Year Of No Light – Consolamentum

Revoir surgir après huit ans d’absence Year Of No Light en ces temps sombres de pandémie a quelque chose de cocasse. Pour ceux qui n’auraient jamais entendu parler du groupe, les Bordelais ne font pas dans le joyeux. Sombres, lourds, et pleins d’une tristesse qui ne dépareillerait dans un post-apo, leurs trois premiers albums les ont poussés parmi les artistes les plus en vue de la scène post hardcore, aux côtés de Cult Of Luna, Amenra ou encore Neurosis. Du coup, on ne va pas se mentir, à l’annonce de leur signature chez Pelagic Records et de la sortie de leur quatrième ouvrage Consolamentum, l’impatience était de mise.

Chaque disque publié par le sextet bordelais doit être vu comme une expérience, une plongée. Consolamentum ne déroge pas à la règle : intégralement instrumental – pas une surprise pour le groupe depuis Ausserwelt –,  de près d’une heure pour seulement cinq morceaux, pas question d’apprivoiser la bête de la même façon qu’un album rempli de hits FM.

Dès « Objuration », on démarre dans un canevas presque doux, lente et longue introduction sur laquelle se greffent continuellement des guitares peu mélodiques, mais apaisantes, avant qu’une bascule profondément sludge ne se fasse. Du soleil couchant à la tempête brusque, sans passer par l’arc-en-ciel. En pleine dualité, nous pénétrons alors de plain-pied dans l’univers de Year Of No Light. Une pièce musicale foncièrement post-hardcore, qui prend son temps pour créer, émouvoir, mais surtout secouer. Ne parlons pas tant de sludge, de psyché, de doom ou d’ambient. La mélodie de Consolamentum est. Elle est. Un tout, démesure et mixture de multiples genres au sein d’une entité ayant parfaitement su l’ingérer.

Mais, plus encore que sur Tocsin ou encore l’album live Vampyr, les compositions sur ce quatrième album sont on ne peut plus cinématographiques. En jouant avec les tempos, en semblant flâner plutôt que de chercher l’accélération immédiate, les images se construisent et chaque morceau paraît dessiner un acte d’une seule et même pièce. Cette sensation que les minutes s’étirent, que la durée importe peu et que les musiciens peuvent les tordre sans problème.

On ne se rend même pas forcément compte que l’on passe d’un morceau à un autre. Le frisson du fuzz enjoué qui émane d’ »Alétheia » n’est qu’un prélude à « Interdit aux Vivants, aux Morts et aux Chiens », vaste plaine désertée dénuée de toute joie, où les trémolos picking finaux créent un véritable mur de son que ne renierait pas Godspeed You ! Black Emperor. Alors que « Réalgar » pourrait faire penser à Caspian ou Mono dans le laisser-aller des guitares, la portée martiale de la double batterie ramène un côté plus violent, mais aussi plus organique. Et pourtant, le tout paraît n’être que les aspérités d’un même bloc.

Au final, ces cinq pistes semblent alors se dessiner comme un unique et intense voyage, auquel il est difficile de paraître insensible. Et c’est à l’aune de cette sortie qu’on ne peut que se rendre compte que huit ans sans Year of No Light, ce fut long. Très long même. Consolamentum est un objet magnifique, subtil et cathartique, qui s’apprécie dès la première écoute, mais qui pousse de manière hypnotique à s’y replonger pour en saisir toutes les nuances. Pour ses vingt ans, le sextet a frappé fort, très fort, et ce nouveau disque se classe déjà sans aucun mal parmi les meilleurs albums de 2021.

Year Of No LightConsolamentum : sortie le 2 juillet 2021 chez Pelagic Records

Tracklist : 
1. Objuration
2. Alétheia
3. Interdit aux Vivants, aux Morts et aux Chiens
4. Réalgar
5. Came

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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