Soom T & Budz – Ode to a Karrot

Soom T revient en pleine forme et ça fait plaisir ! Après un album controversé, Free as a Bird (la grosse chronique ici), plutôt bien reçu par la critique et qui lui avait valu une apparition au Petit Journal ou des passages en FM avec le funky disco « Broken Robots », il était évident que cette évolution allait au mieux déstabiliser, au pire déplaire à une frange non négligeable du public reggae pour qui l’artiste s’était éloignée de ses racines musicales. Il est également d’autant plus surprenant que l’un des meilleurs morceaux de l’album, « Politic Man », soit même en réalité très inférieur au remix opéré par Manudigital sur son Digital Pixel. Non, ce qui nous a satisfaits avec Free as a Bird, ce ne sont non pas les instrus (une résurgence intéressante mais insuffisante de la période soul/funk 70’s, sa voix ayant souvent été comparée à juste titre à celle du jeune Michael Jackson), mais plutôt la capacité de Soom T à élargir son répertoire et surtout à proposer quelque chose d’inédit et de novateur. En gros, l’intention prévalait plus que le résultat sur Free as a Bird, et c’est déjà pas mal, comme dirait l’autre.

Changement de registre, ou plutôt retour aux sources avec Ode to a Karrot à paraître le 19 mai chez Khanti Records, sur lequel on retrouve la chanteuse dans une posture plus familière. Soom T revient ici à ses premières amours, à savoir le reggae digital, grâce auquel on avait pu la découvrir en compagnie des Mungo’s Hi Fi, ses compatriotes du pays du chardon. Nul besoin de nous étendre, vous avez parfaitement compris que l’opus en question dont nous allons vous parler aujourd’hui n’est autre que la version remixée de son premier album, Ode to a Carrot, paru en 2010 chez Jahtari.

soom t, ode to a karrot, reggae digital

Pour ce faire, exit Disrupt de Jahtari qui avait produit les riddims initiaux, Soom T a fait appel à d’autres beatmakers issus de la bouillonnante, populaire et créative scène reggae digital actuelle. Et c’est le duo norvégien Helgeland-8 bit Squad qui remporte la palme de composition des riddims avec 12 titres sur 19. Si ce nom ne vous dit rien, c’est normal, c’est la première fois également que nous les croisons, mais conformément aux canons de la mouvance digitale, les Norvégiens ont forcément repris en logo l’ultra célèbre extraterrestre pixellisé du jeu vidéo Space Invaders, déjà maintes et maintes fois utilisé dans le dub et dans le reggae digital par notamment Scientist, Dub Invaders (la formation sound system d’High Tone) et bien évidemment, Jahtari. Tout cela situe donc le contexte.
Les autres riddims sont l’Ö°œuvre de Trinity Lo Fi, autre duo en provenance de Norvège, de Konchis et J Star, producteurs anglais, et de Manudigital ici associé avec son compère Alex de Flash Hit Records.

Ainsi, la variété des beatmakers présents sur cet Ode to a Karrot lui confère une certaine palette éclectique malgré une unité autour des instrus digitales et de…la weed, bien sûr. Inna digital weedamuffin styleeee !!!

Les riddims de Manudigital et d’Alex demeurent, et de très loin, les plus éloquents de l’album, pensons immédiatement au titre d’ouverture « Easy Weed » (qu’on vous avait présenté ici) qui rayonne de fraîcheur et d’optimisme, les riddimmakers français ayant cette faculté toute naturelle de pouvoir créer des mélodies directement accrocheuses et qui donnent vie à leurs beats, d’autant plus que le flow irrésistible et enjoué de Soom T renforce la réussite du morceau . »Thank my Dealer » et « Ganja Leaf » avec quelques effets « chopped & screwed », les deux autres riddims de Manudigital font également office de cet allant et de cet entrain si prompts à nous faire skanker. On le redit sans cesse à propos de l’auteur de Digital Pixel, mais ses prods sont d’une fluidité et d’une limpidité flagrantes.

Quant aux instrus de Helgeland-8 bit Squad, même si elles restent inférieures qualitativement à celles de Manudigital, elles n’en sont pas moins dénuées de groove. C’est en effet à eux qu’a échu la lourde tâche de reprendre deux des plus gros succès de l’album original, en l’occurence « Say Ganja » et « Boom Shiva », sur lesquels le duo s’en sort avec brio. Le son est beaucoup plus digital sur « Boom Shiva », dans la plus pure tradition de Jahtari, alors que le remix de « Say Ganja » se rapprocherait plus des prods de Flash Hit Records. Quant au « Weed is sweeter », il est complètement revisité sur un mode stepper (ainsi que le dancefloor efficace « Weedy Hawks » qui pourrait devenir rapidement un hit de sound system) à la mélodie planante (on croirait limite entendre Olo d’ODG) et où Soom T édulcore son flow de manière assez convaincante. A contrario, la chanteuse se pose de manière assez énervée sur « Light it », pendant qu’elle débite son fast style sur « Puff dat weed » ou qu’elle se situe aux frontières d’un chant plus scandé sur « Never got caught ». Mais l’association la plus aboutie entre les producteurs et Soom T reste incontestablement « Dark Side of the Doob » : le son digital des Norvégiens avec leurs basses massives et abyssales et un skank qui fait fureur se mêlent de manière adéquate au débit truculent de la chanteuse. On aura également beaucoup apprécié de la part de Helgeland-8 bit Squad le rub-a-dub groovy en mode talkbox « Puff da Polis » avec une ligne de basse très 80’s ainsi que la lourdeur des basses sur « Matchbox full of weed » et un son qui lorgne du côté du dub.

Il nous faut finalement nous intéresser aux quelques cross-over qui se sont glissés au sein de cet Ode to a Karrot qui sont l’œuvre de beatmakers étrangers ou tout du moins peu accoutumés à la sphère reggae digitale. Commençons par le Britannique Konchis qui signe ici un excellent mais inquiétant et glacial « Oui Rate », remix du « Wee Rate », dans lequel Soom T se distinguait par un flow spoken dub qui est encore beaucoup plus accentué ici ; on croirait en effet un sample tiré d’un film d’horreur ou de science-fiction angoissant. En tout cas, il s’agit de l’un des titres les plus risqués de l’album mais aussi l’un des plus brillants. Konchis poursuit sur sa lancée avec une instru trap à travers laquelle il revisite lui aussi « Weed is sweet » ; Soom T aborde, elle, le morceau de façon tout à fait « sweet » également.
J Star, quant à lui, s’est attaqué au « Jungle of Peace » en le réadaptant en un rockabilly dévastateur.

soom t, ode to a karrot, manudigital

Crédit photo : Danilo Moroni

Nul doute que les fans de la première heure qui avaient pu s’inquiéter d’un virage trop commercial ou grand public de Soom T seront de retour dans le giron de la chanteuse avec cet Ode to a Karrot. L’Ecossaise est revenue à ses fondamentaux du reggae digital, épaulée par des beatmakers de talent, mais sans non plus renier ses autres inspirations tels que la soul, le hip-hop, le rock, etc…

TRACKLIST

01 Easy weed (Manudigital / Alex Flash Hit)
02 Matchbox Full of Weed (Helgeland 8-bit Squad)
03 Booma Shiva (Helgeland 8-bit Squad)
04 A Kiss is Sweet (Helgeland 8-bit Squad)
05 Light it (Helgeland 8-bit Squad)
06 Thank my Dealer(Manudigital / Alex Flash Hit)
07 Puff Dat Weed (Helgeland 8-bit Squad)
08 Dark Side Of The Doob (Helgeland 8-bit Squad)
09 Oui Rant (Konchis)
10 Say Ganja (Helgeland 8-bit Squad)
11 Sticky Icky Buds (Helgeland 8-bit Squad)
12 Never got caught (Helgeland 8-bit Squad)
13 Weedy Hawks (Helgeland 8-bit Squad)
14 Junglo Peace (J-Star)
15 Ganja Leaf (Manudigital)
16 Need Weed (Helgeland 8-bit Squad)
17 Budz (Trinity Lofi)
18 Puff da Polis (Helgeland 8-bit Squad)
19 Weed is Sweeter (Konchis remix)

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



Partagez cet article sur vos réseaux sociaux :

Ces articles en relation peuvent aussi vous intéresser...

Ces artistes en relation peuvent aussi vous intéresser...

Advertisements