Tiken Jah Fakoly au Cargö – 18.04.2016


25 septembre 2015. L’album Racines, consacré au reggae roots et entièrement composé de reprises de grands classiques, sort officiellement. A partir de ce jour, Tiken Jah Fakoly clamera qu’un pont s’est définitivement ouvert entre la Jamaïque et l’Afrique.

18 avril 2016. 6 mois plus tard, une nouvelle route s’ouvre entre l’île des Caraïbes et le grand continent, reliant en plus la ville de Caen en Normandie ; une route éphémère, accessible le temps d’une soirée grâce au Cargö à l’occasion d’une des dates de la tournée du chanteur ivoirien.

Mon billet en poche, je m’apprête à arpenter cette voie dans le but d’y faire un voyage spirituel… comme tous les autres voyageurs en ma compagnie, même si la salle aurait pu en accueillir davantage. Tant pis pour les retardataires ou les absents, le train partira bien à l’heure.

Première étape de ce road trip, je parcours la scène normande et y (re)découvre Ouzin et Fady Melo, 2 artistes aux univers, aux parcours et aux origines différentes. Mais aux envies de partages et de mélanges communes.

Les 2 conducteurs font chauffer le moteur et nous font décoller vers un territoire encore inexploré. Ce pays s’appelle le « world slam », un territoire à la frontière du slam, du reggae et de la musique traditionnelle mandingue. La route vers ce fameux pont à 3 voies Jamaïque-Afrique-Normandie est déjà toute tracée.

Accompagnés de Becaye (percussions) et Bass Boussa (platines et diabara), ils nous font découvrir ce nouveau style fortement plaisant et qu’il nous tarde déjà de revisiter. Les paroles sont une invitation à l’amour de la musique (« Do Ré Mi »), et à la réflexion sur des sujets universels mais terriblement d’actualité (prenons tous bonne note du très beau texte de « Islam en Slam »).

Ouzin et Fady Melo

Le duo Ouzin et Fady Melo en action (en arrière plan, Bass Boussa)
 

Fady Melo

Le chanteur caennais Fady Melo
 

Ouzin

Le slameur Ouzin, d’origine sénégalaise

 

Après 30 minutes d’escale, le train repart en empruntant l’axe principal de son trajet. Le grand Tiken Jah Fakoly, 30 ans de carrière au compteur, passe aux commandes. Attention au départ, préparez-vous et accrochez vos ceintures car il n’y aura pas de période de rodage.

On démarre tambour battant et basse ronflante par un medley d’une dizaine de minutes de reprises extraites de Racines. Des racines que tout le monde connaît, s’enfonçant de « Police And Thieves » (Junior Murvin) à « Hills And Valleys » (Buju Banton), en bifurquant par « One Step Forward » (Max Romeo) et « Fade Away » (Junior Byles). On y verra même un hommage à un autre guide spirituel ivoirien, Alpha Blondy, en faisant halte sur « Brigadier Sabari ». Un moment très apprécié par le public.

Tiken Jah Fakoly

Tiken Jah Fakoly

Une fois que le cap vers la Jamaïque a été clairement défini, un petit détour sur les terres africaines s’impose. Car on le sait, Tiken Jah est l’un des porte-paroles les plus charismatiques qui soit pour la nouvelle génération de son pays et de son continent. Souvenez-vous de « Les Martyrs », chanson sortie en 1999 et remémorée dans la conscience de chacun en ce jour de 18 avril. Oui, l’Afrique veut être libre, « Africa wants to be free« . Le chanteur l’avait déjà déclamé dans son album Françafrique (2002), il l’a encore répété avec véhémence lundi dernier.

Tiken sait que la solution aux problèmes politiques et économiques rencontrés en Afrique vient de l’Afrique elle-même. Des Africains eux-mêmes. Ces problèmes, il les évoque sur scène autour d’un remuant « Françafrique » ou d’un vibrant « Tonton d’America ». Mais plus encore que ces 2 titres, c’est le magistral « Plus rien ne m’étonne » entonné une fois n’est pas coutume sur un rythme nyabinghi qui déchirera et discréditera les dernières instrumentalisations du monde occidental. Messieurs les politiciens, faites attention car « quand l’Afrique va se réveiller, ça va faire mal mal mal mal… » (extrait de l’album Dernier Appel, 2014, et interprété le 18 avril 2016 en live dans la salle du Cargö à Caen).

Tiken Jah Fakoly

Tiken Jah Fakoly

Tiken Jah Fakoly

Néanmoins, Tiken Jah Fakoly s’interroge et nous interpelle. Les gens ont-ils conscience de ce que coûte vraiment « Le Prix du Paradis » ? En tout cas, le chanteur a lancé son « Dernier Appel » vers ce but ultime, avant de conclure sur un mystique « Dakoro ».

De temps en temps au cours de cette soirée, des petits rappels vers l’itinéraire final sont lancés. « Christopher Columbus » (Burning Spear), « Is It Because I’m Black » (Ken Boothe) en duo avec l’une de ses choristes, ou encore « Get Up, Stand Up » (Bob Marley & The Wailers) seront interprétés de fort jolie manière. Inutile de vous dire qu’une fois arrivés à ce point du voyage, les spectateurs étaient à fond et suivaient un rythme d’enfer.

Mais personnellement, c’est lorsque l’on a pris la sortie en direction de « Zimbabwe » (Bob Marley) que j’ai senti que l’on touchait au but, que cette envolée musicale prenait tout son sens.

Finalement, au bout d’1h30 (un peu plus), le voyage prend fin. Tiken Jah Fakoly nous a emmené sur le magnifique pont qu’il a construit. L’occasion pour nous de lui dire un grand merci. Merci de nous y avoir conduit.

L’heure est maintenant venue de rentrer chez soi. Mais pas la peine de défaire ses valises, je ressens une irrésistible envie de repartir…

Tiken Jah Fakoly

Tiken Jah Fakoly

Tiken Jah Fakoly

Droits des photos : Benustus



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