Atili Bandalero – Cityscape

Il faut croire qu'Atili Bandalero ne tient pas en place et qu'il enchaîne productions sur productions. Tout juste un an après avoir sorti l'excellent Bridge Over Troubled Dreams (la grosse chronique ici), le voilà qu'il revient avec un nouvel album, Cityscape, à paraître le 20 mars prochain chez Brigante Records et Echo Productions.

Mais pendant ce laps de temps somme toute assez court, Atili Bandalero ne sera pas resté non plus inactif, puisqu'il a également à son crédit quelques mixtapes dont la RSPCT MXTP qui reprend les lyrics old school de Big Red et surtout l'excellente AntiGravity Mxtp, très Brigante, dans laquelle on pouvait écouter quelques titres du Vapor du même Big Red et qui annonçait, d'une certaine manière, ce Cityscape, puisqu'on y retrouvait quelques morceaux de cet opus à venir dont "Please" avec Tenah Bones. Mais ce qui nous a aussi marqués dans ce mix bien sympathique, c'est la présence du terrible "Wyclef Jean" de Young Thug qui fait écho au remix de "Lollipop", de Lil Wayne, par son frère Biga*Ranx aka Telly*. La fratrie en question étant très marquée par tout ce hip-hop contemporain venant du Sud des Etats-Unis et ses instrus chill (New York et Los Angeles n'ont plus le vent en poupe aujourd'hui dans le rap américain), c'est en partie à travers cet aspect qu'il faut chercher l'origine de leur rub-a-lounge, dub champagne ou vapor dub. Or, bien que les dernières galettes Brigante Records telles que le Vapor de Big Red, le Double Trouble de Supa Mana ou encore le Behind The Road de KSD pouvaient prendre racine au sein même du hip-hop, il n'en est rien pour ce Cityscape, qui reste un album de reggae à part entière.

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Atili Bandalero poursuit donc son exploration du reggae digital qu'il avait déjà entamée, entre autres, sur Nightlife avec Joseph Cotton ou Bridge Over Troubled Dreams avec Prendy. Mais avec Cityscape, il a décidé qu'une voire deux personnes, ce n'était pas suffisant pour chanter sur ses riddims ; par conséquent et un peu à la manière de Closed Circuit, ce ne sont pas moins de dix artistes qui ont rejoint le beatmaker sur ce projet. Des plus confirmés (Cornell Campbell, Don Camilo, Art-X...) aux émergents (George Palmer, Lasai...), la palette vocale se révèle riche et éclectique.

A de rares exceptions près, le son d'Atili Bandalero demeure toujours aussi planant et sweet, le rub-a-lounge faisant une fois de plus son effet et démontrant son efficacité. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'on retrouve le vibrato de Cornell Campbell associé au melodica d'Art-X sur le premier titre "Lay Down", à l'ambiance toute relaxante, esthétique qui se poursuit immédiatement après avec le flow plus rappé de Tenah Bones, le MC de RVDS, le projet hip-hop version trap d'Olo d'ODG. C'est d'ailleurs Tenah Bones qui conclut ce Cityscape avec le très minimaliste "DYG" et son beat quasi furtif dans lequel sa voix est passée à la moulinette de l'autotune. Et entre ces deux morceaux, il aura également eu le temps  de se faire remarquer sur l'excellent "Please" où il s'inspire efficacement du spoken dub. C'est aussi sur "Please" où Atili Bandalero commence à augmenter l'intensité des basses, la patte d'Olo n'étant ici sûrement pas très loin.

Mais tous les morceaux précédemment cités restent avant tout orientés façon lounge, il faut donc attendre l'intervention de Speng Bond, le vétéran anglais bien rodé aux collaborations digitales (il était déjà en effet présent sur Closed Circuit, mais il a également sévi auprès de Maffi ou Mungo's Hi Fi), pour écouter des riddims aux incantations plus véhémentes. "Bad Sound" en est l'exemple frappant qui, s'il n'était pas composé par Atili Bandalero, pourrait faire penser à une production d'O.B.F. On retrouve le même Speng Bond sur le stepper efficace "Cool".

Puis ce sont Dapatch et Don Camilo (eux aussi rompus au format digital avec Manudigital) qui nous offrent une combinaison plus dancefloor que méditative sur "Travelling Men", track pris en étau entre les featurings ("My Life" et "Open Your Eyes") avec l'Espagnol Lasai, dont on vous avait parlé avec LMK (voir ici), à travers lesquels Atili Bandalero revient à un rub-a-lounge plus traditionnel et surplombé d'effets et de bidouillages suaves. Suave l'est tout autant la voix de George Palmer, encore un autre artiste proche de Manudigital, qui chante sur "Samaritan".

Quant au fidèle Prendy, il apparaît bien évidemment sur ce Cityscape avec le morceau "Floating", où Atili Bandalero s'adonne forcément au rub-a-lounge en première partie mais se fait également l'instigateur d'un nouveau genre, le stepper lounge dont le titre "Floating" résume à lui seul cette approche et dont quelques ramifications pourraient être à chercher du côté de Berlin et des tracks les plus aériens de Fritz Kalkbrenner, d'autant plus que l'interprétation de Prendy renforce cet aspect par intermittence.

Peu de surprises finalement avec Cityscape ; Atili Bandalero a fait du Atili Bandalero, la force de cet opus résidant certainement dans la diversité de ses invités. Le rub-a-lounge, vapor dub, dub champagne du Tourangeau réussit cependant toujours autant à nous convaincre par la grâce de ses compositions poétiques et oniriques.

TRACKLIST

1. Lay Down feat. Cornell Campbell & Art-X
2. Total Recall feat. Tenah Bones
3. Bad Sound feat. Speng Bond
4. Samaritan feat. George Palmer
5. Please feat. Tenah Bones
6. Roadblock feat. Double Tiger
7. Floating feat. Prendy
8. My Life feat. Lasai
9. Travelling Men feat. Don Camilo & Dapatch
10. Open Your Eyes feat. Lasai
11. Cool feat. Speng Bond
12. DYG feat. Tenah Bones

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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