Chronixx – Chronology

« Je l’ai trouvé très ambitieux. Il y a des styles différents et cet album permet de faire avancer le reggae, il lui procure une approche différente« . Ainsi s’exprimait Protoje à propos du premier album de Chronixx lors de notre entretien avec lui aux Eurockéennes. On ne peut que souscrire à cette déclaration, Protoje ayant, en deux phrases, résumé la teneur du Chronology de son acolyte sur « Who Knows ». Il est donc inutile de lire plus en avant cette chronique sur Chronixx. Enfin si.

Chronixx court sur ses 25 ans. Cela fait des années que l’on entend parler de lui de manière élogieuse et que tout un chacun voit en lui un prodige. Mais pourtant il vient seulement de dévoiler son tout premier album. Alors qu’on lui connaissait déjà une multitude de projets déclinés en mixtapes, singles, collaborations et autres EP, ce n’est que cette année, le 7 juillet précisément, que Chronixx aura décidé de lancer à la face du monde son Chronology après avoir été maintes et maintes fois repoussé.

Chronixx a véritablement été révélé grâce à la fameuse mixtape Start & Fyah mixée par Walshy Fire de Major Lazer. Le crew mené par Diplo a été en effet un acteur majeur dans l’éclosion de Chronixx sur la scène reggae. On les retrouvait d’ailleurs réunis quelques années plus tard avec « Blaze Up The Fire » sur Peace Is The Mission. C’est peut-être à travers cette collaboration entre Chronixx et Major Lazer qu’il faut chercher l’une des raisons pour lesquelles tant d’ambiances différentes se télescopent au sein de Chronology. La mixtape Start & Fyah mêlait aussi du reggae, du dancehall, du hip-hop, etc… Ses featurings avec Joey Bada$$, l’un des grands noms du rap américain contemporain traduisent également la volonté de Chronixx de s’affranchir des codes trop usuels du reggae. En somme, Chronixx est un artiste qui vit avec son temps et qui n’a pas les yeux fixés dans le rétroviseur ; il ne reste pas figé sur une certaine conception du reggae passéiste c’est la raison pour laquelle son album sonne résolument moderne.

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On pourra sûrement lui reprocher, à l’instar de l’excellent dernier album de Morgan Heritage, Avrakedabra (la grosse chronique ici), de faire un peu trop de concession à l’égard de la pop music. C’est effectivement le cas, et alors ? Bob Marley, considéré comme le Messie par tout ce que ce monde compte de reggae addicts, mettait déjà lui aussi un peu de pop dans sa musique, notamment sur le Catch A Fire et ses solos de guitare interminables, ce qui est assurément l’un des facteurs de l’explosion du reggae à travers le monde au cours des 70’s.

Chronology débute cependant par de purs tracks reggae, histoire de ne pas trop destabiliser le noyau dur du public de Chronixx ; c’est en effet plus dans la seconde partie de l’album que le Jamaïcian se permettra beaucoup de libertés dans son approche du reggae. L’opus démarre ainsi par deux morceaux qu’on qualifiera de familiaux. On retrouve donc en toute logique « Spanish Town Rockin' » en ouverture, puisque le chanteur y mentionne le quartier où il a grandi et ses parents à travers un cut du « Prison Oval Rock » de Barrington Levy (le dancehall « Likes » est également un superbe hommage rendu au reggae avec des références à Capleton, Yellowman, Sly & Robbie, etc). Et sur le deuxième titre, il s’offre un featuring avec son père Chronicle dans un « Big Bad Sound » qui oscille entre one drop, rub-a-dub et dancehall et qu’on n’hésite pas à qualifier de meilleur tune de l’album.
Puis Chronixx enchaîne sur deux rub-a-dub : « Skanking Sweet », sur un riddim Bost & Bim (que l’on vous avait présenté ici) où l’on décèle déjà quelques influences pop, et « Ghetto Paradise » avec ses cuivres et son piano délicats.

C’est donc à partir de la cinquième piste, « Country Boy », que Chronixx commence à se détacher légèrement du reggae par un riddim dont le beat se rapproche du hip-hop avec quelques touches digitales, d’autant plus que Chronixx prend des airs deejay ; mais le skank reste toujours de rigueur, de même que sur « Smile Jamaica » que tout un chacun connaît déjà.

Les choses commencent, par conséquent, véritablement à bouger dès lors qu’entre en scène le très efficace « I Can », titre pop digne des productions américaines les plus en vogue actuellement : Chronixx préparerait-il le terrain à un futur featuring avec Justin Bieber ? Le dancehall sweet « Loneliness » s’inscrit également dans cette démarche de Chronixx qui consiste à ouvrir un peu plus le reggae aux standards musicaux du moment. Quant à « Christina », qui reprend, grosso modo, le même modèle que « Majesty » (que l’on vous avait présenté ici), une soul moderne, autrement appelée nu-soul (on ne le dira jamais assez le reggae est la soul jamaïcaine), il nous rappelle, autant par le grain de voix de Chronixx que par l’instru, les morceaux d’un certain Raphael Saadiq et notamment de son génial The Way I See It. Il est donc définitivement clair que le jeune Jamaïcain observe d’un œil très avisé ce qui se passe du côté des Etats-Unis.

Et si des tracks comme « Selassie Children », « Tell Me Now » ou « Legend » sont d’inspiration r’n’b, « Black Is Beautiful » penche, lui, du côté du hip-hop avec ses scratches et ses violons (cet instrument étant en effet le meilleur ami du beatmaker hip-hop old school).

Chronology se conclut par un bonus track intitulé « I Know Love », une ballade mi-folk mi-pop à la tonalité soul, qui résume autant lyricalement que musicalement toute la philosophie que Chronixx a voulu insuffler à cet album.

Paraphrasant Protoje, Chronology « permet de faire avancer le reggae » et apporte un vent de fraîcheur indéniable sur les productions plus classiques du reggae contemporain. On savait Chronixx étranger à l’étroitesse d’esprit, mais on ne pensait pas qu’il repousserait aussi loin les limites du genre né à Kingston avec son premier disque ; mais pourtant il l’a fait et brillamment. Chronology ouvre encore de nouvelles perspectives à explorer à cette magnifique aventure qu’est l’histoire du reggae music.

TRACKLIST

1. Spanish town Rockin’         
2. Big bad sound feat Chronicle    
3. Skankin sweet            
4. Ghetto paradise             
5. Country boy                
6. Smile jamaica       
7. I can                    
8. Selassie children            
9. Black is beautiful         
10. Majesty               
11. Loneliness            
12. Likes               
13. Tell me now
14. Legend
15. Christina                    
16. I Know love



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