Perturbator – Lustful Sacraments

Figure emblématique de la synthwave,  James Kent alias Perturbator revient avec un nouvel album intitulé Lustful Sacraments. Son prédécesseur New Model (2017) avait laissé de côté l’esprit vintage bariolé des années 80 au profit d’une ambiance plus sombre, flirtant avec le dark - indus à tendance électro. Lustful Sacraments sera-t-il dans la même veine, ou va-t-il marquer un retour au fluo teinté d’influences eighties ?

Dès l’introduction le ton est donné : bruissements lourds, un brin angoissants, beats profonds et sons électros lointains, « Reaching Xanadu » annonce un album atmosphérique et obscur. « Lustful Sacraments » continue dans cette lancée avec un synthé quasi-minimaliste, une mélodie simple mais efficace qui donne la chair de poule, accompagnée d'une ligne de basse monotone et puissante.

Cependant, ceux qui pensent avoir cerné l’état d’esprit de cet opus seront surpris par « Excess » qui casse cet aspect solennel un tantinet oppressant. Cette composition nous ramène sur un rythme plus rapide et entraînant, qui secoue la tête et les guiboles. En somme, un morceau qui donne envie d’aller se trémousser sous les néons.

Le répit sera de courte durée : l’heure n’est plus à la danse colorée sur un fond retro-wave ! La suite de l’album nous fait repartir dans une atmosphère plus dark mais qui continue de pulser. Soudain, une voix empreinte de velours se fait entendre sur « Secret Devotions ». Cette chanson dévie de l’instrumental pur pour nous emporter dans un monde éloigné et aérien, à la noirceur séduisante. Poétique, le chant de True Body apporte une note de romantisme suave à cet ensemble musical post-rétro-futuriste. Amoureux de la mélancolie, cette piste ne peut que vous plaire.

Néanmoins, tout en restant dans un univers gothique et ténébreux, on quitte cette ambiance désenchantée pour revenir vers des sons plus engageants avec « The Other Place ». Ne nous leurrons pas, on est encore loin de la musique pixélisée et dansante des anciens albums de Perturbator à l’image de Sexualizer (2013). Le minimalisme est toujours présent au niveau du synthé, toutefois les samples se multiplient, le rythme s’accélère, rompant avec l’aspect angoissant très carpentérien.
 


Si ces compositions traduisent une émancipation vis-à-vis du son de Big John, à l’inverse, d’autres pistes comme « Death Of The Soul », ou « Messalina, Messalina », renouent avec une musique efficace tout droit sortie d’un monde post-apocalyptique de Carpenter. On imagine sans peine Snake Plissken déambuler dans les bas-fonds d’un New-York dystopique.

Mine de rien, ce retour aux sources des 80’s est divisé en deux volets. D’une part, les influences du metal industriel sont bien marquées, notamment avec les premières notes électros très lourdes de « Death Of the Soul », qui posent un décor urbain sur le déclin. D’autre part, des résonances plus aigües, à l’instar du début de « Dethroned Under Funeral Haze », couplées à des parties lentes et profondes comme dans « Messalina, Messalina », nous bercent dans un climat anxiogène qui gagne en intensité. Les pulsations s’enchaînent, comme une obsession qui ne quitte pas nos oreilles. Les nappes du clavier instaurent une tension de plus en plus palpable, au rythme de notre cœur qui s’emballe…. Il ne s’agit pas simplement d’un voyage temporel dans les années 80, mais d’un véritable séjour émotionnel au cœur d’un film auditif, aussi troublant que fascinant. L’auditeur se sent à la fois charmé par cette musique électro-onirique et déstabilisé par cette dimension pesante.

Perturbator ne se contente pas de faire du fan service, il combine le vintage et le moderne. Les sons kitchs du synthétiseur associés à des riffs heavy, ou des beats frisant le dubstep, donnent un coktail des genres détonant et particulièrement savoureux.

« God Says » sera le plus déroutant des titres, mélangeant tous les tableaux découverts au long de cet album. On part en virée dans un monde SF dévasté, rythmé par des sonorités vibrantes et inquiétantes, en passant par une contrée plus mystérieuse aux allures de théâtre gothique, à l’écoute de Cédric Toufouti, la voix de Hangman's Chair. Par ailleurs, cet opus contient peu de featurings vocaux, cependant la qualité n’est pas en reste car ces titres sont, à coup sûr, des pépites ambiantes. Le frisson se fait sentir et le transport dans les hautes sphères planantes est assuré. N’oublions pas que James Kent est un ancien guitariste de black metal, aussi il n’est pas étonnant que ce côté sombre teinté de spleen soit mis à l’honneur.

Lustful Sacraments se montre envoûtant, hypnotique, flirtant avec la new-wave gothique. Perturbator a choisi une approche plus noire de sa musique, mais qui gagne en profondeur et marque un retour aux influences 80’s dans un cadre gothique qui ensorcèle. James Kent a fait le pari de pousser davantage l’exploration des ténèbres de son univers et c’est une véritable réussite.

Perturbator, nouvel album, Lustful Sacraments, dark, Synthwave, retro, wave, 2021, chronique

Lustful Sacraments tracklist :

01. Reaching Xanadu
02. Lustful Sacraments
03. Excess
04. Secret Devotion (ft. True Body)
05. Death Of The Soul
06. The Other Place
07. Dethroned Under A Funeral Haze
08. Messalina, Messalina
09. God Says (ft. Hangman’s Chair)

Lustful Sacraments de Perturbator - sortie le 28 mai 2021 via Blood Music

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NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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