Mahom – Fell In

Les Mahom font partie de cette nouvelle génération de producteurs dub en France qui font évoluer le genre créé par King Tubby vers des contrées plus electro qu’à l’accoutumée. Parmi cette mouvance, on retrouve Tetra Hydro K, Panda Dub, Ackboo ; tous sont influencés par des textures différentes, mais ils se fédèrent artistiquement pour aboutir à un son qui apporte quelque chose de neuf au dub. La rythmique reste bien souvent stepper, mais c’est surtout ce qui enrobe mélodiquement les morceaux qui fait preuve de modernité ou même de…recul dans le temps. Faire du neuf avec de l’ancien en somme.

On a encore en mémoire le terrible Invincible d’Ackboo mais aussi le Labotomie de Tetra Hydro K sortis l’année dernière dont les aspirations electro, voire techno, semblent évidentes. Et puisque cette chronique concerne Mahom, on ne peut s’empêcher de vous faire réécouter ici ce remix de « Deep in your », issu de The Skankin’ Cat, par Tetra Hydro K (crew qui ne vient clairement pas du dub ou du reggae, mais plus de la free party), qui illustre brillamment la tournure très electro que les live machine dubbers français sont en train de prendre.

Et si The Skankin’ Cat, l’album précédent des Mahom, nous avait paru un peu trop « classique » malgré une production rigoureuse et une grosse influence de Vibronics, leur nouvel opus, Fell In, qui est sorti le 6 février chez ODGProd, se démarque légèrement de son prédécesseur. L’ambiance est nettement plus froide sur ce Fell In : le chat ne skanke plus, il est devenu incontrôlable et sauvage. En effet, à l’écoute de certains morceaux on a plus l’impression de se retrouver dans une soirée techno ou house. On se demandait d’ailleurs dans notre chronique de l’album de remixes d’Invincible d’Ackboo quand est-ce que le Toulousain deviendrait résident au Rex. On réitère la question avec les Mahom. Même si leur Fell In ne va pas aussi loin que l’opus d’Ackboo, on ne peut que saluer la performance du duo pour ouvrir un peu plus (nos oreilles mais aussi le public du dub) à quelques références moins usuelles.

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La scène dub live française avait été pionnière en la matière il y a déjà une vingtaine d’années, les mythiques Hydrophonic de Kaly Live Dub, Live Act Outernational d’Improvisators Dub ou Opus Incertum et Bass Temperature d’High Tone (sans oublier le « Enter the Dragon » du Live qui prend clairement la direction de la hardtek) étaient aussi bien écoutés par des teufeurs que par des reggaemen. Et à la même époque, Laurent Garnier (« Theme From Larry’s Dub » sur le mythique 30) et St Germain (« The Dub Experience », quand il ne reprenait pas le « Stalag » riddim sur « La Goutte d’or ») faisaient du dub sur leurs albums ! Et on vient de me signaler dans l’oreillette que l’auteur génial de « Crispy Bacon » vient de publier sur Soundcloud un mix qu’il joue sur un média concurrent incluant un son des Mungo’s Hi Fi. Les interactions entre dub et musiques électroniques ont donc toujours existé, elles ont peut-être reculé ces derniers temps, mais elles restent vivaces.

Par conséquent, ce sont les titres qui sonnent le moins dub qui nous auront le plus interpellés.

Et ça commence en beauté avec le digital « Bass for Peace ». Tout est dit dans le titre ; malgré une basse importante, l’instru se révèle finalement assez chill, comme pour préparer le terrain au dub/trip-hop de « The Big Empty » avec le flow lancinant spoken dub de Lisoun et sur lequel les synthés dance commencent à faire leur apparition. Synthés que l’on retrouve sur le track suivant « Chat sauvage » : là, c’est clair comme de l’eau de roche, ce n’est plus du tout du dub. Back to the 90’s et sa techno dark garnie de samples graves. Il règne également une ambiance techno au milieu du titre « FL a sh », pris en tenaille entre un beat stepper digital à la Dub Invaders ou à la O.B.F.

On sent aussi que les Mahom ont essayé de s’affranchir des codes habituels du stepper sur « Nine Lives » en feat. avec Lisoun ou encore « Time to ». Et puisque l’on parlait de Laurent Garnier plus haut, on ne peut s’empêcher de penser à lui, lorsque, sur « Time to » justement, les dubbers ont samplé un « Wake up » sorti d’on ne sait où mais complètement étranger au dub et qui fait écho au terrible « Wake up » du DJ. Même si les lignes de basse restent d’inspiration dub et jamaïcaine, la mélodie proviendrait plus de Detroit, de Chicago ou de Berlin, surtout sur la fin du morceau.

A contrario et bizarrement, ce sont les titres qui comportent le mot « dub » que l’on aura trouvés les moins originaux, malgré leur évidente efficacité : « Dub in Faluja », « Jalikeolu-Part Dub » et « The Dub Boat » avec Spelim et Thomas Kahn. Ce n’est pas que nous n’aimons pas ces tunes, mais ils contredisent l’esprit même de ce Fell In qui était, selon nous, d’explorer de nouvelles voies à suivre. 

Quelques titres plus sweet (le relaxant « Soul Fire » avec Art-X et l’envoûtant « Land of souls ») permettent de nous détendre au beau milieu de cette déferlante riche en bpm hargneux.

Quant à la dernière piste de l’album, « Spiritual thing », on approuve à 100 % avec son beat et ses synthés house/techno sur lesquels se greffe habilement un skank très approprié. Deux samples révélent parfaitement l’esprit de ce morceau : celui d’un bruit de porte qui s’ouvre et un « house music« . A croire que les Mahom nous invitent à pénétrer dans cet univers fait de house et de dub. Hé bien, on les suit sans hésiter !

On espère simplement que ce « Spiritual thing » annonce un futur album des Mahom encore plus ambitieux en termes d’expérimentation et de conciliation des musiques électroniques et du dub. On les sait capables de le faire, mais on a l’impression que quelque chose les retient, peut-être la volonté de ne pas froisser les puristes…



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