Simone Simons, vocaliste d’Epica

Comme beaucoup d’artistes, Epica a été particulièrement touché par la crise du Covid-19, les Bataves ayant maintes fois repoussé la sortie d’Omega, leur nouvel album. Initialement prévu pour l’été 2020, c’est finalement fin février 2021 que les fans du combo de metal symphonique pourront découvrir les nouvelles compositions du sextette. Pour l’occasion, nous nous sommes entretenus avec Simone Simons, la vocaliste d’Epica pour en savoir un peu plus sur ce nouvel album.

Bonjour Simone et merci de nous accorder cet entretien pour La Grosse Radio. Parlons d’Omega, votre nouvel album. Tu as terminé d’enregistrer les parties de chant en avril dernier, mais en raison de la crise sanitaire, celui-ci ne sort que fin février. Tu dois trépigner d’impatience, non ?

Oui, tout à fait ! Selon ce qui était initialement prévu, l’album aurait dû être déjà disponible [interview réalisée en décembre 2020 NDLR] et nous aurions dû être en tournée avec Apocalyptica. Mais c’est vrai que pendant la phase d’enregistrement, il y a eu quelques chamboulements. Je devais enregistrer le chant avec Joost, notre producteur dans son studio en Hollande, mais cela n’a pas pu se faire et nous avons dû être décaler ces prises deux fois. Du coup, notre album sort un peu plus tard, mais tant pis… [rires] C’est comme ça ! C’est une période étrange pour tout le monde, mais l’humanité est résiliente et sait s’adapter, donc c’est ce que nous faisons nous aussi. [rires]

J’imagine que c’est la première fois que tu attends aussi longtemps qu’un album sorte et que par conséquent, tu as déjà pas mal de recul dessus. Avec ce recul, quel est ton sentiment sur Omega ?

Je connais effectivement cet album depuis un bon bout de temps maintenant. Et j’ai le sentiment que c’est comme un cadeau de Noël sous le sapin que l’on ne peut pas encore ouvrir. Je suis très impatiente, comme une gamine ! [rires] Quand tu te lances dans un processus créatif, tu as très envie de partager le résultat avec le monde entier. Nous avons décalé une première fois notre tournée à mars à cause du Covid, c’est pour cela que nous avons choisi février pour la sortie de l’album. Mais malheureusement, nous sommes encore obligés de remettre cette tournée à plus tard car vraisemblablement en mars, ce ne sera toujours pas possible. La chose positive, c’est que lorsque nous pourrons enfin jouer, tout le monde connaîtra l’album. Parce que d’habitude, lorsque tu pars en tournée juste après la sortie d’un album, les fans découvrent les nouveaux titres en live et sont généralement plus concentrés sur l’interprétation pour bien tout saisir. Ils se lâchent plus sur les anciens titres que tout le monde connait. Espérons que cela permettra aux nouvelles compositions d’être déjà bien assimilées.

Dans la mythologie biblique, l’Omega signifie la fin de toute chose. Cela sonne de façon très pessimiste, encore plus en 2020 non?

[rires] Oui, c’est vrai ! Mais même si cela sonne de façon pessimiste, l’idée qui se cache derrière c’est celle d’une unification, d’un point final à tout ce qui a été créé au moment du Big Bang et d’une parfaite harmonie de l’univers. C’est plutôt cela qui sous-tend. Afin d’avoir un nouveau début, il faut mettre un point final à ce qui vient avant. Et concrètement pour nous, cet album marque la fin de la suite « Kingdom of Heaven », mais pas la fin d’Epica ! Ce n’est pas notre dernier album ! [rires]

Une fois de plus, il y a de nombreux symboles qui sont exposés à travers l’artwork, comme ce labyrinthe, mais aussi l’ankh autour du cou de la femme sur la pochette. Peux-tu expliquer un peu le concept derrière l’album ?

L’ankh nous permet d’aborder l’idée d’un souffle de vie [ce symbole était effectivement celui de la vie dans l’Egypte antique NDLR]. La chanson « Code of Life », qui a un feeling très égyptien et des mélodies orientales,  reprend également cette idée en traitant également du génome, de l’ADN humain etc… On y évoque les questions de manipulation génétique et de ce que cela pourrait entraîner si ces techniques tombaient entre de mauvaises mains. Il y a beaucoup de sujets différents abordés dans les titres de ce nouvel album. Mais l’idée générale, c’est celle d’une balance et d’un équilibre entre les choses, un peu comme le yin et le yang, au sein de chacun de nous, mais aussi dans la vie en général. Et au delà de tout cela, il y a évidemment cette thématique de la lutte entre le bien et le mal, une quête pour trouver le vrai sens de la vie. Le labyrinthe que tu évoquais fait également écho à cela et à ce sens que l’on recherche tous au fond de nous-mêmes et au sein duquel nous naviguons. Nous avons également abordé le thème de l’urgence climatique, comme un équilibre parfait à trouver pour nous-mêmes et pour la Terre.

Omega ne pouvait pas être un album d’Epica sans une longue pièce épique et symphonique. Tu l’as mentionnée tout à l’heure, il s’agit de la troisième partie de « Kingdom of Heaven ». Vous avez démarré cette suite avec Design Your Universe et chacune des parties se trouve tous les deux albums. Etait-ce conscient ?

Je ne sais pas, c’est probablement l’idée de Mark [Jansen, guitariste et compositeur principal du groupe NDLR]. Il pourrait te le dire. Je peux juste te dire que c’est le huitième album d’Epica, et que nous avons essayé de le suggérer dans l’artwork avec le chiffre 8. De plus, un huit couché correspond au symbole de l’infini [petits rires]. « Kingdom of Heaven » est également la huitième chanson de l’album, c’est tout un ensemble de symboles. La chanson évoque initialement les expériences de mort imminente, ce qui nous arrive au moment de la mort et après. Cette notion suggère que nous sommes des êtres infinis. Je n’avais juste pas remarqué que nous avions systématiquement sauté un album pour proposer la suite de cette chanson [rires].

Il y a de nombreuses influences sur Omega, comme à chaque album. Quel était l’état d’esprit du groupe pendant la phase de composition ?

Je ne peux pas trop te dire pour les autres membres du groupe. Je sais cependant que la majorité des titres que l’on crée est un instantané de ce que l’on ressent au moment où on l’écrit. C’est aussi ce qu’il se passe dans le monde. De mon côté, quand je commence à écrire les paroles, c’est la même chose. J’ai débuté cette phase l’an passé, en août 2019, alors que j’étais en vacances. Nous étions en train de lire les journaux à propos des incendies en Amazonie. Cela a été un moment crucial pour moi car j’ai vraiment pris conscience de ce qu’il se passait sur les questions d’urgence climatique. Cela m’a particulièrement inquiétée pour l’avenir, notamment celui de mon fils. Je suis devenue bien plus consciente et active pour faire ma part des choses. Cela m’a permis d’écrire la chanson « Gaïa ». La musique a été composée par Ariën, notre batteur, mais les paroles sont de moi. Elles sonnent comme une demande de pardon à notre Mère Nature. Car elle nous donne beaucoup et nous ne faisons que la détruire. Il faut que nous agissions collectivement pour renverser la tendance et restaurer l’équilibre des forces.

Ce sont des thématiques finalement très engagées et militantes que tu évoques.

Oui, mais dans chaque album d’Epica nous avons tenté de traiter de sujets d’actualité. A l’époque de Consign to Oblivion, nous parlions déjà – et cela se voit même dans le titre de l’album – d’un retour vers quelque chose de plus naturel, dépouillé. Cet album a déjà presque 15 ans. Et à l’heure actuelle, la jeune génération est déjà consciente de ce qu’il se passe et c’est quelque chose de positif. Les gens agissent désormais ! Dans un sens, c’est injuste que ceux qui ne sont pas responsables de l’état de la planète soient obligés de se battre pour que les choses changent. Tu vois ce que je veux dire ? Les jeunes sont les victimes de ce que les plus âgés ont fait à notre planète, mais c’est à eux d’agir, c’est ça qui est injuste !

Pour en revenir à l’album, « River » est une chanson très simple, basée uniquement sur le piano et ta voix. Comment appréhendes-tu ce genre de titres lorsque tu dois les interpréter ?

Nous avons toujours tenté de trouver ce genre d’ambiance au sein de nos albums. Ici, ce titre a été composé par Rob, notre bassiste. Il a une façon unique de composer, il est aussi responsable du titre « The Skeleton Key », avec son couplet très intimiste et un refrain très catchy et mélodique. « River » était déjà le titre de travail de ce morceau, car l’ambiance qui se dégageait du titre était déjà celle d’un courant d’eau, quelque chose de très méditatif en un sens. Les paroles évoquent à nouveau cette question du courant de vie dont nous avons parlé précédemment. Je suis tombée amoureuse de ce titre immédiatement. J’étais chez Joost l’an dernier pour enregistrer ce titre et cette chanson est venue très naturellement pour moi, qu’il s’agisse de l’écriture des paroles ou de la façon de l’interpréter. Je me suis laissée porter par l’émotion, tout simplement.

L’an dernier, tu as participé à la série de concerts d’Ayreon, célébrant Into The Electric Castle à Tilburg. Comment as-tu vécu cette expérience?

J’adore travailler avec Arjen {Lucassen, tête pensante derrière le projet Ayreon, NDLR]. J’aimais déjà beaucoup son travail avant même de chanter dans Epica. J’adore le fait qu’il travaille avec de nombreux artistes, et pendant longtemps j’ai espéré pouvoir en faire partie un jour. Ce rêve est donc devenu réalité. A chaque fois qu’il m’a demandé de travailler avec lui, j’ai toujours accepté avant même d’entendre la moindre note. Et même si je ne chante pas sur la version studio d’Into The Electric Castle, il m’a demandé d’en faire partie en live. L’anecdote amusante à propos de ces concerts, c’est que mon mari était en tournée à ce moment là, il est musicien dans Kamelot [il s’agit d’Oliver Palotai, claviériste de Kamelot, NDLR]. Sauf que j’ai appris par la suite que le premier jour des concerts d’Ayreon coïncidait avec la rentrée scolaire de mon fils. En Allemagne, où nous vivons, c’est vraiment quelque chose d’important. J’ai appelé un ami à moi pour savoir s’il pouvait me véhiculer depuis le sud de l’Allemagne jusqu’à Tilburg, ce qui fait un très long trajet ! [rires] J’ai ensuite conduit toute la nuit du jeudi au vendredi pour être à l’heure à la cérémonie, puis j’ai fait la route dans le sens inverse pour Tilburg pour le concert. J’ai donc passé la nuit sur la route sans dormir et je suis arrivé deux heures avant le concert, j’étais épuisée ! [rires] Mais je voulais y participer absolument ! Dans ce genre de situation, l’adrénaline reprend le dessus !

A propos d’Ayreon, tu es maintenant une invitée régulière d’Arjen. Comment les choses diffèrent pour toi de ton travail avec Epica ?

A chaque fois que je travaille pour Arjen, je n’ai pas grand-chose à faire, il prépare absolument tout. Il enregistre systématiquement une piste guide pour ses chanteurs. Je n’ai qu’à venir au studio et chanter, ce qui prend toujours très peu de temps. Si je lui propose quelque chose d’un peu différent de ce qu’il avait en tête, il est également toujours partant ! Sa compagne, Lori, qui est également sa manageuse gère beaucoup de choses aussi, jusqu’aux photoshoot. Et nous passons toujours un très bon moment tous ensemble. C’est toujours un plaisir de travailler pour Arjen car il est très professionnel.

Cette fois-ci, tu as également eu à jouer le rôle de l’Ange de la Mort pour le shooting du clip d’Ayreon sur l’album Transitus

Oui, il y avait une part d’acting. Mais j’aimais bien car le personnage que je jouais était relativement proche de la personne que je suis… un peu drôle, maladroite et un peu vilaine sur les bords ! [rires] Mais pour autant, je ne mettrais pas ce costume d’Ange chez moi ! [rires] Surtout qu’en ce moment, je suis constamment en pyjama ! [rires]

Cela fait près de vingt ans qu’Epica existe. Je sais que vous ne pouvez pas tourner en ce moment, mais quand l’heure sera venue, pensez vous refaire quelque chose comme Retrospect, les concerts qui célébraient vos dix ans de carrière ?

C’est un peu difficile, car effectivement dès que nous pourrons tourner, nous souhaitons mettre la priorité sur Omega et travailler sur une scénographie autour de cet album. Mais tout est chamboulé. On voudrait quand même faire quelque chose de spécial, mais nous verrons. Chaque chose en son temps.

Vingt ans, c’est tout de même impressionnant. Comment expliques tu une telle longévité ?

Oui, comme tu l’as dit, c’est beaucoup de temps. C’est même plus que la moitié de mon âge ! Enfin, je dis ça, ça me fait paraître vieille, mais je ne le suis pas ! [rires] C’est jusque que j’ai commencé très jeune ! [rires] Notre longévité vient aussi du fait que l’on écrit beaucoup, que l’on tourne beaucoup également. Nous avons une fan-base fidèle et nous sommes assez résilients. J’imagine que plusieurs groupes auraient abandonné devant tant de pression. Nous avons l’énergie surtout. Nous avons débuté jeunes. Cela nous a permis de beaucoup tourner, sans avoir à nous préoccuper de notre loyer ou des factures, et de faire décoller notre carrière très vite. Mais pour les artistes qui démarrent plus tard, c’est plus difficile car ils ont souvent un travail à côté, une famille et des factures à payer. Nous avons eu également la chance d’avoir un bon deal avec notre maison de disques au début, et d’être actuellement toujours sur un très bon label avec Nuclear Blast, qui nous soutient beaucoup. C’est un tout, mais nous avons eu la bonne combinaison de facteurs au bon moment et cela explique que nous soyons toujours là aujourd’hui.

La crise du Covid a particulièrement impacté le monde de la culture. Comment as-tu vécu cette période et comment cela a transformé ta vie de tous les jours ?

Je ne sais trop… J’ai essayé de travailler au maximum, que ce soit pour Epica ou mes autres projets photographiques. Je suis également maman et pendant la quarantaine, l’école était fermée la plupart du temps. J’ai donc dû gérer l’école de mon fils au moment où j’enregistrais mes lignes de chant… Je travaillais dessus le matin pendant que mon mari gérait l’école et l’après-midi, nous échangions nos rôles ! [rires] C’était difficile au niveau de l’organisation. Mais nous sommes chanceux d’avoir suffisamment de revenus pour ne pas avoir à trouver de façon soudaine un nouveau boulot. Epica est un groupe bien établi et comme nous avons beaucoup travaillé, nous avons les reins solides financièrement. Mais les tournées nous manquent quand même. Nous sommes avant tout des musiciens live, et c’est notre raison de vivre. J’ai également tenté de faire plus de sport, mais aujourd’hui les salles de gym sont désormais fermées. Du coup, je cuisine et je mange beaucoup ! [rires] Et j’essaye de travailler depuis mon canapé ou mon lit, tout en restant en pyjama, comme en ce moment ! Le corona me rend faignante ! [rires] A l’heure actuelle, beaucoup de musiciens en profitent pour bosser sur de nouveaux projets et j’imagine que lorsque la phase promotionnelle d’Omega sera achevée, nous aurons de nouveau du temps pour écrire des compositions.

Imaginez-vous donner des concerts en live stream ou des concerts assis par exemple dans un futur plus ou moins proche ?

Oui, nous avons déjà donné quelques concerts en configuration assise. Mais les gens étaient assis uniquement pour le premier titre et se levaient ensuite tout en restant devant leur chaise. Pour le streaming, j’imagine que c’est désormais incontournable. Nous allons nous y intéresser je pense. Les artistes sont souvent obligés de le faire car c’est le seul moyen pour eux de gagner de l’argent. Et Les choses peuvent être malgré tout très professionnelles. Même si je préfère jouer devant un public, donner un concert c’est mieux que rien. Mais si nous faisons ça, j’aurais certainement l’impression de faire une répétition ou un soundcheck ! [rires]

Merci Simone pour tes nombreuses réponses. As-tu un dernier mot pour nos lecteurs ?

Restez surtout en bonne santé ! J’espère que vous aimerez le nouvel album autant que nous ! Merci aussi [en français NDLR].

Interview réalisée le 18 décembre 2020
Omega, le huitième album studio d’Epica sera disponible le 26 février chez Nuclear Blast
Photographies : © Childintime / Toute reproduction interdite sans autorisation du photographe



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