Michael Franti – La Maroquinerie – 30/10/16

Une fois n’est pas coutume, commençons cette chronique par un mea culpa, exercice certes un rien nombriliste, voire même carrément à haut potentiel « chiatique ». Alors autant s’en débarrasser dès le début, pour vous permettre de lire sereinement ce live report… Lorsque les collègues de la maison reggae-d’à-côté m’ont proposé de couvrir ce concert en comptant sur mon exceptionnelle ouverture musicale – pour un rocker garage / pop s’entend – je n’étais que moyennement convaincu au vu des vidéos live de festivals et des morceaux du sus-nommé Michael Franti. Même si son éclectisme musical et ses engagements qui semblent plus que sincères, avaient particulièrement résonné chez moi… Honte à moi donc ; parmi la bonne cinquantaine de concerts à la Maroq’, ce fut sinon le plus intense musicalement, du moins le plus fort en termes de communion artiste / public. Hey les fils et les filles de Jah, si je vous dis que ce concert regorgeait de goods vibes, ça va peut-être vous paraître cliché… Mais au risque de vous faire la leçon, je vous dirais que vous avez raté là un pur moment de bonheur partagé !

Michael Franti - La Maroquinerie - Crédits photo Eva Lebrie

Crédits photo Eva Brie


Alors que j’attrape avec vigueur la porte de la salle, le sincère « Sorry bro » que m’adresse un mec qui en sortait, aurait déjà du me glisser la puce à l’oreille quant à l’atmosphère générale de la soirée à venir. Ethan Tucker avait déjà commencé son set, tout seul, pieds nus avec sa guitare, devant un public clairsemé, sagement assis sur les marches entourant la fosse. Des jeunes et de beaucoup moins jeunes en couples, qui écoutaient avec bienveillance ce protégé de Michael Franti, originaire de Washington D.C. Lequel nous explique à quel point il a été heureux de faire cette tournée européenne dont c’était la dernière ce soir-là, et aussi de rentrer chez lui… Et il nous le prouve en chantant le titre approprié « Coming home ». L’intro du titre qui suit – « Misunderstood » qui donne son nom à son premier album -, lui permet de démontrer son aisance certaine, tant instrumentale – un jeu alternant différents rythmes avec bonheur – que vocale. Le garçon a un sacré coffre ! « Cool kids » finit enfin par susiciter un vrai intérêt de certains membres du public qui le rejoignent devant la scène, tandis que d’autres, toujours assis mais attentifs rappellent à l’ordre par des chuts outragés, des américains un peu bruyants… Gageons que si Ethan Tucker était descendu dans la fosse pour jouer le blues bien nerveux avec lequel il termine son set, tout le monde se serait levé et aurait dansé avec lui. Ceci étant, il fut applaudi chaleureusement et ce type d’exercice, j’allais le découvrir par la suite, est l’apanage de son mentor sur scène…

Un bon groove reggae sort des enceintes au cas nous aurions des doutes sur la marchandise à venir côté groove. Cette incitation à ne pas s’endormir pendant cette pause musicale est bien captée par une jeune femme qui commence par lancer de timides « Michaël ! ». J’ai droit à un beau sourire mi-gêné, mi-complice lorsqu’elle constate que je l’ai entendu mais elle m’oublie bien vite en enlaçant ses trois copines et se met à bouger à l’unisson avec elles. Les trois tabourets de bars alignés sur la scène, la collection de guitares électro-acoustiques qui décoraient le fond, l’absence de batterie… Autant d’indices qui m’incitaient à penser que ce « first-ever acoustic tour » serait certes intéressant, mais peut-être un peu plan-plan. En fait de duo comme annoncé, Michael Franti entre sur scène avec Jay Bowman qui prend la seule guitare électrique du lot et Carl Young – son vieux complice de plus de vingt piges – qui empoigne lui sa basse. Tous trois se juchent sur leurs tabourets et entament « Oh my god », un vieux titre de 2001 plutôt folk. Michael Franti balance avec précision des coups de grosse caisse de son pied nu, pointure 48 fillette pour le moins… L’absence de batteur se fait de suite moins problématique, premier bon point… Même si son jeu de guitariste demeure très subtil et épaule avec efficacité le frontman, Jay Bowman envoie valser son tabouret dès « Yell on fire », donnant le top départ au public pour se déchaîner et reprendre en choeurs. Tandis qu’il nous rejoint et s’en paye une bonne tranche juché sur le dos d’un roadie, Emilie une groupie française monte sur scène sur « I got love for you » et s’offre elle son quart d’heure de gloire.

Après un « East west » plutôt cool, Michael Franti tombe le chapeau, empoigne le mike et passe aux choses sérieuses. Il se livre à son tour au bain de foule et on sent d’entrée qu’il n’est pas à son premier coup d’essai… Et le voilà parti à faire de gros hugg à tout le monde tout en chantant « Summertime » (sa version à lui, rien à voir avec le standard) ! Il embrasse avec ferveur le ventre rond d’une future mère et dans la foulée le père. Avec « We are all earthlings », Michael Franti récupère sa guitare et se met à jouer comme dans un feu de camp de boy scouts hippies. Il tourne sur lui-même tout en jouant afin de voir chacun et réciproquement. Sa haute silhouette se distingue sans peine parmi toutes celles et ceux qui l’entourent et qui arborent la banane de rigueur. Porté par ses deux complices, il accèlere le rythme et transforme la Maroq’ en véritable dancefloor ! Puis, histoire de calmer le jeu et de rappeler avec force ses engagements, il regagne la scène pour « Bomb the world ». Comme pour prouver que la profonde humanité qu’il dégage est bien réelle et avant tout personnelle, il invite sa femme Tara sur « Life is better with you« . Sans commentaires… Avec un tel don de soi, personne n’ose refuser son invitation très peace et love à former des cercles entre nous, puis d’en constituer un seul et unique ; nous sommes tous sous le charme. Et Michael Franti d’enfoncer le clou en dédiant « Enjoy every second » à son fils, parti du cocon familial et à toutes celles et ceux qui nous manqueront… 

Lorsque Ethan Tucker le rejoint pour une version endiablée de « Let it go », Michael Franti se fend d’un coup de chapeau à sa voix exceptionnelle, dont le jeune homme donne une nouvelle preuve. Toujours généreux, il invite un autre fan sur scène qui s’amuse comme un fou à reprendre les oh-oh-oh de « I’m alive » tandis que Jay Bowman s’offre à nouveau un p’tit tour parmi le public. Après un nouveau message appelant à la tolérance, il enchaîne sur « Once a day », balade intimiste et radieuse qui s’emballe vite…Pour « Say hey (I love you) » le tube pour lequel il est connu, c’est au tour des kids présents dans la salle d’avoir les honneurs de la scène et franchement, c’est touchant sans être cul-cul… Michael Franti ne pouvait terminer son set sans se frotter à son public et c’est dans la fosse qu’il conclut avec un « My lord » digne du meilleur des gospel ! Je finis bras dessus, bras dessous avec une grande américaine blonde de la team, à brailler comme tout le monde, un « Imagine » de rigueur et que les musiciens reprennent eux aussi avec délice. Lorsque je me décide à partir, Michael Franti se prête au jeu des selfies et autres photos, embrassant toutes et tous le sourire aux lèvres, pas éssouflé pour deux sous par les deux heures de concert. Quelle santé pour un cinquantenaire, serait-ce la zik peace and love qui conserve finalement et non le rock n’roll… Juste derrière la porte que j’avais poussé pour rentrer, je tombe sur Tara qui m’adresse un sourire lumineux, empreint de bonheur et de fierté. La boucle était bouclée… Thank you Mister Franti, je suis rarement sorti d’un concert tout à la fois apaisé et heureux !



Partagez cet article sur vos réseaux sociaux :
Advertisements