The Abyssinians – Maison Folie Beaulieu (59) – 22.03.16


Le mardi 22 mars 2016 devait être un jour de fête.

Je me suis réveillé le matin en pensant à l’interview de The Abyssinians que je devais réaliser le soir même comme prévu avec Cartel Concerts pour leur venue dans la région lilloise. Mais très vite j’ai compris que la journée ne se déroulerait pas comme prévu, mon portable vibrant pour m’annoncer une triste nouvelle, l’horreur terroriste avait encore frappée à Bruxelles.

Passé le choc, se posent les questions plus pragmatiques de la réaction, avec toujours la volonté de ne pas céder face à ces barbares. Il faut continuer à vivre et à faire ce que l’on aime, entre autre allez voir en concert des légendes du reggae qui ont marqué l’histoire de la musique et répandu un message de paix et de tolérance depuis plus de 40 ans.

Mais le concert aurait-il lieu ? Et l’interview ? Ai-je le cœur à la fête ?
Toute la journée ces questions resteront en suspens, d’autant que les circonstances entraineront des difficultés de transport pour le groupe, coincé un certain temps à l’aéroport de Paris.
Compte tenu de ces difficultés et après de nombreux échanges téléphoniques entre la production, Léna (qui s’occupe de ces questions à la grosse radio et que je remercie ici) et moi, tout au long de la journée, l’interview est finalement annulée faute de temps mais le concert est maintenu. J’irai donc voir The Abyssinians et The Roots Revealers.

Rendez-vous donc à 20h30 à la Maison Folie Beaulieu de Lomme près de Lille. 
Il faut dire ici que The Abyssinians sont invités dans le cadre du Festival Jazz en Nord qu’on remercie d’avoir eu l’ouverture d’esprit et l’ouverture musicale de programmer un groupe de reggae roots, fussent-ils des légendes. C’est assez rare pour être souligné.

On entre dans une belle salle, ouverte en 2009 et qui parait flambant neuve. Le public est déjà présent nombreux et patiente calmement. L’attente se prolongeant un peu, on vient nous annoncer que le concert démarrera en retard, les membres du groupe venant à peine d’arriver. Personne ne réagit à cette annonce, tout le monde semble un peu groggy, la tête ailleurs et le cœur lourd.
Le temps de fumer une cigarette ou de boire un verre et le concert démarre.

A peine le temps de quelques réglages et les Roots Revealers entrent en scène.
Composé de 3 des fils Manning, (2 frères officiant au chant des Abyssinians) à la basse et aux claviers, les Roots Revealers proposent un son propre, roots et moderne à la fois. Le son est bon et équilibré. Le chanteur américain Chris Mundhal dénote par son style mais sa voix met tout de suite tout le monde d’accord. Dans un style reggae rock steady de bonne qualité, les Roots Revealers ambiancent tout doucement le public.

L’attente à peut être un peu refroidi la foule qui tarde à se manifester alors que le concert est de bonne qualité. Le bassiste des Rootz Revealers intervient pour s’excuser du retard pris et appeler à la paix et au respect au cri de « no more killing ».

Après une petite heure de concert, l’ambiance se réchauffe. Petit moment de flottement avant l’entrée des légendes sur scène. 2 générations se retrouvent alors sur scène et là la magie opère.

Dès leur arrivée, l’ambiance monte de plusieurs crans. Bernard Collins, Donald et Linford Manning entrent sur scène et on voit que les massives sont venus pour eux. Les 3 charismatiques chanteurs sont acclamés par la foule qui s’amasse devant la scène. L’ambiance explose d’un coup et dès les premières notes, dès les premières harmonies vocales, on se retrouve dans les années 1970 en Jamaïque.

Si les hommes ont pris de la bouteille, la pureté de leur voix n’a pas pris une ride. Les plus éthiopiens des chanteurs jamaïcains enchaînent leurs hits : « The Good Lord » et sa flûte aérienne, « African Race » et son intro intemporelle, « Abendigo » et ses lignes de cuivre…
Le public est connaisseur et reprend les refrains en chœur. La vibes roots s’empare de la salle et permet de lacher prise, la métamorphose est impressionante, le public est littéralement transporté et même The Abyssinans semblent étonnés de cette ferveur soudaine.

« Oh Girl », « Y mas gan », on se rend bien compte que la place dans les livres d’histoire de la musique jamaicaine des Abyssinans n’est pas usurpée. Ils font partie de ces représentatnts de l’âge d’or du roots et ils en sont encore le preuve aujourd’hui. Leurs textes faisant beaucoup écho à la bible sont des textes de paix, et à plusieurs reprises ils appelleront à l’amour et à l’unité à travers le monde.

La fête est belle et bien là, les corps dansent au son de cette musique universelle qui nous fait vibrer. Du haut de leurs 70 ans, les artistes se déchainent et on sent qu’ils ont toujours la passion de la musique en eux. Les Roots Revealers assurent le backing band avec brio, on regrettera peut être uniquement l’absence de cuivres dans la formation assurés par le clavier, mais l’esprit roots des Abyssinians est bien là. On approche de la fin du concert et on attend fébrile le clou du spectacle, vous aurez reconnu évidemment « Satta massagana ».

Mais c’est d’abord l’intro de « Declaration of Rights » qui résonne. Après quelques moments, le public impose un pull up dans une ambiance digne d’un sound system. Le public lillois est bien présent.

On enchaine avec « This land » et sur le coup de 23h30, on y est, les premières notes du « satta massagana riddim » démarrent. Mais il faudra patienter encore un peu avant d’entendre leur hymne. C’est le parlé de Linford Manning qui s’impose avec une partie chant et dans la foulée, les premières paroles de « Satta massagana ». Dans une ambiance de feu, le pull up est inévitable. Bernard Collins nous prévient « they call it the reggae anthem, so are you ready to sing with us? », la réponse ne se fait pas attendre.

La foule en délire commence à chanter avant même The Abyssinians. Les musiciens de Roots Revealers, tous le sourire aux lèvres jouent avec une joie palpable et communicative. Ils auront été excellents toute la soirée.

Après le 1er refrain, pull up again ! “There is a land, far far away…”, les massives frissonnent.
A capella : “where there’s no night, there’s only day” le public chante d’une seule voix avec les héros du jour.

Le concert se termine et malgré l’insistance du public, le rappel ne se fera pas et on le comprend, les chanteurs devant être éprouvés par cette journée si particulière. Mais quelle impression se dégage de ces 3 chanteurs, toujours aussi investis dans leur musique et partageant aux 4 coins du monde cet amour musical et aujourd’hui avec leurs enfants de Roots Revealers.

Ce mardi 22 mars 2016 devait être un jour de fête. Mais malgré l’horreur, le reggae a résonné avec force et avec lui tout un public en communion et les sourires ont pu prendre le dessus. Et oui, la vie continue.

Finalement la musique aura toujours le dernier mot.

 

The Abyssinians, Roots Revealers



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