Big Red – Vapor

Tours est définitivement aujourd'hui LA ville du reggae français. The place to be. On ne compte plus désormais les reggaemen et autres dubbers originaires de là-bas : Bazil, Biga Ranx, les Ligerians, le label ODG, sans oublier Ez3kiel, Fumuj, etc, et celui qui nous intéresse aujourd'hui, j'ai nommé Big Red.

Et c'est le label Brigante Records (associé à Echo Prod), situé justement lui aussi à Tours, qui a produit le nouvel album de Big Red (aka 9jared pour l'occasion), Vapor qui sortira le 6 mai prochain.

Pour ceux qui ignoreraient encore tout de cette structure, Brigante Records est un label très proche d'OnDubGround ; c'est au sein de cette entité que Biga Ranx sous le nouveau pseudonyme de Telly propose ses nouvelles productions dub lounge, très éloignées de ce qu'il a l'habitude de faire, et qu'il nous a servi son brillant Dub Champagne l'année dernière.
Enfin, je dis "très éloignée", pas tant que ça, puisqu'il travaille d'ordinaire avec Manudigital, son frère Atili Bandalero, Tom Fire qui, tous, sont inspirés par la musique digitale. Le mot adéquat serait donc "différent".
Telly aka Biga Ranx est justement le producteur de cet album.

Ce Dub Champagne est, par conséquent, la meilleure porte d'entrée pour pénétrer dans l'univers chill de Vapor. Mais que cela n'effraie pas les addicts du son de Big Red, les vrais, les purs et durs, les massives adeptes de Raggasonic et des albums précédents du MC. En effet, ce n'est pas du tout surprenant de la part de Big Red, car il a toujours opéré des incursions dans des genres extérieurs au raggamuffin, que ce soit en sound ou sur les collaborations avec le groupe de metal de Seine-Saint-Denis, L'Esprit du Clan (voir "Un Message de paix" ou "Smockaze").

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Vapor est donc à la croisée d'un monde où se seraient égarées les compositions les plus ambient d'Amon Tobin sur lesquelles seraient venus se greffer les skanks les moins énervés de High Tone. Avec ces éléments, la messe est dite : les bpm sont peu soutenus, le rythme des morceaux est ainsi très downtempo, a contrario de ce qu'on peut entendre habituellement avec le style raggamuffin. Cependant, Big Red conserve son flow rapide et énervé, son fast style, comme on dit maintenant. Enfin...pas sur toutes les tunes. En fait, subissant quelques bidouillages, sa voix a pu passer à la moulinette du vocoder, a été ralentie, mais bon, rassurez-vous, ça reste tout de même du grand Big Red (c'est un pléonasme ça, nan ??).

Ainsi, malgré une ambiance lounge et chill, on remarquera que cette galette se révèle donc somme toute paradoxale. La structure rythmique des morceaux contredit une texture sonore assez heavy : les basses sont lourdes et les beats se montrent appuyés à souhait.

Avec une introduction tout en douceur sur le remix de "Kill kill kill", dont l'original avait été composé par DJ Vadim, ce Vapor annonce la couleur d'entrée de jeu : ici pas de skank, simplement une mélodie envoûtante au clavier, secondée par un beat digital, qui nous emmène dans l'univers aérien de Brigante Records. D'autant plus que la dernière partie du morceau est exclusivement instrumentale et se rapproche beaucoup plus de l'électro que du reggae, qu'il soit roots ou digital.

Il en va pratiquement de même sur la piste suivante "Stonehead" : le skank est bel et bien présent, mais il fait nettement penser aux synthés dignes des 90's, qu'ils soient issus de la dance, de la deep house, etc... En ce qui concerne les textes, Big Red prononce cette profession de foi qui pourrait résumer à elle seule l'album : "Au coeur du système, tu campes / Je préfère survoler / Je te vois par terre et tu rampes / Regarde-moi planer." On entend également quelques parties vocodées, comme je le disais précédemment.
Vocoder présent en outre sur "Screwmouraï" : "Je suis un ninja, pas un samouraï" clame un Big Red qui revient quelques années en arrière avec cette référence à Raggasonic : "Si dans un monde où y'a de moins en moins de travail, je ne prends pas de coke, pas de crack".

Mais cette citation n'est pas le seul flashback que l'on retrouve sur Vapor, puisque Big Red s'est plu à revisiter "La Nuit je mens" d'Alain Bashung et ses désormais très célèbres paroles d'introduction : "On m'a vu dans le Vercors sauter à l'élastique, voleur d'amphores au fond des criques". La version initiale, une balade rock, se voit transformée en un reggae digital planant. Excellente reprise à la ligne de basse soignée qui montre, une fois de plus, que Big Red ne puise pas ses influences uniquement dans le reggae ou le raggamuffin.

Cependant, ce morceau est l'un des rares de l'album qui puisse se ranger dans la catégorie reggae ; par là, j'entends l'élaboration d'un skank. Car finalement, Vapor (j'ai en permanence l'impression d'écrire Vador...) a également l'odeur du trip-hop de Portishead, voire même de Massive Attack.
Ainsi, le titre qui donne son nom au disque "Vapor style", présente toutes les caractéristiques de la musique électro, digitale (synthés, beat, ligne de basse au Korg ou ce genre de machines, etc, etc...), mais pas la moindre trace de skank. Mais cela n'a aucune importance. La mélodie relaxante et le flow ravageur de Big Red satisfont clairement nos attentes. Constat similaire sur "Moi ma gueule et ma sensi" et "J'aime pas les Nike" avec sa punchline que j'adore : "Range ton blouson virgule".

Mais bon, Big Red reste avant tout un chanteur raggamuffin qui toaste sur....du raggamuffin, bien sûr !! Vous vous en êtes déjà aperçus avec "MC" au style très sombre et inquiétant que Ras Pierro vous a présenté dernièrement.

"J'ai pas le temps", dernier morceau de l'album, est une pure tune reggae digital et qui comprend un feat., furtif cela étant, un spécial guest que vous pourrez découvrir le 6 mai.

Multipliant les expériences musicales, Big Red apporte une touche de fraîcheur dans le milieu du raggamuffin français avec ce Vapor. Les vapeurs de l'album se répandent à plein nez telles des good vibes, dégageant un parfum  enivrant dont on ne peut se défaire. Vapor s'écoute et se réécoute à n'en plus finir.

TRACKLIST

1 Kill Kill Kill (Remix)
2 Stone Head
3 MC
4 Vapor Style
5 Screwmourai
6 Moi Ma Gueule Et Ma Sensi
7 J'aime pas les Nike
8 La Nuit Je Mens
9 Ruff Neck (Remix)
10 J'ai Pas Le Temps

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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