The Aggrolites – New Morning – 25/05

Sur la page Facebook évènement du concert, The Aggrolites s’autoproclament « boss du early reggae »… Difficile de rétorquer à ces américains natifs de L.A, que le titre devrait en théorie revenir à un groupe jamaïcain. Les doses massives de soul et de rock qu’ils injectent depuis 2002 à leur « dirty reggae », les autorisent pourtant et en toute légitimité, à se prétendre les héritiers des compos sixties de Studio One.
Une boucle bien bouclée qui ne doit pas faire oublier que The Aggrolites, c’est aussi une tuerie sur scène. Ils ont mis le feu au New Morning comme à chacune de leurs tournées annuelles en Europe !

The Aggrolites - New Morning 25/05 © Stof/boosteleson.com
En tant que temple parisien des musiques noires, le New  Morning est de fait, un haut lieu de la reggae music. Les rastamen qui squattent de façon permanente les abords du studio de répet voisin, ne semblent pas trop s’émouvoir de la venue des californiens. Peut-être puristes dans l’âme, ils semblent préférer ressasser entre eux LE moment de leur vie lorsqu’ils ont vu BOB sur scène et certains d’entre eux, plus imaginatifs que d’autres, clament même qu’ils ont touché, voire fumé avec leur icône… Pas trop de fils et de filles de Jah à l’intérieur non plus ; les dreadlocks se font presque aussi rares sur les têtes que lors d’un concert de Flory Pagnangnan. Par contre, profusion de chaises de part et autres de la fosse… Oui, vous avez bien lu ; en plus des canap’ vermillon qui entourent chaque mur de en fond de salle, des chaises avaient été rajoutées ce soir-là. Y a comme une erreur ; c’est du reggae roots qui nous attend, pas du jazz New Orleans à la papa… Je râle pour la forme, bien content de me ménager et m’installe au premier rang. J’en privatise d’entrée les deux chaises, pour avoir une vue imprenable et surtout pour faire pour une fois des images vidéo stables…

Lorsque le gang de L.A. investit la scène, après la p’tite heure de retard et de rigueur, c’est manifestement en terrain conquis, au vu des réactions immédiates du public. Dès le premier morceau, une bonne partie de la salle répond à l’invitation de Jesse Wagner, le guitariste et frontman, qui arbore une magnifique gapette vissée sur le crâne. « Reggae, reggae… » scande-t-il en annonçant d’entrée la couleur et tout le monde de reprendre en coeur « down the ghetto ! ». Jesse Wagner est pour beaucoup dans le succès de The Aggrolites ; son jeu de scène est résolument rock et sa voix empreinte de soul. Mais cette alchimie qui caractérise le son Aggrolites, ne serait pas possible sans l’orgue hammond de son complice Roger Rivas, autre bête de scène. Celui-ci ne joue pas de son clavier ; il lui administre un massage ultra-tonique à base de claques, de manchettes et le caresse même à rebrousse-poil. Quand Jesse Wagner se concentre sur sa guitare et lui laisse le lead, impossible de ne pas se focaliser sur son jeu épileptique et malgré tout le temps pile-poil dans le groove reggae. Il nous est tout autant impossible de ne pas brailler des alright sur « Feeling alright » de Rebelution, dès que Jesse Wagner nous le demande.

Mais que mettent-ils donc dans leur cocktail reggaesoulesque pour susciter une telle ferveur; où vont-ils chercher ces notes, quels riddims pour nous emporter de cette façon? Penchons-nous si vous le voulez bien! – pas trop tout de même, vous allez tomber – sur la question, de manière analytique. Ce retour du public est peut-être dû au savant dosage entre leurs propres compos, choisies parmi leurs quatre premiers albums et des reprises telles que « Decimal currency » de The Blenders ou « Reggae fever », standard skinhead reggae de The pioneers. Si bon nombre de ces reprises ne figurent pas sur les albums studios, pas de trace en revanche de titres issus de leur dernier opus « Rugger road ». Un choix sans doute délibéré et destiné à « coller » au contenu de leur album live qui date lui aussi de 2011 et il faut avouer que « Rugger road » est assez dépourvu de hits comme « Funky fire » ou « Free time » qui font skanker toute la fosse au New Morning comme ailleurs. 

Jeffrey Roffredo, le bassiste francophile joue le linguistique du groupe, notamment avec une dénommée Julie qui montera danser par deux fois sur scène sous le prétexte fallacieux d’un anniversaire… Ricky Chacon, à la guitare rythmique est plus placide que Bryan Dixon son prédécesseur qui bondissait en permanence, mais est tout aussi efficace. Quant à Alex McKenzie aux drums, il assure imperturbable le beat ternaire. Le groupe s’octroie un break durant lequel, deux mômes viennent admirer le Hammond de Rivas, puis s’installent derrière le piano en fond de salle pour suivre avec acuité les morceaux diffusés en fond musical. A leur retour, The Aggrolites invitent sur scène un de leurs condisciples de L.A. Dre Gipson. Ils se mettent au service de leur guest, comme au temps où ils officiaient en tant que backing band de Prince Buster.

Quand vient le temps du rappel, Jesse Wagner revient seul dans un premier temps sur scène pour interpréter « Night doctor » de Jackie Mitoo, un classique de Studio One Coxsone. On perçoit encore plus la puissance de sa voix éraillée, plus proche du blues que du reggae, qui donne cette couleur si particulière aux morceaux de The Aggrolites. Après « Banana » leur hit pour enfants et le bien nommé et sismique « Volcano », le gang ne peut que nous balancer « Rudy » l’hymne des rude boys… Et c’est reparti pour une envolée de ooh ooh après chaque « stop you’re messing around« . Inutile de préciser que tous et toutes continuent de plus bel pour le final ; « Don’t let me down » cette superbe cover des Beatles feraient bouger même des culs-de-jatte amateurs de Flory Pagnangnan !

Sur la setlist que je récupère scotchée sur l’hammond de Roger Rivas, il est écrit « encore » en lieu et place de rappel. Je ne suis certainement pas le seul à en vouloir encore de ma dose de dirty reggae… Un seul et unique regret ; ne pas avoir écouter leur titre « AGGRO » pour me casser la voix en braillant A ! G ! G ! R ! O !!!!!

Setlist
Reggae summertime
Mr Misery
You got 5
Funky fire
Free time
Time to get tough – Ismael Mcnuff
Decimal currency – The Blenders
Feeling alright – Rebelution 
Love isn’t love
Hot stop
Jimmy jack
Work to do
Some day
Barefoot brigade – Winston Wright & The Crystalites
Once upon a time – Delroy Wilson 
The Liquidator – Harry J All stars 
Reggae fever – The pioneers 
Country man fiddle
Dirty reggae

Rappel
Night doctor – Jackie Mitoo 
Banana 
The volcano
Rudy
Don’t let me down – The Beatles 

Merci à Stof/boosteleson.com pour la photo 



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