WDD & Michela Grena – Dub Drops

Petit flashback. Revenons au mois d’avril de l’an… 2015. Je sais, il ne s’agit pas du plus grand voyage dans le temps que l’univers ait connu, mais tout le monde n’a pas la chance de rouler en DeLorean*. Quoiqu’il en soit, c’est à cette époque qu’est sorti un album trop peu mis en avant à mon goût. Alors, faute de pouvoir remonter le temps, je vous propose malgré tout une petite présentation de cette pépite découverte au printemps dernier. 5 mois et des dizaines d’écoutes plus tard, la chronique voit enfin le jour et l’injustice est réparée.

De cet album intitulé Dub Drops, il faut en retenir 3 noms. Tout d’abord, la Wicked Dub Division (WDD pour les intimes), un crew italien composé de 3 membres (à retenir aussi) : King Claudio (à la basse), GP (à la batterie et aux percussions) et Massimiliano Picozzi (à la guitare, au clavier et aux machines). Si le dub se joue souvent derrière les machines, ces 3 là l’expriment en live avec des instruments classiques. Nous sommes d’ailleurs assez bien placés en France pour connaître cette façon de dubber, étant plutôt précurseurs en la matière (citons notamment des groupes comme High Tone, Brain Damage, Zenzile sans oublier Kaly Live Dub ou Improvisators Dub).

Deuxième nom important autour de ce projet, il s’agit de Michela Grena, ex-chanteuse du groupe B.R.Stylers et elle aussi italienne. Dotée d’une voix parfaitement maîtrisée poussant à la méditation, elle parvient à nous élever encore plus haut avec ses airs joués au mélodica.

Ensemble, ils ont formé The Rootical Dubwise Session en février 2014 dans le but de créer un dub live et militant. Après un premier single « Autumn Drops » sorti en décembre 2014, Dub Drops est donc le premier album commun de ce quatuor.

WDD & &Michela Grena

La Wicked Dub Division avec, au centre, Michela Grena


Maintenant que les présentations sont faites, passons aux choses sérieuses. Et du sérieux, vous allez en avoir, croyez-moi. Leur credo est donc de dénoncer les injustices et inégalités subies par l’Homme (notez le ‘H’ majuscule…) à travers le Monde. Vaste programme. Musicalement, il s’agit d’un mélange de reggae conscient et de dub militant, mené par de grosses lignes de basse, des mélodies aériennes et une voix envoûtante. Sur le papier, ça sent plutôt bon, mais à priori cela reste du grand classique.

Sauf que d’emblée, Dub Drops nous embarque dans un univers totalement inattendu. A l’écoute des premières notes, d’aucuns sembleraient perdus au beau milieu d’une grotte, à entendre les gouttes d’eau perler le long des murs et ricocher dans une flaque que même l’écho tremble à l’idée de se faire entendre. C’est dans cette ambiance conclue par un dub profond que « Bird In Hand » vous plongera. Cette reprise du maître dubbeur Lee Scratch Perry, originellement présente dans l’album Return Of The Super APE sorti en 1978, redéfinit la notion même de mysticisme.

Si vous aimez voyager, alors vous ne serez pas déçus non plus par « Roof Knocking » qui débute par des sonorités indiennes. Cela peut en faire rêver plus d’un, il n’empêche que cela n’annonce que le début d’une course effrénée vers la recherche de la paix et de la tranquillité dans ce monde.

« How Many Women » entame la lutte aux innombrables et innommables atrocités infligées aux femmes. Michela Grena s’engage et nous démontre (s’il en était besoin) que non, les femmes ne sont pas aussi faibles que beaucoup l’estiment. A en juger par sa conviction et sa détermination, on espère qu’elle réussira à convaincre les derniers sceptiques.

« New Slavery » continue de dénoncer l’existence de nombreuses femmes exploitées en Afrique, citant en exemple les mariages forcés, arrangés avant même que ces jeunes dames n’aient atteint leur majorité. Musicalement, le trio de la WDD est toujours au top, aidé par un autre trio cuivré. Max Ravanello au trombone, Gabriele Marcon à la trompette et Steve Salmaso au saxophone subliment ce morceau, qui prend subitement des allures de démonstration musicale avec sa version « extended » teintée de dub poetry. Un régal.

« Autumn Drops » se présente dans une version légèrement différente de celle parue en décembre dernier. Le travail de mixage a été approfondi, pour notre plus grand plaisir.

Arrive enfin une merveille de reprise de « Rejoice Jah Jah Children », tuerie roots initialement imaginée par The Silvertones en 1973 (et enregistrée au studio Black Ark de… Lee Perry), et magistralement réinterprétée par nos 4 artistes. La douce voix de Michela et une intro une nouvelle fois majestueuse nous font rentrer dans une atmosphère beaucoup plus posée. Remercions encore le son du mélodica qui nous transporte encore plus loin dans les airs.

Finalement, « Give Thanks » arrive à point nommé, avec son rythme steppa plus énergique, sa basse monumentale et sa mélodie toujours plus planante… Comme pour achever le travail en beauté, WDD & Michela Grena semblent nous ordonner de se lâcher, de jeter nos dernières forces dans la bataille en finissant sur une note positive… Amateurs de sound system, cette tune est faite pour vous ! Et pour les autres, et bien… il est toujours temps de s’y mettre !

WDD & Michela Grena ne se sont pas réunis pour réinventer un nouveau style. Avec leur projet Rootical Dubwise Session, ils ont adapté à leur sauce une recette en reprenant les meilleurs ingrédients du reggae et du dub. Et cela donne ce que cela devait donner : un album complètement réussi, qui fera tourner les têtes de quelques uns.

* La DeLorean est le véhicule de la trilogie « Retour Vers Le Futur ».

WDD & Michela Grena
Dub Drops
WDD Rootical Dub Session – sortie le 30/04/2015

Tracklist :
1. Bird In Hand
2. How Many Woman ?
3. New Slavery
4. New Slavery Dub
5. Autumn Drops
6. Roof Knocking
7. Rejoice Jah Jah Children
8. Give Thanks
9. Give Thanks Dub
10. Rejoice In Dub

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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