Tremor Ama – Beneath


Le soleil triomphant d’une fin de printemps, les fortes températures qui vont avec, les bars qui rouvrent. L’envie pour certains de s’enivrer, d’oublier, de planer. Avant les retours des concerts, quoi de mieux que de sortir ce premier album de Tremor Ama, pour partir sur une autoroute bariolée. L’âpreté et la sécheresse d’un désert aride, la chaleur, les textures et les couleurs de Woodstock, voilà comment résumer simplement Beneath. Et si cela vous intrigue, plongez dans la suite !

Au programme donc de ce premier disque du quintette français - si vous ne l’aviez pas encore compris -, on aura du stoner, rien que du stoner. Mais du stoner sludge qui tantôt dégouline de gras tantôt étincèle de beauté au cours de quatre gros morceaux pour un total d'une trentaine de minutes.

Après une planante intro de deux minutes trente, nous voici plongés dans une musique lourde, dissonante de laquelle se dégage une distante mélancolie. L’odeur d’une fin de monde irradié, terreau dans lequel les pédales fuzz se régalent. On sent tant des réminiscences d’écoutes de Russian Circles qu’un amour de KYUSS dans les riffs de Rémi et Simon. Mais ce n’est rien face à l’apport des passages psychédéliques qui sont de véritables rouleaux compresseurs.

Tremor Ama tire son nom – comme on l’a déjà dit dans la news qu’on avait postée pour promouvoir l’album, mais on adore se répéter si vous êtes là sans l’avoir lu – non pas d’une excellente série B avec Kevin Bacon et Michael Gross, mais des secousses présismiques. Et le côté psyché agit de la même façon. Il se glisse insidieusement, par à-coups, par accords, un petit effet par-ci, un riff par-là, et grossit de plus en plus au fil des morceaux, avant de généralement finir par exploser sans crier gare. Difficile de résister à ces parties, apothéose des compositions, au superbe feeling hard rock comme sur "Grey" ou au milieu d'"Eclipse".

La production est quant à elle aux petits oignons. Pour un disque en auto production, le rendu est d’une efficacité monstrueuse. On pourrait parler longuement du chant de Raphaël Guichard, sa manière de s’estomper pour laisser place aux guitares, semblant, à l’instar d’un Hangman’s Chair pour la caution namedropping, à la fois effleurer les chansons et s’effacer derrière celles-ci pour être tant présent qu’évanescent. Ou encore, pour résumer, violent et agressif sans être dans le hurlement ininterrompu. 

Quant au reste des instruments, ils sont mis en avant par un mix clair qui n’abuse pas d’une sursaturation parfois trop pesante dans le genre.  Et mine de rien, vu la variété musicale de Beneath, le rendu sonore a son importance, comme l’atteste l’envolée stratosphérique en final de "Mirrors" qu’un Hawkwind n’aurait pas renié. L’ambivalence entre psychédélisme progressif et stoner sludge du groupe est parfaitement maîtrisée et est renforcée par la réussite acoustique de ce premier effort.

Les trente minutes de cet album s'écoulent ainsi tel un ruisseau au milieu d'une rivière. Malgré la lourdeur inhérente au genre, la diversité des passages, des couleurs et des tonalités – et donc la qualité des compositions – rend cette écoute d’une grande facilité. Difficile de dégager un temps fort ou un point faible de Beneath, tant le disque peut s’apprécier d’un bloc sans paraître écœurant. Mais on ne peut que vous recommander de jeter une oreille sur les premiers extraits sortis et disponibles ici, qui donnent une excellente idée de la large palette du groupe.

Tremor Ama livre donc, vous l’aurez compris, un premier album dont le quintet peut être fier. Beneath est une créature protéiforme, au carrefour de multiples genres. Elle s'inspire de cinquante ans de musique rock et accumule prog et onirisme à une base stoner / sludge. Le disque est irradiant d’une beauté sans pareille tant dans ses parties les plus psychés que dans la lourdeur de ses morceaux. Et après Slift qui a mis tout le monde sur le carreau l’an dernier avec Ummon, se pourrait-il que la prochaine surprise du stoner à tendance psychédélique se nomme Tremor Ama ? C’est tout ce que l’on peut leur souhaiter ! 

Tremor AmaBeneath – sorti le 11 juin 2021 chez Salade Tomate Orion

Tracklist :

1 - Ab Initio
2 – Green Fire
3 – Eclipse
4 – Mirrors
5 - Grey

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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