Thornhill – The Dark Pool

« Le metalcore est mort. » Aussi provocatrice et empreinte de biais soit-elle, cette remarque se fait plutôt séduisante et n’est pas complètement dénuée de sens pour quiconque tenterait de décrire grossièrement l’état de la scène. Le metalcore traditionnel comme l’ont entendu de nombreux groupes au cours des années 2000 et 2010 se meurt peu à peu et pour preuve, les figures de proue commencent progressivement à quitter le navire : Bring Me The Horizon a décidé d’oeuvrer en faveur de la porosité des genres, Architects se libère de ses influences progressives, pourtant endémiques du metalcore, pour se diriger vers un style plus industriel…

Certains artisans du genre, au même titre que ses amateurs, semblent indéniablement éprouver une forme de lassitude à l’égard d’un metalcore moderne jugé trop répétitif, trop peu créatif et voué à rester enfermé dans ses carcans. « Rien de bien étonnant. » nous direz-vous, « qui a réellement besoin d’un énième ersatz de Parkway Drive ou d’une sempiternelle copie de BMTH» et vous aurez probablement raison. 

Mais trêve de généralités et d’avis cyniques, car force est de constater qu’une myriade de contre-exemples tendent désormais à prouver qu’entretenir les codes ne résulte pas systématiquement en un produit inintéressant. Depuis quelques années sous l’égide du label UNFD Central, l’Australie est devenue le berceau d’une nouvelle vague de metalcore faisant preuve d’une certaine orthodoxie envers la grammaire traditionnelle du genre et cherchant à l’entretenir de la meilleure des manières possibles. Polaris, Northlane, Void of Vision, Alpha Wolf ou encore Thornhill se retrouvent ainsi en première ligne entendent montrer que le metalcore est loin d’avoir dit son dernier mot et c’est de ce dernier groupe qu’il est aujourd’hui question.

Deux faits d’armes auront suffit au quintette originaire de Melbourne pour se retrouver en première partie des tournées européennes de Wage War et Bury Tomorrow : un EP sorti en 2018 et son premier album intitulé The Dark Pool, paru en 2019. Thornhill est la preuve vivante qu’il est toujours possible de s’illustrer sur cette scène en déroulant un metalcore certes conventionnel, mais de qualité, sans être contraint, dans l’espoir de se démarquer, de toucher à l’exercice du pluralisme stylistique.

L’intégralité des compositions est rudement efficace, quelles que soient leurs ambitions. Si pour son ouverture l’album s’inscrit dans un registre progressif et agressif, il se voit évoluer en un dispositif lancinant, pétri d’émotions complexes, avec pour point d’orgue le magnifique diptyque « All The Light We Don’t See » / « Lily And The Moon ». Thornhill évite ici avec une certaine aisance les écueils commis de manière récurrente par d’autres formations et ne se laisse pas embarquer dans un pathos exaspérant. Le panel d’émotions administré à The Dark Pool reste ainsi toujours élégant, juste et précis, de quoi contraster avec la majorité des compositions du genre.

Thornhill

Doté d’un formidable sens des dynamiques musicales, Thornhill ne se contente pas d’avoir recourt aux structures classiques de morceaux (couplet / refrain / couplet / refrain / breakdown / refrain) et, contrairement à ses compères, n’abuse pas non plus de ressorts de puissance et de violence surexploités. Le chant crié est d’ailleurs laissé sur le banc de touche pendant une bonne partie de l’album, ce qui lui donne une saveur toute particulière lorsque celui-ci intervient dans les breakdowns et couplets les plus colériques comme ceux de « Coven », « Where We Go When We Die » ou encore « Views From The Sun ».

Autre point tout à fait remarquable, le groupe cultive avec excellence son sens du climax et accouche de conclusions de titres absolument mémorables qui bénéficient toutes de la dextérité de Jacob Charlton (chant). « Where We Go When we Die » ou « Red Summer » en sont des exemples des plus parlants. Si ce n’est pas l’originalité qui définit sa voix tant elle évolue dans un spectre devenu quasi chronique du metalcore, il fait tout de même preuve d’une belle versatilité et semble jongler avec aisance entre un certain nombre de techniques, offrant de ce fait une ressource supplémentaire à l’incorporation de dynamiques variés au sein des morceaux.

L’épais tissu vocal présent tout au long de l’album se voit d’ailleurs porté par un traitement rigoureux qui lui permet de conserver un aspect largement organique. Nous vous recommandons d’ailleurs la version « Isolated vocals » de l’album disponible sur youtube pour profiter plus en profondeur de ce travail admirable. Dans son ensemble, la production de cet album se fait quant à elle plutôt léchée, si ce n’est pour la caisse claire beaucoup trop en avant, un problème bizarrement devenu symptomatique des album distribués sous la bannière UNFD Central.

The Dark Pool est un album plus qu’encourageant pour Thornhill et, plus généralement, pour la scène metalcore. Les Australiens déploient un ensemble de titres tout à faits percutants qui n’ont rien à envier à ceux de leurs collègues de UNFD. Le groupe démontre avec simplicité que le genre peut encore réserver de belles surprises et que tout n’est pas vu et revu. Puisse-t-il inspirer ses semblables à faire de même.

The Dark Pool est paru le 25 octobre 2019 via UNFD Central

Tracklist:

1. Views From The Sun
2. Nurture
3. The Haze
4. Red Summer
5. In My Skin
6. All The Light We Don’t See
7. Lily & The Moon
8. Coven
9. Human
10. Netherplace
11. Where We Go When We Die

Thornhill The Dark Pool 2019

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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