La grosse interview de Tomawok pour la sortie de l’album Wake Up

Avec Wake Up, Tomawok signe un retour aux racines du ragga, tout en explorant de nouvelles influences entre hip-hop, dancehall et dubstep. À cette occasion, la Grosse Radio Reggae a pu interviewer Tomawok et revenir sur la genèse de l'album, ses collaborations internationales et les messages engagés qui traversent ses textes. Un échange riche et authentique pour plonger dans l’univers d’un artiste fidèle à son style, mais toujours en mouvement.

Wake Up © Tomawok
Wake Up © Tomawok

Lauraggaroots : Ton nouvel album Wake Up est sorti le 20 février. Comment présenterais-tu ce projet à quelqu’un qui ne l’a pas encore écouté ?

Tomawok : L'album, ça fait 3, 4 ans que je travaille dessus, depuis le dernier. Il y a 10 titres et deux featuring dessus. Mister Lexx, Jamaïcain, et Seuss Mace, des États-Unis. C'est l'évolution, la suite de ma musique. Ça ressemble au reste, je n'essaie pas de coller avec ce qui se fait en ce moment, la modernité, tout ça. C'est toujours du ragga muffin. Il y a des morceaux plutôt digitals, plutôt dubstep. Mais ça reste un album ragga principalement en français, avec des morceaux en anglais, en patois jamaïcain. Je trouve que c'est peut-être un album qui ressemble plus à mes débuts, mais après, c'est dur de parler de son album. Il faut que les gens l'écoutent, que j'aie des retours. C'est un album, je trouve, qui ressemble à mes premiers projets. Il sera à dispo en vinyle, en CD, et sur les plateformes.

Wake Up : un retour aux racines ragga, entre conscience et modernité

Pourquoi avoir choisi Wake Up comme titre d’album ? Que symbolise ce nom pour toi et y a-t-il une histoire particulière derrière ce choix ?

Wake Up, c'est aussi un des morceaux de l'album. Je ne l'ai pas forcément appelé comme ça par rapport au morceau, mais plus par rapport à un état général de la société. Je me suis dit à un moment : le titre de ce morceau, il représente bien mon état d'esprit. L'état d'esprit de beaucoup de personnes en ce moment. On est en train de se faire endormir.

Quels thèmes souhaites-tu aborder cette fois-ci ? Y a-t-il un message particulier que tu veux transmettre à travers cet album ?

Comme d'habitude, il y a plein de messages. Selon les morceaux, il y a des petits messages, des petits clins d'œil. C'est un album qui a peut-être un peu plus de morceaux conscients que les autres. Souvent, il y avait peut-être un ou deux morceaux conscients sur les albums. Là, il y a 4 ou 5 morceaux qui parlent un peu de la société qui ne tourne pas rond. Effectivement, en ce moment, l'actualité est quand même assez catastrophique. Il se passe plein de choses graves dans le monde. Donc, je pense que c'est naturellement, vu la période dans laquelle on vit, j'avais envie de parler de trucs sérieux.

Des riddims sans frontières : collaborations à distance et alchimie en studio

Tu as travaillé avec plusieurs producteurs et beatmakers, notamment Dreadsquad et Daddy D&H. Comment se sont construites ces collaborations en studio ?

Alors, il y a Dreadsquad, le Polonais, on bosse tout le temps à distance. Je lui envoie mes idées, lui donne une directive, on va dire. Pour l'instru, il me renvoie, je lui renvoie des remarques, on avance ensemble. Après, pour DNH, ils sont en Bretagne, à Rennes. Souvent, je vais les voir. On commence à construire, un peu, les riddims ensemble. Après, pareil, on finit ça à distance.

Entre dancehall, dubstep et hip-hop : la richesse des influences

À l’écoute de l’album, on perçoit des influences musicales variées. Comment sélectionnes-tu les riddims et les ambiances qui composent ton univers ?

D&H on va dire qu'ils sont spécialisés, dans le dancehall, le Rub-a-dub, tout ça. Krak In Dub, lui, son truc, c'est, comme il dit, rub-a-dubstep. Il y a toujours une petite touche un petit peu, dubstep, un peu électro, dans les basses, dans sa façon de voir le reggae dub. Orpheo, il vient du hip-hop. Depuis mon premier album, tous les albums sont variés. Il y a du hip-hop, du hip-hop digital, c'est comme ça que je vois mes albums. Je ne pourrais pas faire un album que reggae. Peut-être que je le ferai un jour, mais comme ça, pour l'instant, ça ne me branche pas.

Sinon, il y a Orpheo. C'est mon ingé son du One Shot Band. J'ai fait toutes mes maquettes dans son studio à Montpellier, Studio Vox. Et j'ai enregistré tous les tracks là-bas. Il a fait l'instru du morceau "Wake Up", m'a envoyé une première version ronde. Puis, on a fait des modifs. Je voulais un truc un peu old school, un peu combat. Ensuite, il y a Derrick Sound, on a bossé à distance. Il m'avait envoyé des instru à eux et il y en a une qui m'intéressait grave. C'est celle de "Je l'allume".

Puis il y a aussi Krak In Dub, qui est vers Nantes. Il m'a fait écouter plein d'instru avec plein de cuivres qu'il avait faites en Amérique latine et déjà sorties sur un label. Pour "Petit Soldat", j'ai repris un morceau avec plein de cuivres et j'ai choisi dedans, découpé, refait les batteries. On a fait l'instru de "Petit Soldat" ensemble.

“Wake Up” : un retour au ragga hip-hop à l’ancienne

Le titre éponyme "Wake Up" surprend par sa couleur plus hip-hop. Qu’est-ce qui t’a donné envie d’explorer cette direction artistique et d’inviter Seuss Mace sur ce morceau ?

Ça fait plusieurs albums que je veux faire un morceau ragga hip-hop. Comme le ragga hip-hop, que j'écoutais, quand j'avais 15, 20 ans. C'est-à-dire un beat vraiment hip-hop. On ne parle pas de trap et de tout ça. C'est à l'ancienne, quoi. Un bon beat hip-hop, un bon bop, et une voix ragga dessus. Pour cet album, quand j'avais commencé à travailler avec Orpheo, et que lui, il est bien dans le hip-hop. Je lui ai demandé s'il pouvait me faire une instru. Puis ce qu'il m'a envoyé tout de suite, je me suis dit « Waouh ! » Là, je crois que j'ai mon instru pour mon morceau ragga hip-hop. J'ai écrit mon truc. J'ai fait un flow, je ne rappe pas vraiment dessus, je toaste.

Entre réseaux et studio : naissance d’un duo inattendu

J'ai hésité en fait longtemps, à soi faire toaster quelqu'un, à prendre un artiste toaster, ou à prendre un rappeur comme ça se faisait à l'époque, ce que j'aimais. Une instru boom-bop, et un ou deux rappeurs qui prennent des couplets. Un mec en ragga qui prend le refrain et un couplet, par exemple. Donc, je l'ai fait. Je vais repérer Seuss Mace, le chanteur. On était déjà connectés, on parlait un peu sur les réseaux. Je lui ai proposé l'idée, l'instru, tout ça. Et puis, il a créé, enregistré et il m'a tout envoyé. Lui, il est au Kansas. Quand je suis allé à New York, j'aurais voulu essayer de faire le clip avec lui, en même temps que j'ai fait le clip de "Mad Man". Mais Kansas City, c'est super loin. C'étaient beaucoup de frais.

De la Jamaïque à New York

Plusieurs artistes participent à l’album. Comment ces rencontres se sont-elles faites ? Et s’il fallait en retenir une particulièrement marquante, ce serait laquelle ?

L'autre featuring, c'est avec Mister Lexx. Je l'avais contacté plusieurs fois, les dernières fois où je suis allé en Jamaïque. 2022, 2023. Chaque fois qu'on était en Jamaïque, je lui demandais s'il était là-bas. Pour essayer de faire un morceau avec lui. Chaque fois, il me disait qu'il était à New York. À un moment, je lui ai dit : écoute, le morceau, si tu es chaud, on va le faire à distance. Et je viendrai après pour faire le clip. Il m'a envoyé ses pistes. J'étais très, très, très content. Parce que, des fois, les grosses stars comme ça, quand tu fais le truc à distance, tu ne reçois pas forcément tout ce que tu veux. Du coup, ça m'a motivé encore plus pour faire le clip. Je suis allé à New York. Et je l'ai fait venir dans un petit restaurant de Boston. On a passé une journée, a tourné toutes les images. Mister Lexx était super cool. Il avait ses petites chorégraphies, connaissait bien son texte. Donc, ça a roulé tout seul, ça a été vite filmé. Je suis très content du résultat.

Une surprise de taille sur "Wake Up"

Y a-t-il une anecdote de studio ou un moment fort lié à la création d’un titre que tu aimerais partager ?

Je pourrais dire le niveau technique de Seuss Mace. Autant Mister Lexx, sa voix, je la kiffe depuis très longtemps. C'est incroyable. Mais quand j'ai reçu les pistes de Seuss Mace pour le titre "Wake Up". La façon dont il a tout lu, tout écrit. Son texte, par rapport à mes textes. La cohérence en anglais et français. Celui qui est bilingue, il peut voir que tout est lié, tout se suit. Mais surtout, la technique, la vitesse et la perfection de son flow. De ses couplets. Je crois que c'est ce qui m'a le plus surpris et ce qui m'a le plus fait halluciner. Parce que moi, le passage de Seuss Mace, je le trouve complètement incroyable.

Une rencontre inoubliable avec Max Roméo

Tu as eu l’opportunité de chanter aux côtés du regretté Max Roméo. Comment s’est déroulée votre rencontre et quels souvenirs gardes-tu de cette collaboration ?

Alors, la première rencontre, j'avais 20 ans. C'était il y a 22 ou 23 ans. J'ai rencontré Max Roméo la première fois en studio au Mans chez Judi-k. Je ne l'ai pas revu après pendant très longtemps. La deuxième fois, c'est en 2014, j'étais en Jamaïque, je l'ai rencontré grâce à Irie Ites, qui m'ont linké avec lui. Je suis parti le voir chez lui, à Linstead, en Jamaïque. On a passé l'après-midi chez lui et on a fait le morceau. Dans sa maison, dans son studio, j'ai rencontré ses enfants à l'époque. J'y suis retourné après deux fois. Au studio, on est retourné avec Turbulence Sound enregistrer en dubplate. Et ensuite pour faire la vidéo. C'était, il y a deux ou trois ans. Ça a été une très belle rencontre et une très belle histoire. Je suis tellement content d'avoir pu le rencontrer. Travailler avec lui et faire ce morceau. Puis au final, faire ce clip, c'était une rencontre incroyable.

Une liste impossible à boucler

Et aujourd’hui, avec quel artiste “vétéran” aimerais-tu enregistrer un titre ?

Tous ! Tous ceux avec qui je n'ai pas encore enregistré. Non, mais énormément, en vrai. Je ne peux même pas faire une liste. Parce qu'il y a plein d'artistes de roots, rub a dub des années fin 1970-1980 avec qui j'aimerais poser. Puis le début du dancehall. Et après, il y a les vétérans français aussi du ragga. J'aimerais bien faire des morceaux avec Nuttea, avec Daddy Morry, Big Red. Elle serait impossible à remplir, la liste.

"Rien n’a changé" : naissance d’une connexion artistique

J'ai pu échanger avec Billy Ze Kick lors de la sortie de votre morceau "Rien n’a changé". Comment est née cette collaboration et qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler ensemble ?

C'est le Cirque, un show qui lutte pour la légalisation du cannabis en France depuis 35 ans. Ils ont organisé une soirée en Bretagne et m'ont invité à jouer, ainsi que Billy Ze Kick. On a passé la soirée ensemble, c'était à la cool. Elle est allée en studio et elle a pensé à moi pour le morceau. Ils m'ont fait venir en Bretagne et on a enregistré le morceau. Super rencontre. Je l'écoutais quand j'avais 11, 12 ans. J'avais le CD et je chantais ça à fond, en colo. Donc, je suis super content d'avoir pu la rencontrer en studio, en concert et faire un morceau ensemble.

Quand les agendas s’alignent

Tu as d'autres projets à venir avec elle ?

Il y a un concert le 20 juin, à Côte de Nantes, à Rosé. On joue Tomawok, Billy Ze Kick et Dj Zebra. Et puis pour l'instant, c'est tout. Mais comme on a ce morceau, en fait, en gros, si moi, je suis dispo, qu'elle joue pas loin de chez moi, je vais aller faire le morceau. Et pareil, si je joue en Bretagne et qu'elle est dispo et qu'elle n'a pas de concert, on fera un petit featuring. C'est à l'occasion, au feeling, à la vibe. On est toujours très contents de se voir.

Wake Up en tournée

Est-ce que tu as des dates à venir ?

Je joue à Marseille le 27 février au Joker. À Pau, le 14 mars, avec le One Shot Band, en live band. Les 17 et 19 mars dans les Alpes. Et après, en avril, on a une option à Caen, qui va être confirmée bientôt, normalement. On joue au Chabada à Angers. J'ai annoncé toutes les dates sur mes réseaux.

Le mot de la fin

Merci à tous les auditeurs de La Grosse Radio Reggae. Merci, La Grosse Radio, pour l'interview. Et pour les auditeurs, il y a déjà trois clips dispos sur YouTube. À l'heure où je vous parle même, il y a quatre clips dispos sur YouTube. Tout l'album est sur les plateformes. Allez écouter, faites vos petits retours, vos commentaires, vos partages. Et voilà, l'album est à vous.



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