Manudigital meets Joseph Cotton & Friends

Après une année 2016 décidément bien chargée entre la sortie de son excellent premier album Digital Pixel (la grosse chronique ici), une tournée marathon consécutive à celui-ci et un séjour en Jamaïque d’où il nous a rapporté quelques Digital Kingston Session mémorables, Manudigital est de retour à la production.

« De retour« , ce n’est en fait pas tout à fait exact, sachant que le beatmaker aura finalement énormément composé ces derniers temps, mais pour d’autres artistes. Entre son activité au sein du label Flash Hit Records à travers lequel on a pu le retrouver sur des EPs ou albums de Derrick Parker, Cali P ou encore Alborosie, et un travail plus individuel pour Papa Style ou Scars, l’on peut définitivement en conclure que Manudigital n’aura pas chômé.

A ce propos, l’album de Scars, Je suis comme ça (la grosse chronique ici), a montré que Manudigital n’était pas exclusivement un riddimmaker reggae et qu’il pouvait s’adonner au dancehall. Bien qu’il ait déjà produit des instrus dancehall notamment via Flash Hit Records (cf « Letter to Dad » ou « Warpath » pour LT Stitchie, par exemple), ses compositions pour son projet solo demeuraient essentiellement reggae sous ses différentes déclinaisons (stepper, one drop, rub-a-dub…). Mais comme il se plaît à revisiter à sa manière, par l’entremise des Back Inna Days, du hip-hop comme le cultissime « Insane in the Brain » de Cypress Hill ou du dancehall (electro, futuriste, fusion, appelez cela comme vous voulez) comme le terrible « Blaze up the Fire » de Major Lazer & Chronixx (retrouvez d’ailleurs ses déclarations sur Diplo dans notre interview de l’an dernier), Manudigital est très loin de se limiter au reggae classique.

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Preuve nous en est encore apportée avec ce maxi Manudigital meets Joseph Cotton & Friends (qu’on vous avait présenté ici à travers le premier single « Street President »), dans la lignée des Digital Lab sur lesquels Manudigital travaillait avec un artiste en particulier, à paraître le 21 avril prochain chez X-Ray Production. Pour être tout à fait honnête, on était impatient de pouvoir écouter cet EP, sachant que Manudigital nous avait annoncé cette sortie dans la même interview : « Je travaille aussi beaucoup avec Joseph Cotton, avec qui on a plein de morceaux. Il faudrait vraiment qu’on sorte un EP ou un album, puisque mon ordinateur est rempli de chansons avec  lui« .

C’est désormais chose faite et cela sonnait comme une évidence du fait que la collaboration entre le Français et le Jamaïcain ne date pas d’hier. L’on a pu en effet apprécier leur Digital Session commune, l’hommage rendu aux victimes des attentats de novembre 2015, « Friday de 13 », ou encore, bien sûr, les deux titres sur le Digital Pixel de Manudigital, « Full Control » et la magnifique combination avec King Kong, « Manudigital Affair ».

Le « Manudigital Affair » est d’ailleurs à retrouver sur cet EP, et on ne peut qu’approuver, même si c’est le genre de morceau qu’on se repasse depuis un peu plus d’un an, c’est-à-dire depuis la sortie de Digital Pixel. On est toujours autant bluffé par ce rythme stepper survitaminé, les envolées de King Kong, le flow limpide de Joseph Cotton et cette basse terrible. Bref, ça vous met grave la patate, de quoi vous redonner le moral un jour de déprime…comme tout cet EP et comme l’ensemble de la discographie de Manudigital, d’ailleurs. Il est vrai que le beatmaker a ce don de vous  revigorer par les good vibes propagées par ses riddims remplis d’enthousiasme.
Et lorsque sur « Rhum Talk », on entend avec surprise mais avec énormément de plaisir le surpuissant « Must get panic » riddim, également en mode stepper, initialement composé pour Peter Youthman sur le deuxième volume des Digital Lab, on se dit qu’on tient encore un opus maîtrisé ; on s’empresse immédiatement de suivre à la lettre les paroles de Joseph Cotton : « dancing to the reggae beat, jump inna the street« . Ce morceau et son prédécesseur sont-ils un prélude à un one riddim, ainsi que Manudigital peut le proposer avec Flash Hit Records ? That is the question. En tout cas, on verrait bien d’autres chanteurs se poser sur la version de ce riddim maaassssiffff !

Manudigital a également repris un autre riddim issu du Digital Lab #2, en l’occurence le « Fling up a rime » sur « Global ». Là encore, Joseph Cotton se substitue à Peter Youthman pour un tune déchaîné. Il faudra vraiment que le deejay jamaïcain nous explique comment il est capable de modifier sa voix et son débit avec autant d’adresse.
Mais ce n’est rien comparé au dancehall « Devil inside », le titre résumant à lui seul l’esprit du morceau, tant l’instru est littéralement endiablée ainsi que le flow de Joseph Cotton. Quant à l’autre dancehall de cet EP, il s’agit en fait d’un cut du « Come back to me » d’Anthony Malvo & Tiger sorti en pleine « digital era« . On retrouve ici le même Anthony Malvo mais en compagnie, vous l’avez déjà deviné, de Joseph Cotton. Manudigital dépoussière en quelque sorte ce morceau en y apportant une touche encore plus digitale et en accentuant la ligne de basse.

Ce Manudigital meets Joseph Cotton & Friends s’est montré conforme à nos attentes en matière de productions de qualité. Les artistes ont su nous surprendre et l’alchimie qui règne entre eux n’en est que plus réjouissante. Les Digital Lab avaient annoncé un Digital Pixel grandiose, on espère, par conséquent, que cet EP n’est qu’un avant-goût d’un très prometteur futur album de Manudigital au parfum plus dancehall.

TRACKLIST

1. Street President (feat. Joseph Cotton)
2. Come Back to Me (feat. Joseph Cotton & Anthony Malvo)
3. Rhum Talk (feat. Joseph Cotton)
4. Global (feat. Joseph Cotton)
5. Manudigital Affair (feat. Joseph Cotton & King Kong)
6. Devil Inside (feat. Joseph Cotton)
7. Street President riddim
8. Devil Inside riddim

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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