Mighty Mystic – The Art of balance

Boston est avant tout une ville réputée pour son rock, que l’on pense aux punks de Dropkick Murphys (que l’on peut entendre dans Les Infiltrés de Scorsese), aux Pixies ou encore à Aerosmith. A la rigueur, elle a également fourni des groupes de ska talentueux comme Big D and the kids table et Mighty Mighty Bosstones, mais de reggae, il n’en était pratiquement pas question, tout du moins jusqu’à l’apparition de Mighty Mystic qui sortira son troisième album The Art of balance le 11 mars prochain chez Roots Musician Records.

En effet, si la côte Ouest américaine regorge d’artistes reggae (Groundation, Stick Figure, Rebelution…), il en va tout autrement du côté de la façade Atlantique, à l’exception de Washington avec SOJA et des Bad Brains (et encore, ceux-ci, même s’ils ont produit un chef-d’oeuvre reggae, « I & I survive », jouaient clairement du punk hardcore). Et à New York, pourtant réputée pour son éclectisme et sa créativité musicale, seuls Meta & The Cornerstones ont réussi à émerger et peut-être les Beastie Boys qui, parmi leur foisonnant catalogue musical, ont sorti quelques pépites reggae, citons « Beastie revolution » et le prodigieux « Don’t play no game that I can’t win » avec Santigold, dont je vous invite à visionner le désopilant clip ou court-métrage (c’est comme vous voulez) de Spike Jonze, truffé de références cinématographiques.

Mighty Mystic se situe, par conséquent, à la croisée de ces chemins. Sa musique navigue entre le reggae, bien sûr, mais aussi le rock. Aussi, nous avons évoqué plus haut le légendaire groupe bostonien Aerosmith (qui avait lui aussi participé de cette fusion des genres avec « Walk this way » en collaboration avec un autre groupe fameux de hip-hop new-yorkais, Run-DMC), qui a énormément influencé l’artiste qui nous intéresse aujourd’hui.

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Ainsi le son de Mighty Mystic, s’il possède une structure reggae (contretemps avec accentuation sur le troisième temps, le désormais célèbre one drop), subit clairement les influences du rock. Il suffit, pour s’en rendre compte, de repérer les solos de guitare innombrables, des lignes de basse clairement rock et des skank qui sonnent plus comme ceux des punks de The Clash (« Guns of Brixton »), Stiff Little Fingers (« Mr fire coal man »), Burning Heads (« Hey you »), etc… que ceux purement jamaïcains. D’autant plus qu’il n’évoque, à proprement parler, aucun des styles reggae issus de la patrie de Bob Marley ; ce n’est ni roots, ni one drop, ni rockers, ni nu roots, ni dancehall, ni rub-a-dub, bref c’est du reggae joué par un fan d’Aerosmith et d’autres groupes de hard rock. Et c’est tant mieux, car ça permet d’élargir, de défricher.

Par conséquent, on ne le dira jamais assez : rock et reggae s’influencent mutuellement, et les aller-retours entre les deux genres sont fréquents.

Bon, pénétrons plus précisément dans l’univers musical de Mighty Mystic, dans lequel évoluent John Felice à la guitare, Tyler Last à la basse, Salvador Pineda à la batterie et Jens Swetting aux claviers.

Dès les premières notes du morceau d’ouverture « How I rock » et rien qu’avec le titre, on sait déjà où l’interprète veut nous emmener. En effet, la guitare lead est omniprésente, d’autant plus qu’après une petite démonstration magistrale au clavier, on peut entendre un solo de guitare d’une quarantaine de secondes avant de conclure par une partie instrumentale qui se rapprocherait du dub.

A contrario, l’autre track « rock » ne l’est pas du tout en fait. En effet, « Solid as a rock » est un titre acoustique, une balade portée par la voix mélancolique de Mighty Mystic.

La guitare solo et le clavier sont donc ainsi fortement mis en avant dans cet album. Ils sont, en quelque sorte, les pierres angulaires du son de Mighty Mystic. Et une large place est accordée aux  conclusions uniquement instrumentales.

Bon, on retrouve tout de même les fameuses sirènes si caractéristiques du dub sur « Rebels »,  « Boys in blue » et « Only the strong », morceaux aux conscious lyrics. « Boys in blue » contient d’ailleurs une ligne de basse très rude et s’oriente du côté du stepper.

Titres engagés, mais aussi à tendance lover sur ce The Art of the balance. Pour preuve, je vous invite à visionner le clip « Something bout Mary ».

Les claviers qui, ainsi que je l’affirmais, sont primordiaux dans la musique de Mighty Mystic assument également une large partie de la ligne mélodique. Par conséquent, « Red light girl » vous fera agréablement penser à « No woman no cry » de Bob Marley.
Il en va de même pour « How many miles » qui subit l’influence du reggae lounge et hypnotique des Californiens de Stick Figure. L’intro au clavier est clairement new age et va se poursuivre durant tout le morceau. Ajoutez à cela un solo de guitare à la Pink Floyd, Led Zeppelin ou que sais-je encore et vous obtenez un titre à la frontière du dub ambient.
Quant à « High grade », les effets très prononcés du clavier vous évoqueront les premières notes de « Beat it » de Michael Jackson. Je ne dis pas cela pour la simple référence mais aussi parce que le groupe de hard rock Van Halen avait participé à cette chanson. Cependant, ici chez Mighty Mystic, la comparaison s’arrête là, puisque, malgré une entame qui pourrait introduire une track au tempo enlevé, « High grade » est calme, posée, car il s’agit d’une ganja tune, qui comprend, par moments, quelques touches dub (reverb sur la batterie, guitare planante…).

On retiendra quand même un bémol en ce qui concerne l’emploi un peu trop massif des claviers. C’est le cas, notamment, sur « Fast car » et « Only birds » où les cuivres sont joués au synthétiseur, bien qu’un saxo soit bel et bien présent au début de « Only birds ». Mais cela ne doit pas gâcher le plaisir que l’on prend à écouter cet album ! L’utilisation de ce procédé est très mineure ici.

            mighty mystic, reggae, rock, aerosmith

The Art of balance se termine par le très efficace « Blackened » qui rappelle les morceaux du groupe anglais Black star dub collective, lui aussi très influencé par le rock. La voix rocailleuse de Mighty Mystic se pose magistralement sur une ligne rythmique de grande classe (une basse puissante et une batterie stepper). Là aussi, je vous laisserai apprécier le solo de guitare issu en droite ligne des 70’s.

Pour conclure, bien que jouant du reggae, Mighty Mystic n’hésite pas à se réclamer d’autres genres musicaux. Son exil américain aura donc été largement bénéfique puisqu’il incorpore au son qu’il produit des éléments propres au rock. A la manière de la vague dub française des 90’s (et en particulier de Zenzile), l’artiste réussit à apporter sa pierre à l’édifice d’une musique que chacun, où qu’il se trouve sur cette planète, est capable de se réapproprier.

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NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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