Dubmatix – French Sessions

Dubmatix ne cessera donc jamais de nous étonner. Le producteur canadien a sorti chez Soulbeat Records  en juin dernier un album rendant hommage à la scène française, le bien nommé French Sessions.

Après nous avoir ravis avec System Shakedown et Rebel Massive, qui rassemblaient des collaborations de grande classe (Ragga Twins, Horace Andy, U-Brown…), Dubmatix fait une halte dans l’Hexagone afin de transformer l’essai et nous offrir un album aussi divers que varié.

Car après avoir fait toaster la fine fleur jamaïcaine, anglaise et américaine, il était logique qu’il donne la parole aux Frenchies.
En effet, la scène reggae française est  foisonnante et en constant renouvellement. Normal, si l’on considère que la contestation est l’un des thèmes les plus abordés par le reggae, il est tout naturel que la patrie des Voltaire, Victor Hugo, Brassens soit si réceptive aux vibes provenant du pays de Bob Marley et Burning Spear.
Ainsi, depuis que Serge Gainsbourg a ouvert la voie pour Kingston avec « Aux armes et caetera«  et « Mauvaises nouvelles des étoiles« , la liste des artistes français se réclamant du reggae ne cesse de s’allonger.

                                              dubmatix, mix

En outre, depuis l’émergence d’une véritable scène dub (High Tone, Zenzile…) depuis les années quatre-vingt-dix, confirmée par le développement en puissance des sound system au cours des années 2000, la France est une véritable terre d’accueil du genre musical créé par King Tubby et Lee « Scratch » Perry

C’est pourquoi ces French sessions arrivent à point nommé et s’inscrivent comme une évidence.

On regrette toutefois qu’il subsiste un paradoxe flagrant dans cet album : le peu de place accordée à la langue française. Les MC présents ici préfèrent s’exprimer dans la langue de Shakespeare délaissant ainsi celle de Molière.
Mais il s’agit là d’une tendance que l’on remarque dans le reggae hexagonal depuis quelques années déjà. Sous l’impulsion d’un Naâman ou d’un Biga Ranx, le français recule face à l’anglais.
Il faut toutefois remarquer que des artistes comme S’Kaya, Joe Pilgrim ou Taiwan MC ont beaucoup oeuvré en sound system, discipline où l’anglais prédomine.
Sur les French sessions, seuls Jah Jah Man, Volodia et Tribuman chantent en français.

Après avoir tenté d’exposer le contexte inhérent à cet album, entrons dans le vif du sujet.

Cette galette avait été annoncée en grande pompe par le morceau « Reggae Sun Ska – Are you ready? » interprété par Volodia et LMK. Double objectif en réalité, puisqu’il visait également à promovoir l’édition suivante du célèbre festival du Sud-Ouest. Alors que la grisaille et le froid refont leur apparition, il est plaisant de se replonger quelques mois en arrière et de repenser au soleil et au bleu azur avec ce reggae massif et entraînant porté par la voix magique de LMK et le flow de Volodia.
« Reggae Sun Ska – Are you ready » est à mettre en parallèle avec « Dub du Ragga » de Jah Jah Man, morceau lui aussi dédié à l’univers de la musique.

LMK, signe un autre feat., en solo, cette fois-ci, avec « So Bad », tune d’ailleurs présente sur son premier album, Musical garden (dont je vous invite à lire ou relire la grosse chronique sur notre site), et qui flirte avec le hip-hop. On peut aisément ajouter que son timbre de voix se rapproche de celui de Sister Nancy. LMK a de très beaux jours devant elle.

Quant à Volodia, on le retrouve également sur « Fais tourner », morceau ragga qui fait référence, vous l’aurez deviné, à la ganja.

Les French sessions auraient pu s’appeler les African sessions; en effet, pas moins de trois morceaux évoquent l’Afrique : deux dubs interpréyés par S’Kaya et Joe Pilgrim et « Crisis », sur lequel Patko a posé sa voix. Arrêtons-nous plus particulièrement sur ce dernier, qui est unique par sa composition dans cet album : ici, pas de reggae, pas de dub, à la rigueur quelques skanks qui se sont égarés. Non, on écoute avec déléctation des instrus africaines qui accompagnent le chant de Patko, dans une magnifique interprétation assez personnelle. L’artiste nous parle de son engagement à travers la musique : « my lyrical war ». « Crisis » fait écho à son dernier album. (la grosse chronique est également disponible ici).
Avec « Africa » et Joe Pilgrim, on ne pourra qu’apprécier cet hymne à l’unité sur un bon stepper cuivré qu’on adore : « Africa, get up, stand up, unite ». Vous aurez trouvé la filiation de cette chanson, nul besoin de préciser.

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Les autres tracks de l’album sont plus légères, à l’exception de « Mercedes » par Tribuman, qui, orchestrée sur un rythme bien gras, insiste sur l’humilité à conserver afin de mener nos actions à bien.

Guive et Taiwan MC ouvrent et ferment le disque par « Dangerous », qui bénéficie de deux versions dont la rub-a-dub est la plus efficace.

Par ces French sessions, Dubmatix nous a encore démontré toute l’étendue de son talent. Des instrus pleines de basses qui lui sont chères côtoient des interprètes qui révèlent le dynamisme de la scène reggae française.

TRACKLIST

1- Dangerous, ft. Guive, Taiwan MC
2- African Brothers, ft. S’Kaya
3- Dub du ragga, ft. Jah Jah Man
4- Fais tourner, ft. Volodia
5- Crisis, ft.Patko
6- Reggae sun ska – Are you ready?, ft. Volodia, LMK
7- Mercedes, ft. Tribuman
8- So bad, ft. LMK
9- We run the game, ft. Face-T
10- Let the good time roll, ft. Jr Yellam
11- Africa, ft. Joe Pilgrim
12- Dangerous (Rub up mix), ft. Guive, Taiwan MC

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NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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