrivée du chant de Pieter, clair d’abord puis en growl puissant, pour un passage monumental tempéré par une conclusion délicate et acoustique.
 


Splendidula, ou l’art de sortir des sentiers battus. Pas le temps de s’installer dans un son, une atmosphère, qu’on est saisi, surpris, ravi même, par l’entame très death, lourde au possible, du deuxième titre « Void ». Ce death/doom massif, violent, est complètement inattendu, et se révèle excellent, avec des jeux d’échos et d’harmonie vocales, des changements de rythmes et de tonalités très bien maîtrisées avant une outro de samples heavy.

Le ton est donc donné : les Belges n’ont pas qu’un tour dans leur sac, et invitent l’auditeur à une navigation en eaux troubles, sombres, denses, mais par des chemins variés, surprenants, et des compositions très bien construites, dans une veine progressive inspirée. Tous les titres sont différents, et pourtant marqués par cette empreinte dark, cette réverbération omniprésente évoquant la froideur hivernale. En filigrane, le vibrato et le timbre reconnaissable, enchanteur, de Kristien servent de guide pour ces pérégrinations mélodiques tantôt délicates, tantôt plus violentes.

Splendidula, Somnus, nouvel album, 2021, doom, sludge

Six morceaux seulement composent Somnus, chacun avec sa particularité, son tempo, son cri, sa langue même. Ce qui unifie le tout, c’est l’intensité des guitares, les couches de riffs très bas, créant ce tapis réverbéré si sombre et hypnotique. Il faut souligner l’excellente production de l’album, assurée par Tim De Gieter  et Alan Douches, mettant en valeur la densité de chaque instrument et de chaque ligne vocale. Le mur de riffs se fait un décor idéal pour accompagner les duos de vocalises chant / growl, majestueux et solennels comme dans le mélodique « Incubus », où Kristien se fait également poète, interprétant un texte en flamand dans un chant parlé mystérieux.

Avec aisance, Splendidula se promène entre les styles et les univers, sans aucune crainte de perdre en cohérence, en témoigne la variété des morceaux choisis comme singles : l’attaque plus violente, l’alternance entre langue anglaise et flamande et le growl profond confèrent à « Drocht » le statut de morceau le plus accrocheur de l’album, tout en groove et en puissance, sans oublier pour autant l’ambiance enveloppante jusqu’aux derniers riffs entêtants et les chuchotements de la vocaliste.
 


Obscurité et féminité se mêlent et donnent sa force à l’album. Les compositions, quoique différentes, amènent  le plus souvent à des ambiances angoissantes voire menaçantes. La batterie de Joachim Taminau se fait traînante, lourde, inquiétante pour un effet doom, froid et glauque au possible sur un tempo ralenti et des riffs chargés (« Oculus »), mais parfois ce sont des incursions progressives et atmosphériques qui font frissonner l’auditeur jusqu’à évoquer un film d’horreur par la répétition de riffs solennels avant l’arrivée de passages épiques monumentaux (« When God Comes Down »).

En somme, voici un album (trop ?) court mais intense, sombre mais rafraîchissant par sa variété, son efficacité et le soin apporté à chacune des compositions. En nous plongeant dans la lourdeur obscure, les atmosphères surprenantes et la mélancolie assumée de Somnus, Splendidula nous tient en haleine avec brio. Une identité unique et hypnotique, une différence échappant à la répétition parfois associée au doom, des compositions impeccables et évocatrices, voici autant d’atouts qui font de cet opus une sortie remarquable de ce début d’année.

Line-up Splendidula :
 
Kristien Cools : chant
Pieter Houben : guitare, chant
David Vandegoor : guitare
Peter Chromiak : basse
Joachim Taminau : batterie, samples 

Liste des titres de Somnus

1. Somnia (8:42)
2. Void (5:20)
3. Incubus (8:23)
4. Oculus (4:24)
5. Drocht (6:44)
6. When God Comes Down (9:26)

Somnus, nouvel album de Splendidula, sort le 29 janvier 2021 via Argonauta Records

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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