My Dying Bride – A Map of All Our Failures

My Dying Bride est, ce que l’on pourrait appeler, un pionnier dans le doom metal. Pour commencer, il est l’un des trois membres du trio britannique du genre (avec les compatriotes de Paradise Lost et Anathema), et sa musique reste toujours orientée dans ces vieux amours pour cette musique lancinante et sombre. Deux mots qui ont toujours été une caractéristique majeure dans la longue carrière de ces anglais, qui peuvent fièrement se targuer d’être parmi les grands piliers du genre, et d’avoir su donner à son public quelques œuvres désormais emblématiques. On pensera à l’excellent The Dreadful Hours ou à The Light at the End of the World, ou tout simplement à l’une offrande de leurs débuts, considéré par beaucoup comme étant leur meilleur opus : Turn Loose The Swans.

Ainsi, comme on le comprend aisément, ce combo a une grosse réputation. Difficile d’imaginer que le groupe reste pourtant devant des opus considérés actuellement comme étant des échecs, pour un groupe vu en déclin. Songs of Darkness, World of Light suivi de A Line of Deathless Kings ou For Lies I Sire sont des brûlots qui sont loin d’avoir fait l’unanimité, pour une bonne partie du public signe de la déchéance de ces anglais. Et ce n’est pas Evinta, revisitant quelques morceaux de la formation à la sauce classique, qui aura permis d’unifier une foule clivée. Il faut faire quelque chose, prendre les bonnes mesures : A Map of All Our Failures a donc une lourde tâche de reconquête, ce qui s’avère être difficile.

Pourtant, dès que « Kneel till Doomsday » démarre, on se rend compte que l’heure n’est plus à la rigolade, et que les expérimentations du précédent brûlot ne sont plus dans la recette de la nouvelle mixture des anglais. Les nuages noirs se réunissent, nous offrant donc une atmosphère sombre et menaçante, un peu comme à la grande époque de My Dying Bride, en gros. Que ce soit par le son de la guitare, les lignes de chant d’Aaron Stainthorpe et les délicates mesures de violon, un léger retour dans le temps est effectué. Comme si la formation avait elle-même comprise que leurs derniers efforts ne comblaient pas toutes et tous, et qu’ils souhaitaient remédier à cette situation. Ainsi, plusieurs titres (et en particulier « The Poorest Waltz ») ont un air de déjà entendu. Mais pas cet air qui vous plombe littéralement une écoute, non. Plutôt celui qui amène un parfum de douce nostalgie, et dans le cas de notre sextet, c’est davantage l’odeur des heures glorieuses, celles qui amenaient une horde d’adeptes à se prosterner à leurs pieds.

Mais pour accomplir un retour réussi, encore faut-il avoir une carte dans sa main. Une qui n’est pas là que pour le bluff, mais réellement pour réaliser un vrai coup de poker. Un atout que trop peu ont avec eux : l’inspiration. Et du coup, pour My Dying Bride, disons qu’avec A Map of All Our Failures, en retournant sur un terrain qui leur est familier, celle-ci n’est pas une absente de la partie. Indéniablement, ils savent très bien où ils s’aventurent, et ne comptent pas chercher quelques sonorités vers des contrées encore inexplorées. Tout reste dans du déjà vu et revu, donc, et que penser de cela, finalement ? Doit-on blâmer les britanniques de n’avoir voulu tenter du neuf ? Doit-on se rassurer de voir la formation retourner à ses premiers amours, à une musique plus proche des premiers disques, ceux qui ont fait leur succès ? Un peu des deux, en fait. Premièrement, tout cela peut sonner comme un vilain racolage de fans, et tout le monde sait que ça, c’est passible d’une méchante amende. De l’autre côté, il y a quelque chose de rassurant dans tout cela. Revoir le combo faire ce qu’il sait faire de mieux, et sans vraiment se vautrer, ça laisse encore un espoir quant au futur de My Dying Bride.

My Dying Bride

Une vraie bande de fanfarons !

Du coup, en se penchant sur les titres, que dire ? C’est bien joué, et bien composé, deux choses importantes quand on a un groupe. Surtout avec une telle ampleur, car nous n’avons bien sûr pas à faire à des débutants. Mais en dépit de titres souvent attrayants, il n’y a aucune surprise lors de l’écoute de ce A Map of All Our Failures, qui porte quand même bien mal son nom. On ne trouvera pas cette piste qui nous fera sauter au plafond, vénérer My Dying Bride avec des statues en chewing-gum cachées dans un placard ou de demander la jolie Lena, bassiste de son état, en mariage. Enfin, pour ça, on a pas non plus besoin d’un bon brûlot … bref. Toujours est-il qu’il ne se dégage rien d’exceptionnel à l’écoute de l’opus. De plus, l’abandon de toute influence death ne sera pas très bien accueillie par chaque auditeur, car cette enjambée doom / death était devenue, pour beaucoup, une partie intégrante de la musique des anglais. Mais il se passe quelque chose tout de même. Ce n’est pas un album qui se déroule avec une écoute placide et blasée, car il faut bien avouer que le groupe sait toujours comment mettre en place des ambiances prenantes. Par un violon, par la lourdeur de cette guitare, par le chant particulier et identifiable à mille lieux d’Aaron … les clés de leur succès sont toujours dans leurs mains. Et s’il manque quelques savoureuses épices à ce plat, cracher dans la soupe n’est pas très recommandé pour se délecter d’un met qui a quand même son lot de bonnes choses à vous offrir.

On pourrait le résumer à quelque chose de très simple : les 6 premiers morceaux sont très convaincants. Voilà, rien que cette phrase laisserait la chronique assez explicite. Mais comme on aime détailler un poil plus, on va détailler un poil plus. « The Poorest Waltz », par exemple, n’est pas la meilleure chose qu’ils aient offert jusque là, c’est une évidence. Mais dans les cinq minutes s’écoutant, il y a un développement assez rapide d’une ambiance triste et sombre, de cette mélancolie que les riffs nous évoquent à chaque fois qu’ils réapparaissent sur le devant de la scène. Et le chant, plutôt absent par ses interventions ponctuelles, renforce encore ces impressions, par la voix sur le ton de la complainte. Aaron sait y faire et nous le prouvera tout au long de la galette. Si quelques longueurs entachent un peu « A Tapestry Scorned », le chant de l’anglais sera là pour aider à oublier ces malencontreuses erreurs. Mais le must, le titre qui sort du lot, ça reste la très bonne « Kneel till Doomsday », tant par sa mélodie si prenante et raffinée, que par son chant et ses effets apposés ici et là : le son de cloche, les violons, tout y est pour nous envoûter et ça fonctionne bien. Ce qui amplifiera un peu la déception de ne rien voir venir de tel une fois cette pièce terminée.

Car il faut bien reconnaître qu’un défaut majeur du brûlot, c’est des longueurs dispensables, notamment sur les deux dernières pistes, ou sur « A Tapestry Scorned ». L’album a donc parfois quelques difficultés à tenir la longueur et termine par ennuyer avec une fin décevante, là où le début augurait du mieux. Qu’est-ce qui ne va pas ? Tout simplement une impression d’arriver en bout de course, et une inspiration qui, elle, décline. Ce qui conduit irrémédiablement à des morceaux peu captivants et sans vie. Les moments de faiblesse sont le principal défaut de cette galette qui aurait pu terminer en apothéose, plutôt que sur une mauvaise pente. C’est fort dommage, car tout au long du disque, My Dying Bride démontre sa capacité à reconquérir les amateurs de doom. Gageons que le prochain fera mieux.

En définitive, A Map of All Our Failures est un brûlot très intéressant, et à la fois transparent dans la discographie de My Dying Bride. On y retrouve des ambiances délaissées, et quelques pistes très agréables, parvenant à faire de l’écoute un vrai moment de plaisir. Seulement, voir un combo encore le cul entre deux chaises et ayant quelques difficultés à maintenir le niveau sur tout le long gâche un peu ces beaux sentiments, ce qui fait de cet opus un album à la fois rassurant et décevant. Mais la première option l’emporte sur la seconde, et le suivant reste très attendu, car il est à parier qu’ils pourront, cette fois-ci, nous surprendre comme jamais. Et on attend que ça … !
 

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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