Smokey Joe & The Kid – Running to the Moon

Avant toute chose, je tiens à préciser que le présent album que nous allons chroniquer ne se range absolument pas dans la catégorie reggae.

Running to the moon de Smokey Joe & The Kid (à paraître le 25 mars chez Banzaï Lab) est une oeuvre électro jazz hip-hop, bref elle se situe entre les compositions de C2C, de Chinese Man, type Groove Sessions, et celles de Wax Tailor, mais en aucun cas il ne sera fait mention ici de skank ou autres one drop.

Il en est ainsi, puisque l'ouverture d'esprit et la découverte musicale demeurent des valeurs essentielles et fondamentales de La Grosse Radio. Et après tout, nos collègues du webzine rock ont bien recensé Berlin de Zenzile et des morceaux reggae de The Clash sont diffusés sur la radio rock de même que "Until the last drop" de High Tone, genre de titre inclassable qui navigue entre le rock, l'électro, le dubstep et la bass music.

Et entre nous, on s'ennuierait vite, si l'on écoutait en permanence la même chose, nan ?

Bref, Smokey Joe & The Kid sont deux beatmakers originaires de Bordeaux qui ont donc comme influence les genres musicaux précédemment cités mais qui se réfèrent également au cinéma américain  à coups de samples piochés par-ci par-là.
Tiens donc comme Chinese Man et Wax Tailor, alors ?? C'est ça, vous avez deviné. Mais aussi à la manière de High Tone via DJ Twelve.

La preuve en images.

Le nom du crew semblerait d'ailleurs issu tout droit d'un western ou d'un film noir : des patronymes de bandits de grand chemin (genre Pat Garett & Billy the Kid) ou bien des gangsters provenant du crime organisé.

Le duo fait partie intégrante de cette vague électro turntablism française qui a explosé  à la face du monde depuis le début des années 2000 et qui inclut aussi C2C, Birdy Nam Nam (faudrait peut-être qu'on chronique leur prochain album à venir, ce serait cool, nan ?), Scratch Bandits Crew, L'Entourloop, Pulpalicious, Beat Assailant...
J'avais déjà abordé le sujet lors de la chronique de l'album Vida Loca d'une autre paire d'artistes, La Chose.

Et je ne le dirai jamais assez,  les DJ français sont, pour moi, et sans chauvinisme latent, les meilleurs au monde, enfin en ce qui concerne la technique. Il suffit de constater le palmarès impressionnant des Français (qu'il s'agisse des compétitions individuelles ou en équipe) lors des différentes épreuves des championnats du monde de DMC ; vous en trouverez automatiquement un (ou plusieurs) sur le podium.

Running to the moon confirme ces propos. Smokey Joe & The Kid sont deux alchimistes virtuoses des platines et cet album en est la parfaite représentation.

smokey joe & the kid, bordeaux, scratch

Bon, mais si l'on veut essayer d'être aussi complet que possible (enfin je l'espère), il ne faut pas oublier, bien sûr, de mentionner l'écurie anglaise Ninja Tune et son foisonnant catalogue de DJ, scratchers, bidouilleurs électro qui inspirera beaucoup les Français. Citons, entre autres, Kid  Koala (encore un Kid !!!), DJ Vadim, DJ Food, Mr Scruff ou encore Amon Tobin. Tous ces artistes ont mélangé les genres dans leurs productions révélant un ecclectisme musical des plus innovants ces vingt dernières années.
Et pour couronner le tout, on citera une filiation certaine avec Le Peuple de L'Herbe (qui était originellement constitué de deux DJ, Pee et Stani), à travers l'utilisation des cuivres et des influences groovy.

Voilà, vous savez à peu près tout pour situer le son de Smokey Joe & The Kid.

Bon, attaquons-nous maintenant à ce Running to the moon.

Il est introduit en douceur par une "Ouverture" (nan, pas possible !!), dans laquelle on retrouve un sample de la série Homeland (merci Zopelartisto !!) et des crépitements de vinyles. Le morceau pose les bases de ce qui constitue la patte Smokey Joe & The Kid : rythme syncopé du hip-hop, forte présence des cuivres,  le tout balancé par des mélodies groovy, voire funky.

Le titre éponyme de l'album est également instrumental. Porté par une ligne de basse heavy, digne de "Higher Level" de KRS-One, il se révèle moins haché et tranché que son prédécesseur. En effet, il glisse vers plus de fluidité et se rapproche en cela de "Please come home" qui s'ouvre par un rock n'roll à la batterie surexcitée avant de s'orienter vers les sonorités électro hip-hop énervées de C2C et de finir brillamment en jungle. Puissant !

Jugez-en par vous-même.

On peut établir un lien supplémentaire avec C2C. En effet, sur "Six feet below", c'est le MC Pigeon John (déjà présent sur Tetr4 du quatuor nantais)  qui toaste sur un jazz hip-hop qui va peu à peu s'accélerer pour parvenir à une ambiance jungle ; le flow de Pigeon John évoluera aussi : du chant scandé il passera à un timbre plus ragga.

Cependant, le hip-hop reste majoritaire concernant les feat. invités sur ce Running to the moon. C'est le cas de Miscellaenous du collectif Chill Bump sur "Just Walking", morceau qui se rapproche de "Funny guy" avec Fred Wisley au trombone. Les cuivres sur ces deux tracks sont très funky, malgré des structures musicales hip-hop. D'ailleurs, les instruments évoquent ceux de l'album Love in a black dimension du groupe italien Jestofunk, qui avait repris de nombreux standards du funk.
Sur "So sexy", Blake Worrell, en provenance directe du crew allemand Puppetmastaz et ses marionnettes déjantées, délivre lui aussi un flow énergique en prenant plusieurs intonations sur des instrus tout aussi massives.

Un autre grand collectif complètement barré est représenté ici. Je parle bien évidemment des Svinkels (où officiait un certain DJ Pone). Yoshi sévit dans Running to the moon avec le titre "Prohibition". Vous l'aurez compris, c'est bien d'alcool dont il s'agit sur cette tune, dans la plus pure tradition des Svinkels donc. Textes loufoques dans cette chanson à boire version hip-hop.

smokey joe & the kid, duo DJ, sample

A l'inverse, avec A State of Mind sur "The Gravel Sack Incident", on s'oriente sur un titre plus posé, quasiment abstract, et qui met beaucoup plus l'accent sur la mélodie et les instrus. Il rejoint en cela les deux derniers morceaux de l'album, "Yesterday is gone" feat. Waahli et "Learning through the way", uniquement instrumental aux effets free jazz via le piano.

Les influences diverses de Smokey Joe & The Kid se retrouvent sur "Bank holiday" dans lequel participe Ua Tea. On voyage entre la Méditerranée et les Balkans (il y a un peu de Goran Bregovic ou d'Emir Kusturica là) emportés par la voix douce et sucrée de la chanteuse.

On finira par les huit minutes de "Smokid All Stars", espèce de medley, freestyle grandiose et génial où vous pourrez écouter une bonne partie des feat. de l'album avec en prime DJ Netik et ses scratchs ravageurs. Les beats sont affûtés au millimètre,  la basse tape fort, bref, ça envoie du lourd, comme on dit. Quoi, c'est déjà fini, ça ne dure que huit minutes ????

Smokey Joe & The Kid prouvent avec leur dernier opus que la grande vague de turntablism initiée en France quinze ans plus tôt n'est sûrement pas prête de s'estomper. Les Bordelais révélent un sens aigu du sample et partagent leur culture musicale et leur cinéphilie sans prétention, car ce Running to the moon s'écoute sans rechigner. On ne s'ennuie pas une seconde avec cet album et ça, c'est déjà un grand gage de qualité !! Respect !!

smokey joe & the kid, électro, jazz

Crédit photos : Jonas Laclasse

TRACKLIST

01 - OUVERTURE
02 - RUNNING TO THE MOON
03 - JUST WALKING Feat CHILL BUMP
04 - SIX FEET BELOW Feat PIGEON JOHN
05 - BANK HOLIDAY Feat UA TEA
06 - FUNNY GUY Feat. FRED WESLEY
07 - PROHIBITION 2 Feat YOSHI
08 - SO SEXY Feat BLAKE WORRELL
09 - PLEASE COME HOME
10 - SMOKID ALL STARS Feat. Waahli, NON Genetic, Pigeon John, ASM, Youthstar, Blake Worrell, Chill Bump, Charles X, Dj Netik.
11 - THE GRAVEL SACK INCIDENT Feat ASM
12 - YESTERDAY IS GONE feat WAAHLI
13 - LEARNING THROUGH THE WAY

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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