Genestival – Génelard (71) – 09.07.2016

Situé à Génelard, en Saône-et-Loire (71), sur la fameuse RCEA, le Genestival propose, depuis 2009, une programmation de qualité. De grands noms du reggae sont passés par cette ville au cours des années précédentes ; citons pêle-mêle Danakil, Israel Vibration, Rod Taylor, Raggasonic, Nuttea, etc…

Le festival est organisé par l’association Action Jeunes, qui reverse 1 euro pour chaque place vendue à son homologue Coumba Ka, une structure qui aide à la scolarisation d’enfants au Sénégal.

Le cru 2016, huitième du nom, ne proposait pas de grosses têtes d’affiche : pas de Jamaïcain, pas de groupe français sur le devant de la scène et c’était, en quelque sorte le pari de l’organisation. Offrir quelque chose d’éclectique, de différent. Et c’est le moins que l’on puisse dire !! La programmation se voulait riche, ouverte, variée et on a pu admirer quatre groupes ou artistes aux influences fort diverses : Monsieur LézardCity KayFaada Freddy et Manudigital. Et c’est tant mieux !! Le reggae ne se limite pas exclusivement au roots, il se conjugue au pluriel, que dis-je, à l’infini et c’est bien ce que le Genestival a voulu démontrer ce soir-là. Et il ne s’y est pas trompé, puisque le public (lui aussi hétérogène, puisque tous les âges étaient représentés) était bel et bien au rendez-vous, bien que la fréquentation eût été un peu moindre que les dernières éditions.

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           Christian, de l’association Coumba Ka

C’est Monsieur Lézard qui a eu l’honneur ou la lourde tâche, choisissez c’est selon, d’inaugurer ce huitième Genestival. Après être passé par une phase acoustique (grosse chronique de Au fil du temps… ici), il prépare pour 2017 un nouvel album, dans lequel il reviendra à ses premières amours musicales, à savoir le reggae pur et dur. Il était backé par le Backitive Band, backing band local composé d’anciens membres d’UFO (Unknowm Flying Orchestra), qui s’était également produit dans ce festival en 2012. Il s’agissait d’une de leurs premières dates ensemble, mais pas la dernière, puisque Monsieur Lézard  et le Backitive ont l’intention de collaborer pour la tournée de l’album en question plus haut (plus d’infos prochainement dans l’interview de Monsieur Lézard).

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Et l’association fonctionne plutôt bien, très bien même ! Le Backitive s’est d’abord présenté seul sur scène pour effectuer un medley et offrir un avant-goût du concert. Puis, a alors retenti la voix de Monsieur Lézard, bien qu’il ne fût toujours pas sur scène. Mais où se trouvait-il donc ? Parmi le public, pardi ! Et c’est en entonnant « Sans patron ni horaire » qu’il a progressivement rejoint ses collègues musiciens.

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S’ensuivit un show d’une bonne heure, à travers lequel l’on a pu se rendre compte que le chanteur possède une solide expérience du live, afin de motiver les troupes et de mettre les gens dans le bain. Alternant des adresses aux spectateurs ou des dédicaces aux massives encore accoudés au comptoir de la buvette et l’interprétation de ses titres, Monsieur Lézard apparaît comme survolté.

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Veille de finale d’Euro de football oblige, il chantera « Footage de gueule », mais aussi ses textes plus intimistes tels que « Pas d’or », « Saisons », « My youth » ou encore « Un havre de paix » sur le Black Marianne riddim que le Backitive Band se réappropriera à merveille.

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Et en tant qu’artiste conscient (je déteste l’adjectif engagé), il nous gratifiera de certains de ses classiques, à savoir « Un seul dieu », « Illegal » et surtout le fameux « Si faire de la musique est un crime » au cours duquel Amate, de l’association Coumba Ka, chantera en sa compagnie.

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                             Monsieur Lézard et Amate, de l’association Coumba Ka

De l’énergie, un très bon flow, des good vibes, bref la prestation de Monsieur Lézard aura motivé tout le monde et c’est avec énormément d’entrain que le public du Genestival se tenait prêt à accueillir City Kay.

Avec les Rennais, on change radicalement d’univers. Enfin, radicalement, pas tellement, puisque ça reste quand même du reggae. Cependant, habillé d’un enrobage électro, le son de City Kay se veut plus rockers, plus stepper.

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Le clavier, d’entrée de jeu, annonce la couleur. Il s’avance sur le bord de la scène et commence à bidouiller une tablette, reliée à ses machines, qu’il agite dans tous les sens et qui produit une texture sonore planante parsemée d’effets. D’emblée donc, la messe est dite et l’on devine aisément où City Kay veut nous faire voyager. D’autant plus que la nuit commence à tomber, ce qui ajoute un élément supplémentaire à cette ambiance vaporeuse.

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Puis, le reste du combo prend ses quartiers et s’accorde sur une instru roots à la ligne de basse hypnotique qui puise ses influences non seulement dans la tradition jamaïcaine et anglaise mais également dans la scène dub live française du tournant des années 90/2000. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Jay Ree, le chanteur a travaillé avec Zenzile quelques années plus tôt.

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Le crew était venu défendre son dernier album, Daystar (la grosse chronique ici), sorti il y a un an. En proposant de véritables extended versions, City Kay affirme, sur scène, tout le potentiel de leur maîtrise technique. La paire rythmique, et en particulier le batteur, qui joue parfois debout, n’a rien à envier au reggae anglais. On a pu en avoir une magnifique illustration avec « Sweet night » qui débute en one drop et qui évolue en stepper dans le seconde partie du morceau, à la lisière du dub. En effet, de nombreuses parties instrumentales, agrémentées de reverb sur la voix du chanteur, ponctuent les tunes du groupe, qui se révèlent assez dancefloor, à la plus grande joie des festivaliers.

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Les titres phares de Daystar ont résonné au Genestival : « Sail on », « Police », avec les chœurs des guitaristes, le désormais célèbre et très aérien « Struck you ». Avec ce dernier, on se rend compte, ainsi que nous le confiait un peu plus tard Jay Ree (l’interview arrivera bientôt), va aussi chercher des inspirations du côté de la pop expérimentale de James Blake.

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Et lorsqu’arrivera « Rockerstyle », dont la durée dépassera largement les 10 minutes, c’est tout le Genestival qui sera conquis. A notre grande surprise, ce n’est pas simplement du rockers, comme son nom l’indique, que City Kay nous propose avec cette tune, mais bien plus. Car quand le guitariste lead se met sur le devant de la scène pour introduire une partie…disco, on ne peut que souscrire. Beat seventies, plages de claviers à la Jamiroquai (encore des Anglais ??!!), bref tout y était.
De quoi faire taire les critiques des éternels râleurs qui se plaignent sans arrêt de la programmation des festivals : « Tu te rends compte Jean-René, les Eurocks, ce n’est plus ce que c’était, maintenant ils font venir Cypress Hill ou Paul Kalkbrenner. Et puis le Reggae Sun Ska, cette année ils programment les Ludwig et Big Flo et Oli, nan mais on nage en plein délire, quoi !!« .

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En tout cas, City Kay et les organisateurs du Genestival ont prouvé qu’on peut s’éloigner des sentiers battus du reggae avec succès et satisfaire le public.

Et ce n’était pas fini, puisque c’est Faada Freddy qui a pris le relais. Alors là, pour le coup, ce n’était pas, mais alors vraiment pas du reggae. Mais peu importe.

Je dois bien avouer que je découvrais ce soir-là l’univers du Sénégalais et j’étais curieux d’en apprendre un peu plus. Son style musical est qualifié de soul, voire de gospel, mais ce serait aller un peu trop vite en besogne que de le compartimenter dans ces genres.

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Déjà, première surprise, aucun instrument n’est présent sur scène ; seuls des micros y trônent. On peut donc s’attendre à écouter des morceaux a capella mais là aussi les apparences peuvent être trompeuses. En effet, Faada Freddy et ses choristes, au nombre de cinq, pratiquent le beatbox et autres percussions corporelles avec brio. Et le résultat est probant ; on se replonge aisément dans l’âge d’or de la soul. Le show est très bien rodé.

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Porté par la voix magnifique de son leader, qui se balance entre le grave et des intonations plus aiguës, le combo a enchanté le public. Je crois que je n’en reviens toujours pas du son que peut produire la voix de basse du crew. Et encore plus incroyable, malgré le petit nombre des choristes, il semblait pourtant qu’une chorale de 40 personnes était présente sur la scène. Mais non, et c’est là la force de ce show. 
Malheureusement, ne connaissant pas les titres de Faada Freddy, je ne me limiterai qu’à vous parler des reprises et autres réadapatations qu’il a pu exécuter.

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Entre le « We will rock you » et « Misirlou » plus connu comme étant le thème musical de Pulp Fiction, Faada Freddy puise dans les classiques. Du rock, donc, mais également du hip-hop, de la…techno (« ah, tu vois Jean-René, quand je te dis les festivals se sont fourvoyés) et, bien évidemment, du reggae. C’est au rythme de « No woman, no cry », que le public a repris en chœur, que Faada Freddy et sa troupe ont débuté le rappel.

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Pour finir, après avoir salué le public, le Sénégalais adressera une petite dédicace à l’association Coumba Ka.

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Finalement, c’est Manudigital qui a clôturé cette huitième édition du Genestival pour un final tout en apothéose. Le beatmaker s’est présenté avec tout son attirail de machines, ses claviers, ses MPC, sa basse, etc, etc… et son écran vidéo.

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Après l’avoir vu en mars dernier à La Cigale (live report ici), c’était donc la deuxième fois que j’assistais à un de ses concerts en quelques mois, mais c’est toujours un régal que de skanker sur les tunes de Manudigital. Et je pense que les festivaliers ne me contrediront pas. Il suffisait d’observer à quel point le public était chaud bouillant, en dépit (ou plutôt en raison) de l’heure (1h du matin) et du départ des premiers spectateurs.

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Accompagné, comme à l’accoutumée sur cette tournée, de son fidèle lieutenant Bazil, qui officie en tant que MC, Manudigital est venu jouer son Digital Pixel, paru en début d’année (la grosse chronique ici).

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Les sub bass sont toujours aussi affûtées et les skanks toujours aussi pointus et remuants. Remuant, Manudigital l’est tout autant, sans cesse entrain de bouger, de s’éclater, de se déhancher derrière ses instruments (oh pardon, j’avais oublié que pour Jean-René, une MPC n’est pas un vrai instrument ; si d’ailleurs un Jean-René lit ces lignes, j’aimerais qu’il m’explique, mais aussi au public du Genestival et à tous les massives qui kiffent le reggae digital ce qu’est un « vrai instrument ») et de se…recoiffer.

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Majoritairement seul, à part quand Bazil vient l’épauler de son flow jamaïcain, Manudigital sait pourtant occuper la totalité de l’espace scénique qui, pour triturer sa MPC d’un côté du devant de la scène, qui, pour pianoter sur son clavier de l’autre, qui, pour se saisir de sa basse ou de son clavier bandoulière.

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Et c’est sans compter sur le feat. virtuel incarné par Joseph Cotton qui assure quelques transitions via l’écran vidéo. Le même Joseph Cotton que l’on retrouve aux côtés de King Kong dans le clip de « Manudigital Affair » et qui clame un « Paris we deh a dance to the reggae » qui se métamorphose ici en « Génelard we deh a dance to the reggae« .

Bon, et où avais-tu caché ton Casio MT-40, Manu ? Vous savez le clavier qui a révolutionné le reggae en Jamaïque en 1985 avec King Jammy et sur lequel Manudigital joue ses Digital Session. Dévoilant peu à peu en ce moment les dernières vidéos enregistrées en Jamaïque, c’est à une Génelard Digital Session à laquelle on a pu assister. Le beatmaker s’est ainsi saisi de son instrument fétiche et Bazil a posé sa voix sur le riddim de Manudigital pour un petit freestyle bien sympathique.

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Et avant de faire ses adieux au public, Manudigital a demandé à quelques bénévoles de venir le rejoindre sur scène.

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Je tiens à remercier et à adresser un immense BIG UP à l’ensemble de l’équipe du Genestival pour son accueil, ses positive vibes, son amour de la musique sous toutes ses formes et son organisation au top.

Un gros BIG UP également à tous les artistes venus jouer ce soir-là.

Longue vie au Genestival !!

Crédit photos : Frédo Mat. BIG UP à toi aussi Frédo.



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