Interview de Flavia Coelho

Nous commençons aujourd’hui la retranscription de notre série d’entretiens menés au No Logo Festival qui s’est déroulé dans le Jura à Fraisans du 12 au 14 août derniers (voir notre report ici). Vous pourrez en lire une petite dizaine au cours des jours à venir.

C’est Flavia Coelho que nous avons eu l’honneur d’interviewer en premier. Quelques heures avant de monter sur scène, nous avons évoqué ensemble son style bossa muffin, ses collaborations avec d’autres artistes et l’exceptionnelle richesse musicale du Brésil.

Bonjour Flavia Coelho, merci de nous recevoir au nom de La Grosse Radio. Peux-tu te présenter ?

Bom dia !! Je m’appelle Flavia Coelho, je suis née à Rio de Janeiro au Brésil dans les années quatre-vingt. Je suis chanteuse, j’ai commencé la musique à l’âge de 14 ans. J’ai fait plusieurs genres de musique (traditionnelle brésilienne et puis plus internationale) jusqu’à ce que je décide de venir en France en 2006 pour débuter l’aventure de mon premier album qui est sorti quelques années après [Bossa muffin en 2011, NDLR]. Bientôt arrivera mon troisième opus et ce soir je suis au No Logo.

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Tu es l’instigatrice d’un nouveau genre, le bossa muffin. Peux-tu nous en dire un peu plus ?

Alors c’est un nom qu’on a créé comme ça en rigolant. On a fait le tour des maisons de disques et les producteurs étaient habitués à voir des chanteuses brésiliennes qui jouaient uniquement de la bossa ou uniquement de la samba. Nous sommes arrivés avec un album qui contenait du reggae, du ragga, du hip-hop, de la bossa et ils n’ont rien compris !! Bossa muffin, c’est donc le mélange de toute la musique traditionnelle brésilienne avec d’autres styles venant d’ailleurs, qui sont pourtant déjà pratiqués depuis longtemps au Brésil, cependant les producteurs ne le savent pas forcément.

Comment es-tu venue au reggae ?

J’ai découvert le reggae à 9 ans lorsque je suis partie à São Luís do Maranhão dans le Nordeste qui est considérée comme le deuxième capitale du reggae après Kingston, ce n’est pas moi qui le dis mais Jimmy Cliff !! Pour la petite histoire de cette ville, dans les années soixante-dix, on trouvait des antennes radios qui captaient les sons qui provenaient de Jamaïque. Les gens ont donc commencé à écouter beaucoup de reggae et à créer des sound system qu’on appelle des radioles et qui voyagent dans les villages pour ne diffuser que du vieux roots. J’ai découvert cela alors que je me trouvais à l’époque dans une petite localité presque rasta avec ma mère. J’ai vécu pendant trois ans là-bas au rythme des radioles. Le reggae fait donc partie intégrante de ma vie.

Dans quel contexte es-tu arrivée en France ?

Tout d’abord, c’était très important pour moi de vivre en Europe afin de mieux comprendre ce qui a fait le Brésil, sachant qu’une bonne partie de l’immigration brésilienne provient du Vieux Continent.
Deuxième chose, la plupart de mes idoles, que ce soit en peinture, écriture, musique, est venue en France, et plus particulièrement à Paris pour composer ou écrire.
Je voulais donc faire le lien entre ces deux aspects et un cousin qui était en France depuis des années m’a accueilli. En fait, ce qui m’attirait surtout, c’était de grandir et d’apprendre de nouvelles choses.

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On retrouve beaucoup de collaborations sur ton dernier album, avec des artistes issus d’horizons très différents (Fixi, Tony Allen, etc…). Comment ces feat. ont-ils vu le jour ?

L’album s’appelle Mundo Meu, ce qui signifie Mon monde à moi, et mon monde il est rempli de gens. Les featurings se sont fait au fur et à mesure de l’écriture des morceaux. Avec Fixi, on se connaît via des copains, on est devenus très potes et on travaillait ensemble sur un de ses projets, Ultra bal.
En ce qui concerne Tony Allen, j’ai eu la chance de le croiser plusieurs fois sur des concerts et il est venu régulièrement au studio de mon producteur. J’ai fait un morceau afrobeat, « People Dansa » qu’il a beaucoup apprécié et sur lequel on le retrouve.
Pour Patrice, je suis très fan de lui, c’est devenu pour moi comme un parrain à Paris ; à chaque fois qu’il faisait des concerts, il m’invitait sur scène. Il m’a également présenté énormément de monde. Lorsque j’ai écrit « Espero Voce », j’ai donc pensé tout naturellement à lui.
La vibe de l’album, c’était donc la rencontre avec d’autres personnes, c’est cela qui était important pour moi.

Le Brésil est très riche musicalement. Je pense à Joao Gilberto, et tout particulièrement à l’album qu’il a fait avec Stan Getz, mais aussi à Max Cavalera, le chanteur de Sepultura…

…Ah tu écoutes du métal. Tu es sûr que tu ne t’es pas trompé de festival ? (rires)

Oui, l’année prochaine je couvrirai le Hellfest !! Mais Max Cavalera est aussi surnommé le « Bob Marley du métal ». Et enfin, je pense à Elisa do Brasil, sans oublier toi, bien sûr ! Comment expliques-tu ce foisonnement artistique et surtout le rayonnement musical du Brésil dans le monde entier ?

Déjà, merci de me cataloguer parmi les plus grands, la classe ! En fait, nous sommes un pays de 200 millions de personnes, on est très jeunes et les gens connaissent encore à peine la musique que l’on faisait dans les années cinquante, la bossa nova, et celle des années trente, la samba. Et il y a encore la pagode, le forro. Mais le Brésil, ce n’est pas que ça : à Sao Paulo, par exemple, les gens écoutent beaucoup de hip-hop, à Rio, mis à part la samba et la samba, on trouve également beaucoup de baile funk. Le Brésil est un pays immense et en fait, tu peux vendre un million d’albums juste dans une région ! C’est ça la force du pays. Tu viens de parler de Max Cavalera ; Sepultura, c’est un des plus grands groupes de métal au monde. Elisa do Brasil a montré que les Brésiliens étaient capables de jouer de la drum & bass. On a aussi énormément d’artistes reggae, et le Brésil est en quelque sorte un passage obligé pour les Jamaïcains. D’ailleurs, Gilberto Gil, qui est là depuis des années, a produit beaucoup de choses dans des styles différents, lounge, rock, et même reggae, puisqu’il a sorti un album hommage à Bob Marley.

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Petite question d’actualité brûlante : tu es en feat. sur l’album de Manudigital qui est également présent au No Logo ce soir. Vas-tu monter sur scène avec lui ?

(rires) Je ne sais pas, il vient d’arriver. Il faut déjà que j’aille le saluer. Mais peut-être, tout est possible…

On te retrouve aussi sur le dernier album de Papa Style. As-tu participé à d’autres productions ?

Oui, je chante avec quelques artistes sur le morceau « World of reggae music » sur la mixtape de Baco Records, Baco Tape. Les gars de Danakil sont adorables, on a un super feeling.

Tu reviens du Brésil avec tes musiciens. En ce moment même, les médias du monde entier ont les yeux braqués sur les Jeux Olympiques de Rio. Comment s’est passé ce séjour ?

C’est la deuxième fois que nous sommes invités par le Club France pour des concerts et c’était pour moi une première de jouer dans mon pays avec mon projet. Il y avait une tonne de Brésiliens et bien évidemment tout le public français qui est parti aux J.O. J’ai pu checker les sportifs, j’ai fait ma photo avec Teddy Riner (rires).
Mais j’ai surtout vu ma ville, qui, depuis sa naissance, connaissait beaucoup de problèmes. Maintenant, je vois les cariocas [nom des habitants de Rio de Janeiro, NDLR] heureux. Les cariocas ne voulaient pas des Jeux à la base. Ils sont pourtant arrivés et ils ont fait avec. La ville a vraiment fait ce qu’il fallait, dont les cariocas, je tiens à le dire, afin que tout se passe bien. Je suis très heureuse de tout cela et je souhaite que ça continue. J’espère que les gens qui n’ont pas nécessairement accès au sport puissent profiter des infrastructures créées pour l’occasion.

Qu’as-tu à dire sur le No Logo, qui est un festival atypique et qui fonctionne sans aucun sponsor ?

C’est la quatrième édition, ça fait quatre ans que je sors des albums, ça fait donc quatre ans que j’ai envie de venir au No Logo (rires). Je crois que ça dit tout (rires).

Un dernier mot pour La Grosse Radio ?

Qu’elle devienne encore plus big !! 

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Crédit photos : Frédo Mat



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