Les Gros émergents du mois de juillet 2021

Chaque mois, notre rédaction met à l’honneur quelques formations émergentes qui lui ont tapé dans l’œil (ou plutôt dans les oreilles). Nous espérons que cette mise en lumière permettra à des groupes passionnés et de qualité d’obtenir l’exposition qu’ils méritent, car ils sont la preuve de la richesse et la diversité de notre scène musciale. Bonnes découvertes !

 


Before And Apace – Denisovan (metal progressif)
 

Les sorties en metal progressif se multiplient, et nombreux sont les jeunes groupes à en revendiquer au moins des influences dans leur jeu. Ici, ce sont les Canadiens de Before And Apace qui présentent leur premier album, et clairement, on ne peut pas se tromper sur l’affiliation. Denisovan déroule quatre longues pistes d’une dizaine de minutes chacune, la dernière frôlant même les vingt minutes. Changements de rythme et d’ambiance, passages de plages où les instruments saturent l’espace sonore à des instants légers, presque acoustiques en passant par de longs moments instrumentaux, l’album suit tous les codes du genre, même s’il emprunte aussi des éléments au metal alternatif contemporain. Les guitares sont particulièrement mises en avant, d’arpèges clairs presque cristallins à une base rythmique lourde et pesante, avec des envolées de riffs stridents.

Si on sent une certaine application, les musiciens ne manquent pas de conviction, et le résultat emporte les auditeurs dans un trip planant à la violence contenue. Le principal défaut de cet album extrêmement bien fait est que l’on sent presque plus les influences du groupe que sa propre identité. Tout au long de l’album, on pense sans cesse à Tool, que ce soit dans le jeu saccadé des guitares, dans la façon d’effectuer les cassures ou dans certaines teintes de la voix, très expressive, essentiellement en chant clair. Le groupe cite aussi Meshuggah dans ses influences, et on peut sentir une certaine filiation, dans certaines sonorités presque dissonantes, même si l’ensemble est moins torturé, moins alambiqué et plus accessible. Pour un premier album, Before And Apace se montre donc convaincant, ne reste plus au groupe qu’à affirmer sa personnalité. 
 


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Chronique de Aude D

Messier 16 – Iota (black metal)
 

Déroutant, c’est le terme qui résume peut-être le mieux Iota, et encore, il s’agit du plus parfait des euphémismes. Le premier album autoproduit de Messier 16 s’inscrit sans conteste dans le metal extrême, pourtant, la première piste « Scriabin: 12 Etudes, Op. 8, No. 11 in B-Flat Minor » vient dès le début faire douter l’auditeur, puisqu’elle déroule 4’30 de piano classique plus proche d’Alexandre Scriabine que de Mayhem (et pour cause, c’est le compositeur russe qui l’a écrite). Les titres suivants balayent ces doutes : la fureur du monde y semble concentrée, et tout n’est que chant black suraigu et sursaturé, blasts sans finesse, riffs assassins. Le quatuor suédois parle d’un album « purgatif », difficile de le contredire.

Mais alors que l’auditoire s’était mis en tête qu’Iota serait un enchainement de titres bourrins jouissifs pour les amateurs de black et lénifiant pour les autres, au milieu de « Sigma », une voix claire masculine prend tout le monde par surprise. Elle tranche sans difficulté avec le reste, est d’une beauté solennelle soulignée par l’agressivité ambiante, chargée d’émotions, avec une certaine noblesse. En un sens, elle fait presque plus de bruit que les instruments. Messier 16 répète la formule avec encore plus de réussite sur « Equinox », cette voix haut perchée prend presque des tonalités religieuses. Mais entre deux interludes aux accents classiques et symphoniques, le groupe systématise un peu le procédé, qui passé l’effet de surprise, reste beau mais devient un peu répétitif, malgré des ambiances sombres et travaillées. Iota n’est pas un album à mettre entre toutes les oreilles et il nécessite un grand nombre d’écoutes pour se l’approprier. Mais même sans y adhérer complètement, il ne laisse pas indifférent.
 

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Chronique d’Aude D

Delving – Hirschbrunnen (prog rock – psychédélique)
 

Comme pour beaucoup d’artistes, la vie de l’Américain Nick DiSalvo a brutalement changé en 2020. Privé de la possibilité de promouvoir sur scène le nouvel album de son groupe Elder, Omens, et forcé à l’isolement par les circonstances, le multi-instrumentiste a donné à sa créativité un souffle nouveau, et présente aujourd’hui sous le nom de delving, son premier album solo intitulé Hirschbrunnen.

À la fois éloignés et si proches de ce que DiSalvo peut composer auprès d’Elder, les six morceaux instrumentaux de l’opus se caractérisent par une multitude de strates, de textures et de nuances, pour une plongée dans un univers psychédélique tout en délicatesse, entre prog et space rock atmosphérique. Un décor seventies est planté par l’association des claviers et de nappes de guitares comme flottantes dans la piste d’ouverture « Ultramarine ». Les ondulations semblables à celles que l’on trouve à la surface de l’eau, sont également créées par les effets de réverb comme dans « The Reflecting Pool », à la superbe ligne de basse, et la thématique aquatique se retrouve enfin dans les pérégrinations bucoliques du morceau « Hirschbrunnen » (la fontaine du cerf).
 
Si les pistes « Delving » et « Wait and See », constuites en lente progression, marquent les esprits par des touches de groove, un solo de guitare, et des textures riches et plaisantes, il n’en est pas forcément de même pour toutes les pistes de l’opus, ce dernier souffrant – comme beaucoup d’albums instrumentaux – d’un certain effet de répétition. « Vast », la piste de conclusion de onze minutes, a ainsi tout pour séduire mais peine à accrocher, victime d’un certain abus de lenteur introspective.

Parenthèse cristalline, délicate et introspective, Hirschbrunnen révèle une nouvelle facette des talents de composition de Nick DiSalvo et saura séduire les amateurs de rock progressif et psychédélique, ainsi que les amateurs d’Elder à la recherche d’une pause contemplative salvatrice.
 

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Chronique de Julie L

Smokeheads –  Never Prick my Pickles (metal alternatif)
 

Ne pas se fier aux apparences, voilà la première leçon à tirer de cette découverte du combo jurassien Smokeheads. Contrairement à ce que l’on pourrait supposer en voyant le nom du groupe ou le titre de son premier effort, Never Prick my Pickles, il n’y a rien d’embrumé, de tourbé ni de particulièrement humoristique dans l’univers puissant et mélodique que propose Smokeheads, sur un registre heavy / stoner / metal alternatif.

Loin des allures de jeunes premiers, les cinq musiciens chevronnés laissent parler leur expérience et proposent ici des compositions riches et cohérentes, bien bâties autour de refrains accrocheurs et d’un épais mur de riffs. Se réclamant d’influences aussi variées que Toto, Gojira, Tool ou Queens of the Stone Age, les musiciens ont trouvé une voix qui leur est propre, celle d’un dynamisme irrépressible mêlé d’une certaine amertume. Jouant sur les rythmiques, imposant un groove imparable teinté de grunge dans la piste d’ouverture « In Between », le combo montre qu’il sait aussi faire dans la nuance en alternant des passages doux et des accélérations aux riffs tranchants, liés par une superbe ligne de basse dans « Nothing Is Random », sur lequel le chant clair de David Z prend une dimension mélancolique à la Tool avant de verser dans un registre plus écorché. 

Les influences et sonorités de la fin des années 90 et du début des années 2000 ont été bien digérées,  si l’on en juge l’ambiance indus et les riffs durs débutant « One Million Ways » avant des passages plus ambiants et la construction d’un crescendo épique. Le single « Hate and Love » fait resplendir cette  teinte nu metal – tendance System of a Down – par le chant clair accompagné des lignes de guitares à la mélodie imparable, le twist se présentant soudain dans la noirceur du scream du vocaliste sur les dernières mesures. Le seul défaut de l’album ? Ne comporter que quatre titres …

Smokeheads est à n’en pas douter une formation à suivre dans le paysage français, et signe une première réalisation solide et convaincante, finalement davantage marquée par la maturité que par une frénésie de débutants.

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Chronique de Juliel

Swamp Terror – Gathered for Carnage (death metal)


Si vous ne voyez pas le lien entre des marécages à l’odeur nauséabonde et le death metal, Swamp Terror est là pour vous. Premier maxi CD pour cette formation hexagonale, au sein de laquelle évoluent nombre de têtes connues du metal underground (par ailleurs membres de Ghusa, Conviction ou Corrosive Elements), ce Gathered for Carnage est chargé de faire le pont entre la scène death floridienne et suédoise. Et l’on peut dire que ça marche, à l’image du très bon « Evil Cult », qui se trouve à mi-chemin entre la puissance et l’apparente simplicité d’un Entombed et le groove d’un Obituary. Le growl de Brice Moreau (vocaliste de Corrosive Elements) diffère toutefois de celui d’un John Tardy, avec un timbre plus caverneux, où plane l’ombre de Dan Swanö (Edge of Sanity). C’est aussi cela l’intérêt d’un side project, celui de proposer des choses différentes, et à ce titre, Moreau sait se démarquer de son groupe principal avec talent.

Côté guitare, les riffs de Romuald Potel (Ghusa) sont directs et tranchants, parvenant à saisir l’ambiance poisseuse de l’artwork, sans renier sur l’efficacité des compositions (« Harvest of Sacrifice » est particulièrement accrocheur). Le guitariste est toutefois capable de soigner ses lead comme sur celui de « The Madman and the Ugly », particulièrement mélodique. Derrière les fûts, Rachid « Teepee » Trabelsi nous prouve une fois de plus son talent pour varier les genres (le bougre passe du doom de Conviction au death de Swamp Terror avec une facilité écoeurante).

Avec seulement quatre titres (sans compter une intro et une outro), Swamp Terror parvient à nous allécher et donne clairement envie d’en entendre davantage. Gathered for Carnage est un très bon apéritif que l’on savoure en attendant le plat principal. La créature des Marécages est en marche pour faire sonner son death putride et nauséabond sur la scène française, et attendez vous à ce que ça fasse mal !

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Chronique de Watchmaker



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