The Rhythm Express – Soul Explosion ’69

La soul est décidément la meilleure amie du reggaeman. Cet album Soul Explosion ’69, sorti chez Side Door Records et 7 Arts Entertainment, en est la parfaite illustration.

Oeuvre du collectif The Rhythm Express, cette galette est un condensé de reprises de standards issus de l’âge d’or de la soul américaine des années cinquante aux années soixante-dix et de morceaux reggae.

Le projet Rhythm Express a été élaboré par deux amoureux de jazz et de soul, Bill King et son fils Jesse, plus connu par les auditeurs de La Grosse Radio sous le nom de Dubmatix.

La vie de Bill King a été entièrement dévouée au jazz : producteur, compositeur, musicien (piano), il a occupé toutes les casquettes.
Il déclare à propos de l’album : « We feel privileged and fortunate to have this rich/vast catalog of  soul/funk/ska/reggae history to borrow from. Jazz has taken some of the finest songs of Gershwin, Porter, Arlen and Bacharach – you name them and revisited today in mind. Pablo, Michael and I were there when the « soul explosion » began « .
Il a d’ailleurs créé en 2001 avec son fils un portail d’informations dédié au jazz, Ejazznews.
Et la même année, les deux fondent 7 Arts Entertainment, label destiné à promouvoir des chanteurs jazz et soul canadiens.

                                                          rhythm express, dubmatix, bill king, ernest ranglin

Soul Explosion ’69 est la traduction de cette démarche. Des voix magnifiques, qui gagnent à être mises plus en avant ont été réunies sur cet album : Selena Evangeline, Gavin Hope, Michael Dunston, etc…

Et côté musiciens, la qualité est également de rigueur : outre Dubmatix, qui officie à la basse (en effet, il n’est pas simplement un virtuose aux machines, il excelle aussi en tant qu’instrumentiste; on peut s’en rendre compte sur le clip « Reggae Sun Ska »), on retrouve à la guitare Ernest Ranglin.
La section de cuivres est assurée par le Cubain Alexis Baro (beaucoup pensent que les Cubains comptent parmi les meilleurs musiciens du monde), William Sparadei et Rebecca Hennessy à la trompette, Christopher Butcher au trombone et Bobby Hsu au saxophone alto.
Bill King, qui est donc le producteur et ainsi que nous l’avons indiqué plus haut, est aux claviers. Shane « Shaky J » Forrest, ingénieur du son, joue également de la guitare. Enfin, la ligne rythmique (en complément de Dubmatix à la basse) comprend les percussionnistes Jorge Luis « Papiosco » Torres(autre Cubain), Magdelys Savigne et le batteur Everton « Pablo » Paul, producteur éxécutif de l’album pour Side Door Records.

Les présentations étant faites, analysons donc les réactualisations de ces chefs-d’oeuvre vintage, mais qui n’ont pourtant pas pris une ride.

Ca commence très fort avec une reprise endiablée de « Night train » de Jimmy Forrest sorti en 1951. Pour les cinéphiles, sachez qu’on peut déjà entendre ce morceau, réorchestré par le band de Marvin, le soi-disant cousin de Chuck Berry, lors de la fameuse Féérie dansante des sirènes dans Retour vers le futur
Ici, il s’agit d’un ska instrumental à la sauce two tone rythmé frénétiquement par la basse de Dubmatix et les cuivres parfaitement couplés aux percus.

D’autres tracks sont également dénuées de chant. 
En premier lieu, une reprise de « Double Barell » de Dave & Ansel Collins sorti en 1970 chez Techniques Records, filiale de Trojan Records et qui s’inscrit dans la plus pure tradition rocksteady/early reggae du célèbre label. Le morceau figure aussi sur la version deluxe de la bande originale du film The Harder they come de 1972 avec Jimmy Cliff. Le titre éponyme fait d’ailleurs  l’objet d’une reprise sur ce Soul Explosion ’69. Gavin Hope succède à Jimmy Cliff au chant. Les cuivres de l’original sont toujours aussi plaisants à écouter sur cette cover, de même que le solo de guitare de Shaky J, innovation par rapport à la version initiale.
En second lieu, « Before the rain » et la guitare magnifique de Ernest Ranglin appuyée par les claviers omniprésents de Bill King.
« Before the rain » est le pendant instrumental de « I can’t stand the rain » interprété par Selena Evangeline. A l’origine, c’est Ann Peebles qui posa sa voix sur cette chanson soul pour le label Hi Records, qui signa aussi le grand Al Green.

On retrouve Selena Evangeline sur plusieurs autres titres de cet album. Un morceau ska « You’re wondering now » composé à la base par les Specials. Ici, les cuivres qui remplacent les solos de guitare et la voix de la chanteuse rafraîchissent clairement la track originelle.
Cependant, deux chansons de la jeune femme ne sont pas des reprises mais des créations originales de The Rhythm Express, issues de l’EP Black Woman paru en 2013. « Black Woman » est un reggae ponctué de solos de guitare et de claviers et d’une plage dub agrémentée de percus efficaces. Quant à « Hold Fast », rocksteady avec ses claviers à la Jackie Mittoo est à mettre en parallèle avec les productions de Sharon Jones & The Dap Kings et en particulier le sublime « How long do I have to wait ».

Deux autres femmes sont mises à l’honneur. Ammoye qui reprend le magistral « Woman of the ghetto » de Marlena Shaw. On regrettera toutefois ici que la basse de Dubmatix ne soit pas aussi prégnante que sur la version originale.
Aria Zenua chante quarante ans après Millie Small sur « My Boy Lollipop », où opérait déjà Ernest Ranglin. « My Boy Lollipop » s’inspirait initialement du titre interprété par Barbie Gaye en 1956 dans un swing très entraînant. Les cuivres, présents sur toutes les versions depuis 1964, y compris celle de Bad Manners (sauf que le « boy » s’est transformé en « girl ») conservent tout leur éclat.

Enfin, il faut bien sûr évoquer « Papa was a rolling stone » par Selena Evangeline et Michael Dunston. La tune originale des Temptations est peut-être le morceau soul/funk le plus abouti de la décennie soixante-dix (que James Brown et Sly and the Family Stone me pardonnent!) : une intro de 4 min., une guitare funky, des claquements de mains, des cuivres et un violon planants, que certains qualifient de psychédélique, même si je ne suis pas d’accord avec cette évocation.
Au contraire, bien qu’elle en conserve certains aspects (cuivres, guitare funky…), la version de The Rhythm Express est de facture plus classique. Le funk s’efface même au profit du rocksteady.

Un album riche et varié que ce Soul Explosion ’69. Des arrangements très réussis qui remettent aux goûts du jour des classiques de la soul et du reggae. Les King, père et fils, ne portent pas ce patronyme par hasard!

TRACKLIST

1. Night Train (instrumental)
2. You’re Wondering Now (Selena Evangeline)
3. Hard Times (Michael Dunston)
4. Woman of the Ghetto (Ammoye)
5. The Harder They Come (Gavin Hope)
6. My Boy Lollipop (Aria Zenua)
7. Double Barrel (instrumental)
8. Papa Was a Rolling Stone (Michael Dunston/Selena Evangeline)
9. I Can’t Stand the Rain (Selena Evangeline)
10. Midnight Confessions (Ammoye)
11. Yes We Can Can (Gavin Hope)
12. The Ghetto/Black Lives Matter (Michael Dunston)
13. Black Woman (Selena Evangeline)
14. Hold Fast (Selena Evangeline)
15. Before the Rain (instrumental)

                                                  soul explosion , aria zenua, rhythm express, my boy lollipop

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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