Groundation – Building an Ark

Pour ceux qui, à l’évocation de Harrison Stafford, pensent ‘Professor’ (album solo Madness), ou encore Rockamovya (projet avec Leroy « Horsemouth » Wallace et Will Bernard), laissez moi vous ramener quelques années en arrière et vous replonger dans les entrailles de la genèse de Groundation.

Comme dans tout conte de fée, cela se passa il y a fort longtemps (1998), dans une contré fort lointaine (Université de Sonoma Californie)… Trois jeunes artistes étudiant le jazz, [Harrison Stafford (guitariste et chanteur), Marcus Urani (claviers, mélodica) et Ryan Newman (basse)] se lient d’amitié et s’attellent à un projet musical commun : Groundation.

Cette influence jazz sera la marque de fabrique de nos trois mousquetaires dreadeux, colorant leurs futures créations de cette touche inimitable mêlant roots et progressif, ce qui en fera un des groupes phare du reggae de la décennie à venir. En effet, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants : 1999 – Young Tree 2001 – Each One Teach One 2002 – Hebron Gate 2003 – Dragon War (remixs Dub de l’album Hebron Gate) 2004 – We Free Again 2006 – Dub Wars (remixs Dub des albums Hebron Gate et We free again) 2006 – Upon the Bridge 2009 – Here I Am 2011 – The Gathering of the Elders (2002-2009) (Compilation) 2011 – We Dub Again (remixs Dub de l’album We Free Again). Ces nombreuses progénitures combleront les fans jusqu’à notre ère, et c’est en ce mois de mars que le prolixe barbichu et ses complices, nous apprennent l’heureuse nouvelle : ils accoucheront en ce mois de mars, sous la bienveillante maïeutique du label Soulbeats Records, de leur nouvel album: Building An Ark.

L’album ne connait pas cette fois l’intervention d’invités prestigieux comme les précédents du cru. Point d inquiétude toutefois, car cela offre ainsi aux artistes un champ d expression propre à prodiguer un reggae teinté de groove, de soul, de dub et de ska à la sauce jazzy. Après Noah, Harrison Stafford s’attaque donc à la construction de son Arche, n’oubliant pas d’y convier tous les représentant du règne musical. Il entame ainsi les fondations de l album par une intro voie/piano à mille lieux de tout son roots pour glisser peu à peu vers des registres plus reggae mais toujours protéiformes. Fort de ce ciment créatif, HS va déchainer sa palette sonore pour créer les dimensions et espaces où résonnera sa prêche : lumière, vibration et sens. « Humility » nous offre un travail se référant au ska, mais dont le sillon reggae est solide. Chaque note se fond dans un tout lisse : guitare « emplissante », coups de poing mordorés du cor, orgue moelleux, basse charnelle et mélodique. Le morceau met aussi l’accent sur la réciprocité vocale entre la finesse des chants de Stafford et les voix féminines et chaudes de Kim Pommel et Kerry-Ann Morgan sur les paroles < No one sees that you’re riding places But every now and then you come to study their faces When one looks into the system of man We are ruled by the knife and we are fooled by the pen Oh, lift up your eyes and see Your humility >. Ces dernières se taillent d’ailleurs la part du lion (ou plutôt des lionnes), dans les titres « Payaka Way »,  » Wo Is Gonna  » ou  » Keep It Up ». Ces éclats vocaux trouvent leur alter égo instrumental dans les nombreux solos groovies de Marcus Urani au clavier et le numéro de Mr David Chanere à la trompette sur « Keep It Up « , qui incarne la quintessence alchimique entre jazz et reggae !

Pakaya Way

Singularité du « Payaka Way », Harrison Stafford, toujours prompt aux vocalises alambiquées, achève ce titre qui dénonce la barbarie du système dans lequel nous vivons, en sanglotant (« Payaka »  se traduisant tel ‘païen’ ou ‘sauvage’ en patois jamaïcain). Et que dire de ce mysticisme poétique, filtrant de chaque note, à l’image du magnifique solo guitaristique du morceau « Daniel », narrant les très hébraïques pérégrinations de ce prophète déporté à Babylone alors qu’il n’était qu’un enfant. C’est armé de sa voix et soutenu par une guitare acoustique et un piano qu’HS clôture son œuvre, ramenant peut être un peu trop vite à mon goût, au silence.

Je vous passerai l’analyse du fond, droite lignée des pensées de paix et d amour rastafaraï (du moins les plus ouvertes), pour conclure sur la forme (ca reste de la musique) : Ce travail sonore est bel et bien abouti, et mérite de se déguster au fond d’un bon canapé, à la lumière tamisée de vos paupières mi-closes ne laissant filtrer qu’une douce et bienfaisante sensation d’hypnose. Embarquez dans l’Arche et laissez vous dériver vers des destinations inconnues. 

Chronique by YESMAN

Tracklist
01 Building an Ark
02 Humility
03 Be that way
04 Payaka way
05 Merry go round
06 The dreamer
07 Who is Gonna
08 Keep it up
09 Daniel
10 Sunlight Reflexion

 

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



Partagez cet article sur vos réseaux sociaux :

Ces artistes en relation peuvent aussi vous intéresser...

Advertisements