Asha D, Interview sans filtre

A l'occasion de la sortie de son futur opus The Pressure, Asha D nous a reçu dans le studio où il travaille et écrit, celui d'Artikal Music à Montpellier.
Il a pu en toute liberté s'exprimer sur son travail mais aussi sur l'actualité et le devenir du Reggae.

L'interview:

LGR - Asha merci de nous recevoir pour La Grosse Radio Reggae pour parler de ton dernier travail

Asha D - Avec plaisir 

C'est un premier EP personnel 100/100 Asha D, ce qui n 'est pas le cas de tout ce que tu as fait auparavant. Là on te prend entre deux concerts avec ton groupe Artikal Band et Yaniss Odua. On espère que ça ne pas pas être trop pour toi. Ton EP s'intitule The Pressure

Asha D - OUI

 Pourquoi The Pressure ?

Asha D- Parce que j'ai fait cet EP à un moment précis où on était. Remarque on y est un peu encore. En pleine période COVID et je trouve qu'à ce moment là, tout mettait un genre de pression.
On ressentait la pression assez lourde de tout, que cela vienne du système, mais aussi parce que l'on était confiné.  Les histoires de vaccin, la politique, Zemmour et le reste. Donc on l'a appelé comme ça. Au fait, à un moment donné, je me disais que je l'appelle comme ça et au même moment, ils ont commencé à lever le pass et pouf ça a enchaîné sur la guerre en Ukraine. En fait, le titre malheureusement j'ai l'impression qu'il va rester d'actualité et j'ai l'impression que la pression elle ne nous lâche pas.

 

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 Sur cet EP il y a 6 titres, tu en chantes 5 en anglais et 1 est en français. Pourquoi le choix de chanter en anglais?

Asha - Pourquoi ce choix ? Alors, parce que si tu veux, déjà j'aime beaucoup le Reggae en anglais tout bêtement. Naturellement, je vais dire que je suis plus proche du reggae en anglais et du reggae jamaïcain que du reggae français que j'aime beaucoup. Mais, le reggae que vraiment je kiffe c'est le reggae jamaïcain. Donc, naturellement, j'ai des sonorités qui vont venir en anglais. Mais on s'est posé la question parce que j'ai en magasin beaucoup de titres en français et aussi en anglais. En fait, avec l'équipe on s'est dit c'est comme cela. Du coup, on à sélectionné plus de titres en anglais qu'en français. Ça a été un choix et je chante dans les deux langues.

Tes deux précédents Ep ont été faits l'un avec Mark Cupidore qui est jamaïcain, l'autre avec un super chanteur californien Bobby Hustle. Pourquoi d'un seul coup tu as eu envie de te lancer tout seul ?

Asha – Ce n'est pas d'un seul coup en fait pour être honnête, parce que j'ai sorti des titres en solo il y a déjà longtemps. Il y a une dizaine d'années et après, c'est vrai vu que je fais pas mal de choses. J'ai beaucoup tourné et je  suis beaucoup intéressé par la production aussi. J'ai donc, c'est vrai, mis un peu de coté tout ça officiellement. On va dire pour me concentrer à la batterie, sur la production, sur mon studio. Mais je continue à enregistrer et au final mon équipe, les gens qui sont avec moi m'ont dit, c'est cool on produit beaucoup de gens, machin etc … Autant te produire toi aussi quoi, autant te mettre en lumière également. Tu as plein de titres donc autant que l'on table sur toi aussi à un moment donné. Ça c 'est passé comme cela.

En plus tu es challengé à chaque concert par Yaniss qui te fait chanter.

Asha - Ben voilà ça fait partie de ce que je te dis. Les gens qui sont autour de moi dont Yaniss, pas qu'autour, il est avec nous. Il fait partie des mecs qui me disent « ce titre tu ne le sors pas, celui là, il faut que tu le sortes». Voilà. Et il me dit vas y, on  fait comme cela sur scène et je dis oui. Au final, c'est marrant, car plein de gens m'en parle et ça me fait kiffer. En plus, ça apporte un petit quelque chose au show aussi . C'est sympa.

A part ça tu as fait plein de titres en collaboration avec d'autres chanteurs, seul ou avec Artikal. Notamment le dernier qui sort en ce moment avec Mike Louvila. Ce titre est “Simply Beautiful” qui a l'air de bien tourner aussi.
Tu en as d'autres encore en préparation comme cela ? Toi ou vous avec Artikal ?

Asha – Oui.  Alors avec Artikal on a un projet et également on a un Ep qui va sortir à la fin de l'année, en Novembre. C 'est prévu.  On a même la date, le 19 Novembre,

LGR -Il sera temps d'en reparler,

Asha – C'est un EP basé sur un concept. On s'est rendu compte qu'il y avait pas mal de chanteurs autour de nous avec qui on a travaillé depuis longtemps. Ce sont des gens que l'on estime talentueux comme Mike (Louvila) comme Ariane (Nsilulu) aussi.

Ariane qui est dans les chœurs de tes morceaux ?

Asha - Oui, bien sûr, c'est la famille. Ariane, c'est une chanteuse avec qui on a travaillé, Artikal Band et elle. Elle qui vient plus du gospel, Mike lui ne faisait que de la soul. Ce qui nous a intéressé, c'est leur coté voix. Le mélange des genres exactement, mais aussi ce coté voix, car eux, ils chantent vraiment.
Ils viennent d'une culture où les gens ont les mélodies naturellement, C'est ce qui nous a plu.
Ce sont de vraies voix, ce sont des chanteurs qui sont capables de faire plein de choses . Ils sont polyvalents.

Mike il peut chanter plein de choses. D'ailleurs une anecdote.
Mike c'est quelqu'un que je connaissais d'avant. A la base le Reggae, il n'était pas chaud, ne venant pas de ce milieu, il ne le kiffait pas plus que ça.
Donc il est venu en studio et je lui ai vendu comme ça : «Tu sais on fait un titre version soul et le même titre après on le fait en version reggae.» Et le gars a tellement kiffé la version reggae qu'après on a même oublié la version soul.
En fait, il s'est rendu compte que ce sont des musiques sœurs et que le groove, même s'il est un peu différent, c'est la même chose au final, même le tempo.  Il y a plein de chansons soul où le tempo est similaire juste le groove qui varie un peu.

Dernièrement un chanteur néozélandais me confiait que finalement pour lui Bob Marley chantait une sorte de musique Country.

Asha - Mais au final Bob Marley était très inspiré par la musique américaine qu'il écoutait. Quand tu écoutes bien ses premières chansons, avant que son reggae ne soit vraiment développé a un haut niveau. Avant c'était très Soul , très RnB. Donc, ce sont des musiques qui sont sœurs.

Pour nous, travailler avec des gens qui viennent d'autres horizons vocalement, ça nous apporte une grande fraîcheur. On s'en est rendu compte par exemple, pour reparler de Mike.
Il a chanté naturellement des chansons dont un titre l'année dernière, qui s'appelait “Sweet Dream” qu'il chante naturellement en voix falsetto. Ils sont nombreux à croire qu'on l'a fait exprès pour faire un style comme Cedric Myton. Mais pas du tout, du tout, du tout !
En fait il s'est passé que pendant que l'on travaillait la chanson,  lui,  il chantait celle ci comme ça. Je lui ai dit tu sais, on va la garder telle quelle la chanson. Il me dit : ah! oui?  vous aimez ça dans le reggae ? je lui ai dit ne t'inquiètes pas.
Ça colle à la musique totalement .Lui, il n'avait pas du tout cette culture là. Il ne pensait pas qu'il y a avait des chanteurs qui chantaient comme cela et qui ont fait des hits incroyables. C'est là ce qui est marrant et tu vois que ce sont des musiques voisines, voire sœurs. Il suffit de croiser un peu et poum on le reconnaît de suite.

Asha - Maintenant dans notre équipe il y a aussi Flora (Sicot), qui aura aussi un titre sur notre album d'Artikal.
Elle, c'est une chanteuse qui nous vient du Jazz, et elle fait partie de la famille à part entière actuellement. Avec Artikal, on a voulu faire un Ep qui met en valeur les voix. Moi aussi j'y ai un morceau. Il y aura aussi des morceaux instrumentaux. Un Ep qui mélangent tous les genres qui gravitent autour de nous.
C'est pour ça aussi qu'on est entrain de lancer le concept d'Artikal Family. C'est Artikal Band avec les gens de la famille autour.
On a déjà fait un concert juste avant le confinement comme ça. Il y avait Mike , Ariane, Pablo Anthony. Ça avait super bien marché, car chacun arrivait avec son petit univers Pam Pam Pam.. Il y en avait un peu pour tout le monde. Comme cela avait vachement plu, ça nous a motivé pour faire un Ep.

En plus de tout cela, tu nous délivres un nouveau riddim toute les semaines. Comment arrives tu à tenir le coup pour faire tout cela ?

Asha – Ben!  C'est de l'organisation. Voilà.

Asha D en solo

On revient au but de cet itw qui est de parler de The Pressure, cet EP qui sortira en Juin.
Sur le première titre “Never Leave Me Alone” tu as invité une grande chanteuse trinidadienne Queen Omega. Comment as tu réussi à la faire venir sur ta musique ?

Asha – Simplement parce que on se connaissait. On a tourné il y a longtemps, au début des années 2000. Je ne pourrai  pas te dire la date exacte. On va dire, à la louche, en 2003. On a fait plusieurs dates avec elle, on a joué en Slovénie ensemble. Et on a fait des plateaux reggae féminins où il y avait Queen Omega, Sista Carol et Empress Ayeola. On a fait des dates comme ça.  Donc en réalité, on se connaissait déjà. Quand il a fallu trouver des featuring, (trouver des gens pour collaborer sur un Ep c'est nécessaire), c'est venu assez naturellement. Déjà, parce que on aime beaucoup ce quelle fait. On aime bien aussi le coté féminin, qui rajoute une balance pas toujours homme – homme et c'était super d'amener un peu de féminité là dedans.

C'est le deuxième titre qui à été révélé de ton album on parlera du premier après.

Asha- Si tu veux

Le second titre c'est le titre éponyme de ton album c'est “The Pressure”. Tu l'as écrit au moment où on était tous sous pression. Il montre bien quand on écoute les paroles, de ce qu'étaient ces moments là pour beaucoup de gens. On espère que les gens réaliseront que sortir de ces moments là, c'est bien agréable.

Asha – Alors là je ne veux pas être pessimiste. Ma fille me dit toujours que je suis pessimiste. Mais franchement, tu vois on se voit aujourd'hui. Hier c'était les élections bon voilà. Ce n'est pas que je sois pessimiste. Mais le résultat des élections ne me fait pas ultra plaisir. La politique ne m'intéresse pas vraiment. Quand je vois ce qui nous attend, je dis c'est la galère. La pression elle, n'est pas terminée. Les gilets jaunes ce n'est pas terminé. N'importe qui le sait, ça va péter d'une manière ou d'une autre. Regarde.  Il n'y a pas longtemps, il y a un mois de cela, on était en train de se poser la question. Tiens est ce que l'on va entrer en guerre? Les bombes nucléaires, sur BFM... Malheureusement, la pression elle n'est pas prête à se terminer. Malheureusement j'aurais bien aimé faire une chanson obsolète.  Mais je n'ai pas l'impression.

Le troisième titre c'est le premier titre que tu nous avais dévoilé “ Roots Warrior”. Ce titre signifie quoi pour toi ?

Asha – Ce titre alors, signifie pour moi beaucoup en vérité. Pourquoi?  parce que “Roots Warrior”... Tu sais on me fait souvent la réflexion.
Récemment tu m'as vu sur scène avec Yaniss chanter derrière la batterie. Mais avant, sur une date ou deux, j'ai fait la première partie. Et les gens ils me voient arriver et tu connais mon style. Je n'ai pas particulièrement des dreads.  Les gens en fait, croient que je fais du Hip-hop. Après, ils sont surpris par le message et la musique que je délivre. Moi, je viens du Roots et c'est ce message qui me plaît et que j'aime.
J'aime le message Roots. J'aime ce Roots. J'ai envie que le message soit utile et qu'il soit profond. Il faut qu'il y ait une profondeur dans le message. Il y a une chose qui ne me plait pas trop actuellement, depuis un certain temps dans la musique que j'entends, dans le Reggae.
C'est que je trouve qu'il y a beaucoup d'artistes qui ont perdu ce coté où ils sont rastas. Ok bon!  Soit disant, mais c'est tout. Je vais faire l'idiot. Avant les gars du temps de Bob Marley, les rastas, ils avaient une certaine profondeur. C'est bête ce que je dis je ne veux pas faire le rabat joie.

Ça évolue, plutôt ça change on va dire. Je trouve que les gens qui sont là maintenant, qui devraient de par leur position, comment dire, de par leur appellation quoi, devraient délivrer des messages comme on dit en anglais, to uplift the nation, pour élever la nation. En tous cas c'est à ça que ça sert   dans le Reggae, normalement les rastas ils servent à ça.

Normalement c'est un message de paix d'amour et d'élévation de l'esprit non ?

Asha - Merci c'est ça ! Maintenant c'est dilué. Regarde Jah Cure il s'appelle  JAH CURE ! Le gars il a été en prison pour viol. Maintenant il est encore en prison parce que il a voulu tuer quelqu'un. Bon OK !!

Tu vois Buju Benton. Ok d 'accord, c'est une star. Mais le gars il s'est fait arrêter pour 5 kg de cocaïne et il dit que c'est pas lui alors qu'on le voit la goûter sur les vidéos.

Ce ne sont pas vraiment des exemples !

Asha - Non ! Et ça me fait de la peine encore parce que tu vois un gars comme Buju Benton. Tu vois moi je viens d'une époque où le gars, il était super. C'était tellement beau on était là : waouh ! Ça nous faisait rêver des gens comme ça. On disait, ha!,  on essaye c'est possible “Rasta Take Over ” puis en fait tu vois les gars que tu kiffais, que tu pensais haut, et le gars il se fait chopper avec de la cocaïne. Mince alors!!

Asha - Jah Cure, ça fait longtemps qu'on a plus d'illusion sur lui. À une époque ce youth là.. bon, il n'est plus youth maintenant à l'époque c'était, Lion “King In The Jungle” avec Sizzla. Ça a fait rêver des gens et maintenant, le gars il est en prison pour avoir voulu pour 1000 euros poignarder un gars à Amsterdam. Et avant ça toutes les histoires 'chelous' de lui,  maintenant il dit que il n'est plus rasta. Ok il est fashion et il s'appelle toujours Jah Cure. Bizarre! bref!

Heureusement il reste toujours des gens qui ont un message qui n'ont pas perdu de vue qu'être rasta ce n'est pas juste pour être. Pourquoi d'ailleurs pour faire fashion? Il en reste toujours mais ce que l'on voit dans les médias et que l'on voit partout, c'est dilué. Par exemple le message de ma chanson  “Roots Warrior” c'est exactement ça. Tu vois l'habit ne fait pas le moine mais le message est important. Important, parce qu'on fait du Reggae une musique qui est rebelle, qui a une histoire. Les gens qui ont porté cette musique et qui la portent toujours pour certains, sont des gens qui ont quand même du fond. Je ne vais pas faire le prophète. Il n'y a pas de prophète, mais quand même il y a un message à avoir et il y a une profondeur aussi à avoir. On est sous pression. Le système s'écroule. Il y a une 'meuf' qui vend l'eau de son bain 1500 euros et tout le monde l'achète. On n'a rien d 'autre à dire que ouais bouge ton c... 

Asha -Frère, tu vois j'ai des enfants. Je veux que mes enfants qui sont fans de ma musique, puissent la regarder, l'écouter. Ma fille elle peut la regarder. Elle n'aura pas honte de son père. Bref ! c'est un sujet qui me parle en fait.

Le morceau qui suit c'est “On My Way” c'est ton histoire, ton chemin  que tu racontes?

Asha – Non pas vraiment, mais c'est pour dire que surtout je suis sur mon chemin. La seule personne qui peut m'arrêter, j'estime que c'est Dieu. Dieu décide que demain c'est fini et bien c'est fini. Dans le monde il y a plein de monde qui on envie de te tenir par la jambe, à qui tu as envie de dire, reste la et toi tu essayes de faire ton chemin malgré les gens.

Tu as envie de tracer ta route.

Asha – C'est un peu ça le message.

 Après suit “The End” et pourtant ce n'est pas la fin de l'EP. Pourquoi l'avoir placé là et pas après le dernier morceau ?

Asha - Bonne question. (haaahaa). C'est un morceau auquel je tiens beaucoup c'est un titre très roots comme la musique que j'aime. Pour répondre à ta question, simplement on trouvait qu'il allait mieux à cet endroit de la playlist. C'est aussi le dernier titre en anglais de l'EP, avant le seul titre en français. Donc c'est le dernier quand même quelque part. ..(Ahah ahha.).

Sur le dernier titre tu as invité une des très belles voix du Reggae Français Taïro. Comment s'est passé cette collab et pourquoi lui particulièrement ?

Asha - On se connait depuis longtemps et c'est vrai que c'est une des plus belles voix du Reggae Français,
Je lui ai fait écouter le morceau et il a accepté direct....donc vraiment nice de sa part. Il a de suite compris où je voulais en venir et tout s'est fait très simplement.

On arrive au bout de l'interview, Merci Asha pour toutes ces précisions et ton ressenti sur l'époque et le Reggae actuel.

Asha – Merci à toi et à La Grosse Radio Reggae. Big Up



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