Skarra Mucci – Dancehall President

Après avoir sorti une kyrielle de singles et toasté sur plusieurs one riddim, Skarra Mucci nous est enfin revenu avec un nouvel album, Dancehall President, paru le 13 mai dernier chez Undisputed Records, label français.

Ce dernier, à l’instar d’Irie Ites, d’AHOE Records (voir la chronique de Ites up de Kozmik Consciousnez) ou de Flash Hit Records, est friand de rencontres avec des artistes jamaïcains, puisqu’outre le Greater than great du même Skarra Mucci, il a récemment produit une compilation, Raggamuffin Power, où l’on peut entendre, entre autres, Joseph Cotton, Spectacular et……..Skarra Mucci et dont on vous parlera très prochainement.

Il s’agit donc de la deuxième collaboration entre cette structure française et le singjay jamaïcain. Le titre de « King of Dancehall » ayant déjà été pris par Yellowman, Skarra Mucci se devait, par conséquent, de trouver un autre surnom qui corresponde à son talent ; c’est donc tout naturellement qu’il s’affirme en tant que Dancehall President. Périphrase qui n’est somme toute pas du tout exagérée au regard du flow dévastateur du chanteur et de ses nombreuses influences.

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Et puis bon, année électorale aux Etats-Unis oblige, la pochette et le titre de l’oeuvre qui nous intéresse aujourd’hui s’inscrivent également dans un contexte bien précis.
Skarra Mucci veut donc prouver qu’il est LE président et toute la galette va tenter de démontrer qu’il n’a pas choisi cette qualification au hasard.

Il suffit déjà, pour s’en rendre compte, d’observer le titre du premier morceau : « Sound Killer » (à retrouver également sur Raggamuffin Power). Au rythme d’un beat très prononcé et d’une ligne de basse digitale, aux frontières du hip-hop, Skarra Mucci délivre ses propos incisifs et nous fait clairement comprendre à base de « f*** » qu’il est effectivement un « Sound Killer ».

D’autant plus qu’il persiste et signe immédiatement après avec « Number One », dans lequel il déclare « my sound a champion » sur un rub-a-dub percutant. Il reste cependant lucide sans sombrer dans les abîmes d’une prétention arrogante; le « President » n’est en effet que l’héritier d’une longue tradition initiée bien avant sa naissance: « listen to the music from foundation, listen to the roots and culture« . Et il n’omet pas de rendre hommage aux deejays l’ayant précédé (Yami Bolo, General Echo…) et à deux grands propriétaires de sound system des 80’s, les légendaires rivaux King Jammy et Black Scorpio. Il cite également Beenie Man, autre singjay de sa génération que l’on retrouve sur cet album avec « Sunlight », combinaison dancehall.

C’est donc bien sûr en toute logique qu’il toaste sur un dancehall dans le titre éponyme de l’album. Le riddim, même s’il se montre énergique et efficace, n’est pas le meilleur que l’on peut entendre sur ce Dancehall President. A vrai dire, on préférera largement les textes, emplis de punchlines imparables : « I’m di dancehall president, di Black House I’m a resident« .

Si Skarra Mucci se plaît à évoquer ses prédécesseurs dans les styles reggae et dancehall, ainsi que nous l’avons précisé plus haut, il se réfère en outre à un autre genre qui l’aura beaucoup influencé : le hip-hop. L’année dernière, il apparaissait sur un one riddim dénommé « Wuteng » (pas besoin de préciser l’origine de l’intitulé), qui se voulait justement un retour à l’âge d’or du rap américain (la pochette est révélatrice). Ici, en compagnie de Mandinka sur l’instru hip-hop « Higher than high », Skarra Mucci démontre qu’il est capable de jongler entre un flow scandé et plus raggamuffin.

Et si le reggae est le père du hip-hop, le funk en est l’autre parent; le singjay l’a très bien compris avec « Mr Walker », reggae funky vocodé et rapé où sa voix rejoint dans les couplets celle des artistes hip-hop de la scène new-yorkaise (Notorious B.I.G, De La Soul, A Tribe Called Quest,…).

On retrouve le Gambien Mandinka sur une autre tune, « Original », rub-a-dub entraînant, à travers laquelle on se replonge pleinement dans les années quatre-vingt en Jamaïque. Combination à la même tonalité et tout aussi efficace avec Yaniss Odua sur « Raggamuffin school ».

Et puisque l’on parle de collaborations, on ne peut se soustraire à ce chef-d’oeuvre qu’est « It’s for real », reggae rockers en duo avec Horace Andy. Ce dernier, avec son vibrato si emblématique et touchant, contrebalance le chant plus énervé de Skarra Mucci dans un morceau qui se clot par un solo au saxophone très « Englishman in New York ».
Un dernier feat. est à remarquer ici avec Willy William sur « This song » et ses effets électro.

L’électro est justement très prégnante sur « Show time », compromis habile entre le ska et un rythme trap, ce genre musical tant en vogue depuis quelques années aux Etats-Unis et maintenant en France.

On finira par deux titres préalablement sortis : le premier, « Turn it up loud » vous avait déjà été présenté par Paparoots, il n’est donc pas nécessaire de revenir dessus.
Nous allons par contre nous arrêter sur « Handz ina di air » issu du World War III riddim, paru chez Irie Ites en février dernier. Perfect avait également toasté sur cette composition inspirée du « Roots and culture » de Mikey Dread et son fameux « Skep skebbe dep skep« . Il s’agit d’un dubstep vigoureux, genre lui aussi omniprésent aujourd’hui, mais que Skarra Mucci arrive à se réapproprier. Il n’en fallait pas plus pour nous convaincre.

Dancehall, reggae, hip-hop, dubstep, trap, les styles abordés par Skarra Mucci sont donc nombreux sur cet album, comme à l’accoutumée d’ailleurs, puisque l’interprète en avait déjà fait l’expérience par le passé. Ceci témoigne, en conséquence, d’un éclectisme affirmé de la part de Skarra Mucci et qu’il mérite bien son titre de Dancehall President.

TRACKLIST

1 Sound Killer 
2 Number One 
3 Turn It Up Loud
4 Handz Ina Di Air
5 Sunlight ft Beenie Man
6 Show Time 
7 Dancehall President 
8 Higher than High ft Mandinka
9 Mr Walker
10 Original ft Mandinka
11 Raggamuffin School ft Yaniss Odua
12 It’s for Real ft Horace Andy
13 Somebody New 
14 The Song ft Willy William
15 It Wasn’t I

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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