Tchong Libo en toute sincérité


C’est à l’occasion de son premier show de son nouveau projet intitulé « Influence » que j’ai rencontré Tchong Libo du groupe Broussaï à Rouen.

Je suis arrivé en fin d’après-midi pour suivre les répétitions et balances au Makao Bar ce vendredi 3 octobre. Je rencontre donc cet artiste charismatique, toujours aussi abordable et agréable à la discussion. Olivier Scars, artiste à part entière et un des membres du Terminal Sound organisateur également de cette soirée, me propose très gentiment de venir faire l’interview tranquillement posé chez lui juste avant le show vers 21h.

J’en profite donc pour me restaurer et prendre mes marques dans ce petit bar très sympa en centre-ville (rue des bons enfants).

Arrivé 20h30, le Terminal Sound a déjà commencé le show et je m’éclipse donc un petit moment vers l’appartement de Scars pour échanger sur ce premier projet solo très prometteur de l’artiste.

 

 

Ras-Pierro: Salut Tchong, merci de me recevoir au nom de La Grosse Radio Reggae.

Tchong Libo: Salut Pierro, tu sais que c’est toujours un plaisir.

R-P: Tout d’abord je me demandais pourquoi avais-tu choisi de te lancer dans ce projet solo si différent du courant emprunté avec Broussaï?

T-L: Effectivement, je ne voulais pas faire exactement la même chose qu’avec Broussaï, ça ne servirait à rien. Après l’album « Kingston Town » enregistré en Jamaïque, qui est très roots, qui sonne très « vintage » des années 70’s, entouré de musiciens et ingés son Jamaïcains, dans un esprit hyper collectif, j’avais moins mon mot à dire dans cet album que dans d’autres projets. Ca fait aussi plus de 10 ans que je tourne avec Broussaï dans cet état d’esprit d’équipe, et après quatre albums studio et un live, j’avais envie de faire mon propre album, ça faisait un moment que l’idée me trottait dans la tête. En rentrant de Jamaïque et de la conception de « Kingston Town » qui me plaît vraiment car il a pour moi une vraie « pâte », produit à l’ancienne. Mais personnellement, ce n’est pas la musique que j’aime écouter tout le temps, j’écoute plus de roots Jamaïcain justement. Je suis aussi très attentif aux musiques actuelles, j’aime le hip-hop, et j’avais une réelle envie de faire mon propre album, plus moderne.


R-P: Depuis combien de temps préparais-tu cela?

T-L: Je l’avais dans ma tête, mais je ne l’ai pas vraiment préparé, c’est une idée qui était là; en tant que chanteur faisant partie d’un groupe, tu as toujours cette idée de projet solo. Dans Broussaï, on est très « communiste » où chacun a son pouvoir de décision, chaque voix pèse le même poids, c’est autant le chanteur que le batteur ou n’importe quel membre du groupe qui peut exprimer son ressenti ou ses envies. Tu ne peux donc pas faire ce que tu veux réellement, tu dois faire des concessions, discuter avec tes potes pour te mettre d’accord et faire quelque chose. Mais des fois, vu qu’on écrit nos textes, nos mélodies, nos chants, on est très impliqué dans un titre et des fois de voir tout modifié, remodelé, changé, ça peut être décevant au final car personnellement tu voyais la chanson différemment. Et le fait de monter mon projet solo, ça permet d’être directeur artistique du projet, d’aller jusqu’au bout, même s’il y a des erreurs,  même si tu n’es pas forcément le plus pertinent dans tes choix, mais au moins c’est mes choix et au moment où je prend la décision, j’y vais à fond.

 

R-P: Et es-tu satisfait de ton projet?

T-L: effectivement maintenant, quand je réécoute l’album, je me dis des fois  » là j’en ai écrit un peu trop, ou là je n’aurais pas dû le chanter comme ça » etc. C’est des questions qui arrivent après, car je ne suis jamais satisfait, je suis toujours un peu à la recherche de la perfection en tant qu’artiste et de la satisfaction qui n’arrive pas toujours. J’écoute beaucoup d’autres artistes que je kif, et quand je m’écoute j’arrive rarement à des niveaux de satisfactions semblables à ce que je peux écouter habituellement. Je suis comme avec Broussai constamment dans l’autocritique, se remettre en question régulièrement est très important. Quand c’est toi-même qui chantes, tu as moins de recul, tu as aussi ton côté humble, et tu vas pas non plus être ton premier fan.

R-P: la tournée « Kingston Town » à peine terminée, tu enchaines sur une tournée « Influence » en solo, ce n’est pas trop dur physiquement?

T-L: L’album était sorti fin 2012, on a donc fait beaucoup de date à cette période dans toute la France et notamment à Paris au cabaret Sauvage. En 2013 on s’est croisé à Rouen, on a remis ça, puis on a aussi fait le zénith avec Dub Inc au mois de décembre, et en 2014 c’était plus cool, j’en ai justement profité pour sortir mon album et pour lancer ma tournée.

R-P: Quels sont tes premiers ressentis après la sortie de l’album en juin 2014, et comment se construit ta tournée?

T-L: Pour l’instant c’est positif, il y a pas mal de dates qui s’organisent, c’est un peu comme d’habitude sur l’organisation comme on dit « Do it yourself ». Ce soir, par exemple, c’est Scars et Terminal qui me font venir, on s’est croisé au Sun Ska cet été où on a partagé la scène, on a discuté et bien sympathisé, et je suis là ce soir chez Scars. Ce sont des connexions et les 3/4 de ma tournée se sont construite comme ça. Dans l’est avec Kali Man en mode sound system, un coup avec Raggadikal dans le nord etc… C’est le fruit de toutes nos rencontres depuis des années. J’ai aussi une association qui m’a calé quelques salles que j’ai déjà faite trois ou quatre fois avec Broussaï.

R-P: Pourquoi avoir choisi le mode Sound System pour ta tournée Solo?

T-L: C’est aussi pour me différencier, ne pas faire la même chose qu’avec Broussaï. Là, je vais tourner avec un sélecta, des fois avec celui du sound system qui me fait venir comme ce soir avec Selecta Antwan, ou quand c’est par mon projet, je tourne souvent avec deux sélectas, soit The Rezident, bien connu du monde Sound System, et le deuxième c’est Robusta qui est aussi le batteur de Broussaï. J’avais envie de faire des petites salles que je ne pouvais pas faire avec broussaï, pour que ça soit aussi plus simple au niveau logistique, ne pas devoir louer un camion, partir avec des musiciens, faire des balances toute la journée etc… En sound system, tu es plus libre, tu peux arriver en fin d’après-midi, faire ton Soundchek, parler avec les gens, ça fatigue beaucoup moins. Ca coute aussi beaucoup moins cher le fait d’être tout seul ou a deux et ça offre plus de liberté, c’est beaucoup plus souple qu’en groupe et en camion.

 

Tchong Libo Influence

R-P: Comment appréhendes-tu cette tournée?

T-L: J’en parlais avec Scars tout à l’heure, j’appréhende forcément car c’est nouveau, je me mets en danger. C’est plus facile d’arriver dans une grande salle qui est complète où une partie du public connaît le groupe, où tu te sens à l’aise tout de suite; ça je sais faire et ça me paraît facile maintenant. Et là, retourner dans un bar où tu es à même le sol devant les gens, seul avec ton micro et la musique derrière mais sur des chansons que le public ne connaît pas; c’est déjà beaucoup plus dur, c’est un vrai challenge, je me mets vraiment en danger. Mais c’est bien de me mettre en difficulté, ça m’apporte de la force pour le projet aussi.

R-P: De quoi t’es tu inspiré sur le morceau « A la chaine »?

T-L: Quand j’étais jeune, il fallait que je bosse l’été pour me faire un peu d’argent, et j’ai travaillé à la chaîne à Mâcon dans une usine qui s’appelle Joker. J’étais à la fin de la chaine, je prenais les packs de six bouteilles, que je mettais sur des palettes pendant huit heures par jour; je faisais les trois huit, matin, après midi ou nuit. C’est donc du vécu pour ce titre, et puis j’ai un père ouvrier, qui a fait toute sa vie professionnelle à l’usine, au début il était à la chaine et après plus technicien. Il m’a inspiré aussi, le fait de le voir se lever tous les matins, il fait encore nuit, le problème des transports, la vie répétitive.

R-P: Et pour le morceau « New York city », d’où est venu ton inspiration?

T-L: C’est aussi du vécu, j’ai passé un séjour là-bas, j’ai fais la Jamaïque en début d’année, et en fin d’année je suis aller à New York. j’ai d’abord fait le berceau du reggae, puis celui du Hip-Hop. j’ai essayé de mélanger ces deux courants musicaux, ces deux bases. Le hip-hop vient du reggae, le rap a été inventé par un immigré Jamaïcain à Brooklyn, et on peut même dire que des mecs comme U Roy, comme King Stich, les premiers deejays sont les précurseurs du rap.

 

R-p: Quels sont tes inspirations Hip-Hop?

T-L: J’ai beaucoup d’inspirations, je suis très Old School. Dans ma jeunesse, j’écoutais coté East Coast des groupes comme Nas, Wu Tang clan, Mobb Deep, ce genre de choses; et coté West Coast, c’était Tupac, dr Dre, Warren G, Snoop Dog, tu vois vers 1995 c’était la folie. Comme je dis dans « Do you remember? », dans mon walkman en allant au collège avec du Ijahman, une musique ultra-mystique, roots, et derrière j’avais du Snoop Dog, j’ai toujours écouté ces deux styles; même si au niveau du message ça n’a rien à voir ( rires). J’ai été également inspiré par des films, comme La Haine, Menace to Society, Do the right thing, ce genre de films très basés Hip-hop  » quartier » et en même temps je regardais One Love Peace concert de Bob, tous les reggae Sunsplash. J’ai même commencé à chanter du Hip-Hop quand j’avais 17-18 ans et vers 20 ans, on a décidé de faire du reggae avec le groupe.

R-P: Eric « Karma » pose aussi façon hip-hop sur le titre « Do you remember », c’est toi qui l’a influencé?

T-L: Non pas du tout, en fait Eric avant d’être avec Broussaï était dans un groupe de Rock, il était très inspiré par des groupes comme Noir Désir, ce genre de chose, il avait lui aussi un pied dans le rock et l’autre dans le reggae. Quand on a monté Broussaï, on lui a fait aussi écouter du I Am, Hocus Pocus, Oxmo Puccino, et il s’est mis à en écouter de plus en plus, ce qu’il l’a aussi inspiré à faire ce choix-là, de posé un flow je trouve un peu à la Java, un peu Hip-hop/Rock n’roll.

R-P: Ecoutes tu aussi du Hip-Hop actuel, contemporain?

T-L: I Am est toujours actuel, l’album « Arts Martiens » est sorti en 2013; certains disent que c’est mort, que c’est dépassé, mais moi je trouve que ça déchire toujours autant. « Les raisons de la colère », « Spartiate spirit », c’est vraiment du très bon I Am donc je continue d’écouter. On les définit parfois comme une musique de trentenaire, un hip-hop « mature » mais moi ça me convient très bien. C’est vrai que d’écouter des trucs où les paroles sont « la chatte à ta mère » ou « la chatte a je sais pas qui », ça ne m’intéresse pas. Il y a des artistes comme Kaaris, qui n’est pas du tout ma came, mais quand j’écoute, c’est vrai que c’est violent, des fois c’est sale, mais je constate qu’il y a un travail au niveau de l’écriture pour te faire ressentir ces émotions-là; il ne faut pas oublier que c’est de l’art, ça ne peut pas t’apporter toujours les mêmes émotions, parfois c’est de la joie, ou de l’énervement, ça peut aussi être du dégout, la preuve. Après en France, je kif aussi Calbo (Arsenic), Vicelow du Saian Supa Crew et d’autres.

 

R-P: Quels sont tes projets à court et moyen terme?

T-L: Déjà ma tournée en solo jusqu’à fin décembre 2014, et pendant celle-ci, j’enregistre aussi des morceaux pour le nouvel album de Broussaï. En janvier 2015, on part en résidence avec tout le groupe, et en février on repart sur la route en mode Broussaï, nouvelle com, il y a déjà la date du 26.03.2014 à la Maroquinerie à Paris. On va arriver avec un album un peu plus moderne, éclectique, avec un nouvel élan, il y aura des surprises que je ne peux pas divulguer pour le moment, mais on se fait plaisir, c’est le principal.

R.P: Merci beaucoup pour cet échange, je te souhaite le meilleur pour la suite, et bon courage pour le premier show de ce soir.

T-L: Merci à toi, aux lecteurs et à La grosse Radio Reggae de continuer à me suivre sur mon projet, Big Up et à très vite pour de nouvelles aventures.

 

 



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