Festival des Noctambules 9 Juin 2012 à  St Aubin

Dixième édition cette année pour le festival des Noctambules qui a choisi de marquer le coup dignement avec une tête d’affiche à la mesure des dimensions qu’a pris le festival, qui grossit d’année en année.

Après avoir programmé Sergent Garcia en 2011 – concert malheureusement annulé en raison de la pluie – ce sont en effet les légendaires Raggasonic qui sont annoncés le soir du 9 juin sur la plaine des sports de Saint Aubin, dans la région de Bordeaux, aux portes du Médoc. A leurs côtés, deux groupes de rock bordelais révélés par le tremplin des Noctambules, Noise Day et Target Tug, ainsi que les Rockin’ Preachers, dont le rocksteady teinté de ska, de soul et d’early reggae, et Vibromaster, artiste de dub / dubstep qui clôturait la soirée.

Dès 20 heures, Target Tug ouvre les hostilités avec un rock’n’roll quelque peu classique, mais efficace. Si la chanteuse se montre réservée, presque timide, en début de concert, elle ne tarde pas à laisser sortir la pleine puissance de sa voix et ses timides appels au public se changent bien vite en interpellations enflammées. La formule n’est pas des plus novatrices, mais elle fonctionne, et fait réagir les quelques personnes réunies devant la scène. On ne peut que déplorer, en effet, que le public se déplace aussi peu pour les artistes qui ouvrent les concerts, manquant par là 45 minutes d’un show somme toute carré et  efficace.
 


Même public clairsemé donc pour Noise Day et ce malgré une ferveur, une originalité et une énergie qui auraient réjoui nos collègues des webzines Rock et Métal. Trois hommes sur scène, Raphaël à la guitare et au chant, Kris a la basse et Max à la batterie, livrent un hard rock dans les règles de l’art. Le temps refroidit, on sent quelques gouttes, mais l’atmosphère face à la scène se réchauffe petit à petit. La formation est encore jeune, mais si la maîtrise technique n’est pas encore au millimètre, ils la compensent par une présence sur scène qui fait plaisir à voir. Ils définissent leur musique comme du « Power Rock », un son qui ne fait pas dans la demie-mesure ! Leurs références dépassent cependant le cadre du rock, comme l’illustre la bonne surprise qui vient à la toute fin du concert : leur set ayant duré 5 minutes de moins que prévu, on leur laisse le temps d’un dernier morceau. Ils interrogent le public, quelqu’un demande une reprise, et le chanteur se lance dans une réinterprétation de « Lose Yourself » d’Eminem, version hard rock, qui surprend par son efficacité. Ils quittent la scène sous les applaudissements d’un public conquis, bien qu’il soit malheureusement toujours aussi peu nombreux, cédant la place aux Rockin’ Preachers.

Noise Day

On se rapproche de notre créneau en tant que Webzine Reggae avec ce groupe bordelais, qui va chercher son inspiration aux racines de la musique jamaïcaine, cette fin des années 60 que certains puristes considèrent comme l’âge d’or du son Yardie. Le chanteur se fait appeler « The Preacher », et on comprend pourquoi, au vu de sa ferveur sur scène, ferveur partagée par l’ensemble du groupe, dont on devine la forte personnalité de chacun des membres : l’homme au clavier, arborant un chapeau haut de forme, joue avec de grands gestes presques désarticulés, le bassiste cache sous ses lunettes et son air sérieux un vrai talent, une vraie compréhension de cette musique qui lui attire la sympathie du public. Enfin,  le chanteur, « le prêtre », lance de sa voix chaleureuse des appels à la foule éparpillée sur le site, qui commence à se rassembler devant la scène. La pluie menace, et si la tension est palpable parmi les bénévoles et les membres de l’organisation, les massives rassemblés profitent de leur soirée, la détermination des Preachers faisant bien vite oublier le temps morose.

The Rockin’ Preachers

Entre leurs propres compositions et les différentes reprises, ils balaient un vaste panel de styles jamaïcains, du ska au rocksteady, de Desmond Dekker (« Shanty Town ») à un « (You gotta walk and) Don’t Look Back » effréné en fin de concert. Tous ces morceaux, originaux ou adaptations, sont joués avec un évident plaisir, on sent que les musiciens sont enthousiastes à l’idée de faire partager ce son si particulier, et l’amour de ces classiques « oldies » transparaît du début à la fin du concert. Si une partie des gens se contente d’apprécier la qualité indéniable du son, les quelques connaisseurs dans le public ne manquent pas de manifester leur approbation. Cependant, les deux parties se rejoignent dans une acclamation unanime, saluant la performance du groupe – suivie d’un rugissement d’approbation à l’annonce de l’arrivée du Raggasonic Crew.

L’atmosphère s’alourdit sur la plaine des sports aménagée pour l’occasion, le temps est à l’orage – et c’est bien plus qu’un orage qui va s’abattre sur Saint Aubin! La foule, qui était encore clairsemée quelques dizaines de minutes plus tot, se masse soudain devant la scène, tandis que les techniciens vident complètement la scène, au centre de laquelle trônent désormais seulement des platines. C’est en effet en mode sound system, à l’ancienne, que Big Red et Daddy Mory vont enflammer les Noctambules. Cette configuration suscite les interrogations d’une partie des massives, peu familiers de cette ambiance. Alors qu’on attend les deux deejays, c’est le selector seul qui rentre sur scène et s’empare des platines, pour chauffer le public à blanc avec une demi-heure de sélection ragga – hip hop terriblement efficace. Les cuts fusent, et on entend pêle-mêle « Nah Mean » de Damian Marley & Nas, Busta Rhymes, General Levy, ou encore l’inusable sample du «Sound of da Police » de KRS-ONE cher à NTM. Quand le silence tombe, le public est plus que paré, l’attente devient intenable. Le selecta lance un special de Barrington Levy sur « Here I Come », enregistré pour le Raggasonic Sound, puis vient enfin le moment où, des coulisses, on entend monter le fameux gimmick : « Wooo Na Na Wooooy ! ».

Le duo fait son entrée sur « Aiguisé comme une Lame », et l’alchimie fonctionne des les premiers mots lâchés dans le micro, les deux vétérans sont dans leur élément, et le public reconnait immédiatement les deux vedettes qu’il est venu applaudir. Il est étonnant de constater la diversité des gens rassemblés dans la foule : jeunes comme vieux, tous connaissent le duo, tous reprennent le refrain, et leur séparation (qui a quand même duré une dizaine d’années !) n’a rien changé à leur popularité . La première partie du concert voit défiler l’un après l’autre les classiques du premier album, et le pull-up est de rigueur sur pratiquement chaque morceau, tant la foule crie son approbation. « Les Riches », « Kisder », tout y passe… Et quand arrive le moment de « Légalisez la Ganja », l’air s’emplit d’une douce odeur alors que les massives hurlent le refrain en coeur, conquis par l’énergie contagieuse de Big Red et Mory.

Puis une fois les ressource de Raggasonic premier du nom épuisées, Daddy Mory prend le micro, et annonce un changement d’ambiance :« Est-ce qu’il y’en a ici ce soir qui ont l’habitude d’aller dans les sound systems? Et je parle pas de club, je parle de sound system !! » Les deux deejays cèdent alors la vedette à leur selecta, qui va régaler le public d’une sélection d’une vingtaine de minutes : de Yellowman (« Zungguzungguguzungguzeng ») à Buju Banton (« Hills & Valleys »), en passant par Dennis Brown (« Revolution »), Israel Vibration (« Rude Boy Shufflin' »), Bob Marley (« Natty Dread »), et l’incontournable « Ring The Alarm » de Tenor Saw, il offre un tour d’horizon des références absolues de l’univers sound systems. On regrettera peut être simplement que les morceaux soient coupés très rapidement, ne laissant que le temps d’un refrain pour apprécier les classiques qui se suivent a un rythme effréné. La session sound proprement dite fait finalement presque figure d’interlude au milieu du concert.
 

Mais pourquoi bouder son plaisir? C’est Raggasonic que le public est venu voir, et ceux-ci ne tardent pas à reprendre le contrôle des évènements. Le concert reprend vite son rythme dès qu’ils entonnent « Raggasonic Crew ». Aux big tunes du groupe comme « A l’Ancienne » ou « Sors Avec Ton Gun », le hit tiré de la BO de « La Haine », se mêlent des titres solos de Daddy Mory, notamment « Seigneurs de Guerre ». Après celui-ci, les deux toasters quittent soudainement la scène, mais la foule ne l’entend pas de cette oreille, et ils ne tardent pas à revenir pour offrir deux inédits de leur tout nouvel opus annoncé très prochainement. Les deux morceaux, « Révolution » et « Ca va Clasher » présagent du meilleur pour ce disque très attendu avant d’enchaîner avec « Big Faya », classique de Daddy Mory sur le « Savage » Riddim.

« Ca va clasher » Live à Bruxelles

Les deux hommes choisissent de clôturer le show par une session freestyle d’anthologie, qui donne tout son sens à la mention « Raggasonic Sound System » annoncée par l’affiche.. On a l’impression de traverser toute la carrière de Raggasonic pendant que les deux hommes laissent libre cours à leur talent, dans une démonstration de virtuosité pure. Le passage en revue de tous les différents flows achève de démontrer – mais qui en doutait encore ? – qu’on est là en face de deux deejays d’exception. La foule l’a bien compris, et elle exulte face à ce moment de communion avec le groupe, peut etre le plus sincère du show, celui qui donne la meilleure image de ce que c’est que Raggasonic en live, de ce que c’est que ce groupe qui, ensemble ou séparément,  écume les sound systems depuis près de vingt ans. Le show s’achève enfin sur un « Faut pas me prendre pour un âne » d’anthologie : après pas moins de trois pull ups, le morceau démarre enfin, et le public est déchaîné pour ces dernières minutes de partage avec un groupe de légende.

Enfin, n’ayant malheureusement pas pu assister au set de Vibromaster, je ne peux que vous recommander chaudement le son de cet artiste qui navigue entre dub et dubstep.

 

Vibromaster « Bollywood »

Difficile de conclure cet article sans passer un gros big up à toute l’équipe des Noctambules, qui a su faire grossir l’événement d’année en année, pour en arriver à accueillir des stars de l’envergure des Raggasonic. Le public quitte le site le sourire aux lèvres, et les oreilles encore bourdonnantes de la chaleur des basses… 

Myspaces:
Target Tug : http://www.myspace.com/targettug
Noise Day : http://www.myspace.com/noiseday
Rockin’ Preachers :http://www.myspace.com/therockinpreachers
Vibromaster : http://www.myspace.com/vibromasterflash

(Big up à Raphaël pour les photos!)



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