Earth Beat Movement – 70 BPM

La Grosse Radio vous présentait au mois de novembre le collectif italien Earth Beat Movement (EBM) originaire de Florence fondé en 2012 à travers le clip promo "You've got the fire", avant-goût de l'album 70 BPM, produit par Ciro Princevibe Pisanelli.

Hé bien, cet opus, il est tout frais, tout neuf, puisqu'il est sorti le 20 janvier. Et il faut dire que les Florentins sont en quelque sorte des boulimiques de production, car leur précédent album Right Road date de début 2015, il y a tout juste un an.

Alors que Right Road était une oeuvre bien sûr reggae, les sonorités s'orientaient en outre  du côté du hip-hop, voire même du trip-hop. On remarquait en effet, à travers les scratchs et les solos de guitare de "Sono io" et "Make a place", l'influence certaine de la scène anglaise avec Portishead et Morcheeba.

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Avec 70 BPM, Earth Beat Movement conserve quelques références provenant de Bristol, mais la tonalité de l'album nous projette davantage vers Kingston. Ainsi, si Right Road se voulait un album varié et éclectique, il en va différemment de 70 BPM qui est, en quelque sorte, un retour aux fondamentaux, aux racines du reggae. Mais Earth Beat Movement reste un groupe qui aime explorer d'autres genres musicaux, et l'album réserve quelques surprises.

Si j'ai évoqué Morcheeba et Portishead, c'est avant tout pour la proximité musicale qu'entretient EBM avec ces légendes du trip-hop, mais pas que. Il s'agit aussi de formations portées par des femmes. Mais si les voix de Beth Gibbons (Portishead) et de Skye Edwards ( Morcheeba) se caractérisent par un timbre soul, le flow d'Irene Mis Tilla Bisori est nettement plus raggamuffin. Et pour finir, ce n'est pas la langue de Dante que manie la chanteuse, mais l'anglais, à part sur "Con un sorriso in più".

Hormis donc Irene Bisori, EBM est composé de Stefano Ciancitto à la batterie, d'Alberto AlbeDub Giuliani à la basse et à la guitare et de deux claviers, Federico Reverbero Barbaro et Raffaello Braccesi. Par conséquent, les cuivres sont absents, ces instruments sont produits aux synthés, de même que les nombreux reverbs, échos et autres bidouillages propres au dub. On s'aperçoit effectivement que EBM adore jouer avec des effets électro.

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Si 70 BPM est un album marqué par le reggae roots, le morceau d'ouverture y est totalement étranger. Avec la chanson éponyme "70 BPM", on commence de manière lente et douce par une balade folk ponctuée de percus et un mélodica en guise de conclusion. Il s'agit donc d'un OVNI dans cette galette, mais qui n'est pas pour nous déplaire, bien au contraire ! "70 BPM" est très riche concernant les instrus et les textes annoncent les thèmes abordés par le groupe dans cet opus : "That's my life, I am the master of my life" ; "It's time to heal your heart".

C'est d'ailleurs là toute la signification du titre de l'album, qui est à double entrée. Soit on se réfère aux battements du coeur par minute (70 est le rythme cardiaque naturel chez l'homme) ou alors on pense aux fameux bpm qui déterminent le rythme d'un morceau. A vous de choisir.

EBM s'est en effet nourri des lectures de Louis Hay, Wayne Dyer (auteurs d'ouvrages sur le développement personnel) et du philosophe chinois Lao-Tseu pour écrire les paroles. L'album évoque l'épanouissement intérieur, la maîtrise de soi, la prise de conscience, le voyage. Laissons les artistes s'exprimer : "Ce sont des thématiques destinées à tous afin que chacun puisse se retrouver et dont l'objectif est de partager des leçons de vie avec le plus de personnes possible. Il ne faut jamais oublier que chacun d'entre nous détient un feu intérieur à partir duquel il est possible de récupérer l'énergie nécessaire pour affronter la vie, que personne n'est seul, que notre voyage au cours de cette vie n'est autre qu'un merveilleux parcours intérieur que nous devons affronter pas après pas".

Après cette calme entrée en matière, les choses sérieuses commencent avec la deuxième piste "You've got the fire". Les bpm augmentent, exit les 70. L'acoustique s'efface devant la fée électricité. Les claviers font leur apparition, tout comme les basses puissantes et grasses. La voix d'Irene Bisori gagne également en intensité.

"1000 miles" est un reggae one drop sur lequel EBM, via la métaphore du voyage, invite à la découverte et à la connaissance de soi : "A journey on 1000 miles [...] rise up step by step".

Sur "Heal your heart", EBM inaugure avec les feat. qui ont collaboré sur 70 BPM. Ici, c'est l'Allemand Jahcoustix qui toaste aux côtés d'Irene Bisori.
Quant à Raphael, on le retrouve sur "Beautiful ladies", morceau qui renoue avec les influences trip-hop du groupe. Les claviers sont omniprésents (l'intro notamment est magnifique) dans ce véritable hommage aux femmes : "For all the ladies all around the world, for the mothers, for my sisters" ; "How many tears had we to drop to fight for our rights" ; "Hey little girl, be the master of your fate".

"Pull up" est un titre qui s'éloigne du reggae et qui se trouve à mi-chemin entre le dancehall, les productions de Major Lazer et celles de Die Antwoord (pour le côté très électro) et aussi parce qu'à certains moments, la voix d'Irene Bisori se rapproche de celle de Yolandi Visser, la chanteuse du crew sud-africain.

Passée cette transition, EBM revient au reggae avec "Missy bun down", dédiée à "kali weed". Tune très efficace, elle bénéficie d'une version dub mixée par Princevibe, "Missy bun dub", tout aussi géniale ; on y entend, forcément, les sirènes de la police (présentes aussi sur "Selfie") qui résonnent derrière le "free kali weed" d'Irene Brasori. Les cuivres sont excellents ici, tout comme sur "Give gratitude", un reggae stepper très massive. Pas de version dub pour ce titre, simplement une plage d'une minute trente environ, où la basse d'Alberto Giuliani, couplée au jeu de batterie de Stefano Ciancitto, nous transcende. Magique !

Nous avons déjà évoqué "Con un sorriso in più" qui se distinguait par son chant en italien. Il s'agit d'un ska, un titre très festif, qui, selon toute la philosophie de l'album est une invitation à la joie de vivre.

Reggae, dub, ska, trip-hop, dancehall, EBM ne s'impose aucune limite dans ses compositions et balaie à peu près l'ensemble des genres musicaux jamaïcains. On ne se lasse pas des morceaux de ce 70 BPM, qui a réussi à remplir l'objectif visé, à savoir mettre du coeur  (et quelques sourires) dans ce "mad world" ("Selfie"). Les good vibes du reggae ne s'ont pas prêtes de disparaître. 

TRACKLIST

01. 70 BPM
02. You've Got the Fire
03. 1000 Miles
04. Heal Your Heart feat. Jahcoustix
05. Pull Up
06. Missy Bun Dow
07. Mr. Heat
08. Give Gratitude
09. Beautiful Ladies feat. Raphael
10. Not Alone
11. My Travel
12. Con Un Sorriso in Più
13. Selfie
14. Missy Bun Dub (Princevibe Dub Version)

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NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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