Doro Pesch, la reine du metal

« J’ai toujours pensé que le français était la langue ultime pour le metal »

A l’occasion de la sortie de l’album Raise Your Fist, La Grosse Radio Metal s’est entretenue avec Doro Pesch, surnommée « la reine du metal » pour évoquer son album, sa prochaine tournée et sa brillante carrière.

Tu te prépares à sortir ton prochain album, Raise Your Fist. Comment fais-tu pour sortir autant d’albums avec un rythme si régulier ?

Tu sors un album, après tu pars en tournée, plus c’est long, mieux c’est, c’est bon signe quand tu tournes longtemps pour un album, mais après deux ou trois ans, tu te dis « je veux retourner au studio » et mettre tes idées en musique. Je chante ce à quoi je pense à mon téléphone portable, ou sur un dictaphone. Sur ce disque, la première chanson écrite était pour Ronnie (James Dio), « Hero ». Quand j’ai appris son décès, j’étais bouleversée, comme beaucoup de monde et pendant des semaines je ne pouvais rien faire. Une nuit, j’étais allongée et une mélodie m’est venue, avec « You are a Hero, you are a hero… », après j’ai écrit la chanson, on a été au studio pour enregistrer la démo, et comme tout allait tout seul, je me suis sentie prête pour faire un nouveau disque. Mais je suis toujours très motivée pour faire un disque après une tournée, donner aux fans quelque chose de nouveau… Quelques fois on fait une pause et on sort un DVD, comme la dernière sortie, 25 Years Of Rock… And Still Going Strong. C’était super de travailler dessus, mais cela nous a pris un an et demi pour tout bien faire, c’est pourquoi cet album a mis plus de temps à sortir.

Tu viens de parler de la chanson Hero, qu’est-ce que Dio représentait pour toi ?

C’est l’une de nos plus importantes pertes. C’était un excellent chanteur et une personne adorable, j’ai eu le grand privilège de le rencontrer et de tourner avec lui, c’était ma première tournée après la sortie de « Triumph And Agony » en 1987, après on a beaucoup tourné et le dernier était très long, c’était aux Etats-Unis en 2000, et nous sommes devenus de très bons amis. En 1987 je ne parlais pas aussi bien anglais et les conversations étaient limitées à « Passe un bon concert, que tout se passe bien ». En 2000 tout s’est bien passé, on a aussi fait la première partie de Heaven & Hell il n’y a pas si longtemps, tout avait l’air de bien aller… Ce la a choqué la communauté metal, y compris moi, et il était tout pour nous, c’était un des  meilleurs chanteurs et une des meilleures personnes qu’a porté cette Terre. Je me souviens d’un concert en 1986 ou 1985, nous l’attendions, il y avait un rideau, cela devait être dans le coin de Düsseldorf, Cologne ou Essen, peur être Essen au Grugahalle, une bonne salle. Bref, il y avait ce rideau, j’étais à côté de la console de mixage, ensuite il s’est ouvert et quand je l’ai vu c’était incroyable, j’en suis presque tombée à genoux, j’en ai eu les larmes aux yeux. Je me suis dit que c’était ça, ce que je voulais faire, complètement souffler les fans. Ce souvenir nous a beaucoup inspirés pour la tournée du 25e anniversaire, avec ce mur énorme sue scène, notre plus gros, qui devait faire 25 mètres. On ne peut plus l’utiliser parce qu’il n’irait plus à aucune autre tournée. Donner cette sensations aux fans, juste pendant 20 secondes était donc inspiré de ce souvenir. Deux ans après on tournait ensemble, c’était énorme. Chaque soir je regardais ses concerts. Lors de notre tournée américaine, nous sommes allés au Fillmore de San Francisco, un club très célèbre, ensuite nous sommes allés en Floride, puis, lors de derniers concerts il a demandé, en grand gentleman, un second micro à l’ingénieur du son pour que je chante avec lui, c’était inoubliable.

Doro 2012

Lors de ta dernière tournée, tu as chanté « Egypt (The Chains Are On) » en hommage à Dio. As-tu prévu d’en faire d’autres lors de la prochaine tournée ?

Je ne sais pas encore ! Notre album vient de sortir, est fini, chaque date durera 2 heures et demie, trois si on veut tout jouer… ce serait bien, mais si on fait un concert de trois heures chaque soir pendant toute une tournée, le corps commence à se rebeller. Je n’ai pas encore penser à une autre reprise, mais je veux chanter « Hero » sur scène. Mais j’adore toujours « Egypt » !

A propos des nouvelles chansons, de quoi parle Raise Your Fist In The Air ?

On a sorti un EP de quatre titres avec « Raise Your Fist In The Air » dessus, « Victory », un autre hymne, « Engel », une chanson en allemand qui fait un peu penser à « Für Immer », et une version française de « Raise Your Fist In The Air », qui s’appelle « Lève ton poing vers le ciel » ! Je l’adore, encore plus que la version en anglais. Je suis née et j’ai grandit avec le metal britannique, mais j’adore Trust, c’est un de mes groupes préférés et j’ai toujours pensé que le français était la langue ultime pour le metal. On l’a jouée lors de la tournée, je ne suis pas sûre qu’on l’ait faite à Paris, le set a du être raccourci à cause du couvre-feu. On l’a faite à Lyon et je demande toujours aux gens un truc que je peux dire en français. On a déjà fait des chansons en Français, en 2000 il y a eu « Toujours pour gagner », et sur le dernier album, « Herzblut » est en quatres langues, la version française s’appelle « A fond le cœur ». Quand j’ai demandé la traduction de « Raise Your Fist In The Air » en français, j’ai trouvé que « Lève ton poing vers le ciel » était un titre puissant. Il fallait que je la fasse en français. Un de mes amis, Martin, travaille pour une radio au Luxembourg, Heavy Metal and Who, un super gars et ungrand fan de metal, qui a fugé de chez lui pour voir son premier concert, c’était nous sur scène ! Il sait tout sur le metal et me donne plein de détails. Je lui ai demandé de me traduire les paroles et de chanter les chœurs. Je l’ai chantée avec l’aide de deux filles, et j’ai adoré. J’ai ensuite demandé à la maison de disques de sortir un EP avec la version française dessus. Cet EP a donc deux chansons en anglais, une en français et une en allemand. Quand on viendra à Paris, je chanterai la version française. J’espère que les fans me comprendront !

Cela nous fait trois langues différentes sur cet album. Comment les choisis-tu ?

J’y vais à l’instinct, au feeling, mais j’aime beaucoup cette démarche, cela rend hommage aux langues et aux fans qui les parlent. Certaines langues sont assez difficiles, comme le japonais ou le chinois, même si j’essaie toujours de dire quelque chose… Certaines langues sont plus faciles à chanter que d’autres… Même l’allemand est assez dur à chanter, ce n’est pas si facile de choisir les mots qu’il faut. Cette langue sonne, mais peut être vicieuse. Quand une idée originale vient en allemand, elle perd son sens quand on la traduit en anglais. Je n’ai jamais fait de traduction complète de « Für Immer » en anglais, pareil pour « Engel ». J’essaie toujours des trucs avec mes musiciens américains, et on sait si une idée est intéressante ou si ça ne va pas. Mais des fois, tu sais quand ça va, quand quelque chose te provoque une monté d’adrénaline et que ton cœur s’emballe… et si cela contient de la magie dès la première seconde, c’est là pour rester.

Lemmy figure sur cet album. Pourquoi l’avoir fait chanter sur « It Still Hurts » ?

Ca fait très longtemps que j’adore Lemmy. Comme Ronnie, Lemmy est très important, je l’ai rencontré au tout début des années 80, on a joué ensemble plein de fois, dont au festival légendaire Monsters Of Rock en 1986. Lemmy a toujours été, pour moi, un des mecs les plus cools que je connaisse, et je l’apprécie beaucoup. On a enregistré deux chansons ensemble sur l’album « Calling The Wild » en 2000, c’est vraiment un gentleman en studio. Pour ce disque (Raise Your Fist), j’ai écrit la chanson « It Still Hurts », mon ami et moi, Andreas Bruhn, il a été guitariste dans Sisters of Mercy, on a fait plein de trucs ensemble, et il a chanté dans les couplets, on s’est dit que ça irait bien pour un duo, il a dit oui, et je lui ai dit « j’entends Lemmy chanter sur celle-là », il m’a répondu « pourquoi tu ne lui fais pas écouter, peut-être que ça lui plaira », je lui ai montré, il a dit oui et on a enregistré ses parties à Los Angeles, aux studios Sunset Lodge, chaque mot me faisait frissonner et me donnait la chair de poule. C’est un grand honneur Lemmy sur une de mes chansons, et j’adore le côté chaleureux et sensible qui ressort de cette chanson. J’aime beaucoup quand c’est hard et rapide, mais parfois une chanson comme ça ne fait pas de mal.

Le voir sur une ballade est assez original.

Oui, j’aime beaucoup ce qu’il fait en solo, il a beaucoup de possibilités, il un très bon feeling rock n’roll, et une bonne facette sensible. J’aime beaucoup les ballades de Motörhead comme « Love Me Forever » ou « Don’t Let Daddy Kiss Me », qui est assez sombre et inquiétante.

Il y a aussi Gus G. d’Ozzy Osbourne et Firewind. Comment l’as-tu choisi ?

Alex Kroll (Atrocity, Leaves Eyes), un ami de longue date, on s’est rencontrés au Wacken Open Air et avons eu l’idée de faire de la musique ensemble. Il a rencontré Gus au Musikmesse à Francfort, qui lui a parlé de son prochain album sur lequel il travaillait, il m’a ensuite dit qu’il avait rencontré Gus G. et m’a dit « on lui demande de faire un solo sur ton album » et j’ai répondu « oui s’il te plait demande-lui ! ». J’ai souvent eu de très bons guitaristes invités sur mes albums, je pense que ça fait plaisir aux fans d’écouter Gus G., c’était super quand il a joué le solo. Alex Kroll s’est occupé du mix, c’était bien. J’aurais pu le rencontrer au Hellfest, on a joué le même jour, mais je n’ai pas rencontré Gus à ce moment-là. C’était un bon festival, j’ai adoré le concert, et les fans étaient supers, c’était inoubliable.

Tu nous as parlé tout à l’heure de Dio qui t’a donné le micro pour que tu chantes avec lui, tu as fait la même chose avec Gerre de Tankard cette année, ce qui a donné ensuite une collaboration avec le groupe pour « The Metal lady Boy ». Peux-tu nous en parler ?

C’est assez drôle ! Lors de la dernière tournée, nous jouions près de Francfort, à Aschaffenburg, dans un petit club très sympa. Je présentais « All We Are » comme la dernière chanson du concert comme d’habitude et j’ai aperçu Gerre et je lui ai dit de venir pour qu’on chante « All We Are » ensemble. Il est monté sur scène, on a un peu chanté « All We Are » ensemble, puis il m’a chuchoté à l’oreille : « hey Doro je suis trop bourré, je ne peux plus chanter. » Je l’ai remercié et laissé partir en lui disant qu’on parlerait plus tard, après le concert. Il ne s’en souviens peut-être pas. Il m’a dit qu’il se souvenait plus des paroles d’ « All We Are », pourtant elles ne sont pas bien compliquées. On s’est ensuite vus après le concert dans les loges et Gerre a dit « J’ai une chanson que j’aimerais jouer pour toi », puis on a parlé de la Thaïlande, où on a tourné un paquet de fois et on y trouve des transsexuels, ce sont les femmes les plus belles du monde, sauf qu’en fait ce sont des hommes, c’est assez incroyable. Ensuite il m’a envoyé la chanson et je l’ai adorée après l’avoir écouté qu’une seule fois. Après j’ai été au studio et je l’ai enregistrée, Gerre est vraiment un chic type, adorable, on s’est bien amusés.

Parlons live. Qu’est-ce que ça te fait de revenir à Paris en décembre, un an après ta dernière tournée ?

Je serai au Divan du monde le 12 décembre, j’ai très hâte d’y être. Lors de la dernière tournée, le concert de Paris a été écourté à cause du couvre-feu, mais celui de Lyon était génial, très long, avec plein de chansons old-school parce qu’il y avait plein de metalleux old-school qui adoraient quand je leur en proposais. J’ai vraiment hâte et j’adore les fans français. Nous avons toujours eu un lien fort, depuis le début des années 80. Je me souviens de mon concert avec Ronnie James Dio au Zénith de Paris en 1987, vous n’étiez même pas nés ! C’était l’un de mes meilleurs concerts, c’était incroyable. C’était tellement bien qu’on a tout de suite enchaîné avec une tournée avec Megadeth aux Etats-Unis, parce que la tournée avec Ronnie s’était très bien passée, et pas mal d’industriels de la musique étaient à Paris, le Zénith était une étape à passer, les regards étaient rivés sur nous et il y avait pas mal de pression, mon manager me disait « il faut que tu assures, il y a une tournée américaine à la clé », mais les fans étaient exceptionnels.

Doro 2012

Peut-on s’attendre à beaucoup de nouvelles chansons sur la prochaine tournée ?

Quand le disque sortira, je demanderai à tous les fans quelles chansons ils voudront entendre sur scène, mais je suis sûre que « Lève ton poing vers le ciel » sera sur la setlist, avec « Rock Til Death », « Hero », et d’autres chansons suivant le choix des fans. Mais je jouerai aussi les vieux classiques ! Parfois, certains groupes ne jouent que leurs nouvelles chansons, et je n’aime pas trop ça. On jouera un peu de tout.

Tu sembles avoir une relation spéciale avec le festival Wacken. Peux-tu nous en parler ?

Oui, j’y ai joué pour la première fois en 1993, et on n’arrivait pas à trouver le site parce que le village était tout petit et personne ne savait où était Wacken. C’est un fermier qui nous a montré le chemin. C’était tout petit, il devait y avoir 2 000 personnes, mais on pouvait sentir l’esprit du metal. En plus, à cette époque, le metal n’allait pas si bien. C’était vraiment un festival fait par les fans pour les fans, le concert qu’on y a donné était super. Après on nous a téléphoné pour y retourner en 1998, et il y avait 30 000 personnes là-bas, et je me suis demandé comment ils sont passés de 2000 à 30000 ! On est revenu quelques années plus tard, ils étaient 50 000, puis 80 000, et maintenant ils se sont stabilisés à ce chiffre. Des gens de tous horizons se rencontrent, qu’ils viennent d’Australie, d’Egypte, tout le monde y est, c’est génial. J’avais contacté les organisateurs pour avoir un bon concert pour mes 25 ans de carrière, et il me fallait des gens pour me soutenir, je leur ai demandé et ils ont accepté, depuis nous sommes amis. L’année prochaine j’y fêterai mes 30 ans de carrière. Je ferai aussi deux concerts à Düsseldorf, la ville où j’habite, parce j’aurai probablement 1h30 de concert au Wacken. Je prendrai pleins d’invités et je donnerai le meilleur concert possible, mais à Düsseldorf je pourrai faire 3 heures chaque soir, je veux jouer deux soirs à la suite, peut-être faire quelque chose de spectaculaire, avec un orchestre, quelque chose de vraiment spécial, parce qu’on a fait un très bon spectacle pour les 25 ans, avec pleins d’invités, donc cette fois je vais travailler dur pour que les fans puissent assister à quelque chose de vraiment énorme.

Y a-t-il des chances pour qu’on ait une tournée des 30 ans ?

J’aimerai bien faire une tournée, mais ça risque d’être compliqué d’amener tous les invités avec moi. J’essaierai quand même, j’aimerai bien amener ça à Paris, ce sera vraiment une ville où s’arrêter, mais rien n’est confirmé pour l’instant. Rien qu’à Wacken, j’étais surprise qu’on me dise que je ferai le concert de mon 30e anniversaire.

As-tu prévu de faire des concerts pour les anniversaires de tes albums ?

Pas encore, je sais que certains groupes le font, mais je n’y ai pas encore pensé. J’ai pensé à faire (pour mes 30 ans) un soir old-school avec que du speed metal et du metal old-school et un soir avec plus de ballades ou quelque chose du genre. J’aimerai bien continuer encore 20 ans si c’est possible, si Dieu est d’accord, je pourrai faire plein d’autres disques et jouer à plein d’autres de concerts et de festivals.

Y a-t-il des artistes avec qui tu aimerais collaborer ?

Oui, j’aurais adoré faire quelque chose avec Ronnie James Dio, cela aurait été surement génial, mais ce n’est plus possible. Il y a d’autres artistes avec qui j’aimerai collaborer, comme Blackie Lawless, Dave Mustaine, on a tourné ensemble il y a des années de ça aux Etats-Unis, j’ai toujours aimé son style, ses chansons, surtout In My Darkest Hour. Blackie Lawless aussi, peut-être Rammstein. Mon premier concert de rock était Whitesnake, j’ai trouvé que David Coverdale était un chanteur et un frontman incroyable. J’ai plein d’autres idées en tête, mais il faut attendre le bon moment.

Tu as cité tes influences old-school, y a-t-il des groupes récents qui t’intéressent ?

Oui ! J’adore les nouveaux groupes comme Children of Bodom, Arch Enemy, In Flames, les gars de Steel Panther sont très drôles aussi. Mais je reste quand même sur mes vieux groupes favoris, j’ai vu Saxon au Wacken, il y a Accept aussi… Vieux ou jeune, c’est pas important, tant que c’est bon.

Un dernier mot pour les fans français ?

Salut, metalleux et headbangueurs français, je vous aime, merci pour tout, pour le soutien, j’espère bientôt vous voir sur la tournée, j’espère que vous aimez l’album Raise Your Fist et j’espère que vous chanterez « Lève ton poing vers le ciel » avec moi. Rendez-vous le 12 décembre au Divan du Monde, je vous souhaite le meilleur, merci encore pour votre loyauté, je travaille du mieux que je peux, j’espère que vous passerez un bon moment, et maintenez le metal en vie.
 



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