Inna De Yard + Calypso Rose + Brain Damage – Nuits de Fourvière – 14.07.2017

Avec une affiche comme celle-ci, La Grosse Radio ne pouvait qu'être présente aux Nuits de Fourvière le 14 juillet dernier. Festival à la programmation éclectique (d'Arcade Fire à Norah Jones en passant par Goran Bregovic), les Nuits de Fourvière avaient consacré une soirée spécifique au reggae et au calypso, tout logiquement intitulée "Nuit Reggae et Calypso". Normal. Mais comme on aime bien faire les rabat-joies et que nous ne sommes jamais contents, on se dit simplement qu'il manquait peut-être le mot dub ; ça n'a absolument aucune importance, mais ça nous conforte dans notre idée que nous conservons notre esprit critique à La Grosse Radio. Non, mais !

Bref, le cadre exceptionnel et magnifique du théâtre antique de Fourvière accueillait en ce jour de Fête Nationale (détail qui prendra toute sa signification au cours de la soirée, je suis sûr que vous savez de quoi je veux parler) trois artistes aux sensibilités différentes mais réunis par le même amour du reggae music : Inna De Yard, Calypso Rose (bien que n'étant pas une chanteuse de reggae, Calypso Rose est tout de même influencée par celui-ci) et Brain Damage.

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Inna De Yard, c'est la réunion de quelques-uns des elders (Cedric Myton, Winston McAnuff, Kiddus I...) associés à la nouvelle génération (Kush McAnuff, Var...) dans le but de promouvoir certains de leurs morceaux en version acoustique. L'album The Soul Of Jamaica est sorti en début d'année (la grosse chronique ici) et le combo est actuellement sur une tournée qui le conduit autant dans les festivals reggae comme Reggae Sun Ska ou le Rototom ou des événements plus généralistes comme le Paléo ou celui qui nous intéresse aujourd'hui, preuve d'un intérêt profond de la part du plus grand nombre pour le collectif.
C'est donc dans un amphitéâtre comble qu'Inna De Yard a entamé sa prestation. Alors qu'on est plutôt habitués, en règle générale, à des concerts acoustiques mobilisant une simple guitare et parfois quelques percus, Inna De Yard a sorti l'artillerie lourde pour nous faire vivre une véritable session nyabinghi, en plus d'un bassiste, d'un pianiste et du légendaire Winston "Bo-Pee" Bowen à la guitare. Ce dispositif est déjà impressionnant et fascinant en soi. La beauté primitive de la musique sans artifices ni artefacts.

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Chacun des chanteurs mentionnés plus haut se relayant pour interpréter leurs titres, ils se posent devant leurs instruments et font également office de choristes lorsqu'ils n'occupent pas la position de "frontman". Pas de repos pour les artistes.
Si un Cedric Myton est toujours aussi intrépide sur scène, que dire de Winston McAnuff et de sa voix imposante et capable à lui seul de faire bouger le public. Il chantera notamment sur "Stone" et "Ras Child" avec son orchestration très jazzy, voire boogie, pendant que Cedric Myton se posera sur "Youthman". Ken Boothe étant absent, ce sont donc Winston McAnuff et Var qui feront retentir le célèbre "Let The Water Run Dry". Quant à Kiddus I, moins agité mais tout aussi convaincant, on le verra intervenir sur "Graduation In Zion", morceau qui ne figure pas sur The Soul Of Jamaica et c'est là tout l'intérêt de ce concert, puisqu'Inna De Yard revisite, à sa façon, quelques-uns des tunes mythiques de tout le répertoire reggae jamaïcain sans faire une pâle copie de l'album. C'est ainsi que Cedric Myton épaulé par Winston McAnuff nous gratifiera de "Fisherman" avec un pull-up (normal), oui oui, même en acoustique ça existe le pull-up.
Lors du rappel, "Bo-Pee" interprétera "Thanks & Praises" pratiquement à lui tout seul, avant que ses acolytes ne le rejoignent. Puis, les elders laisseront la place aux plus jeunes, Var et Kush McAnuff, qui électriseront les spectateurs avec leurs flows singjay sur "Be Careful", qui sonne comme un hommage à Matthew McAnuff.

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Après Inna De Yard, ce fut au tour de Calypso Rose de se présenter devant le public des Nuits de Fourvière, public qui était majoritairement venu pour elle vu l'engouement et la motivation propagés à son égard. Autant vous l'affirmer de suite, nous ne nous attendions absolument pas à un accueil aussi triomphal (le mot n'est pas exagéré) de la part du public, d'autant plus que nous ignorions pratiquement tout de la chanteuse trinidadienne reconnue comme étant la reine du calypso. De la même manière, nous ne nous attendions pas à un concert aussi énergique. Et quand on voit que Calypso Rose avoisinne les 80 ans, qu'elle fait preuve d'une pêche incroyable, qu'elle offre généreusement des CD à des spectateurs et qu'elle a constamment le smile, on ne peut qu'adhérer à sa joie de vivre. Elle nous aura également beaucoup marqués par ses interventions constantes en faveur des femmes entre chaque morceau, speechs qui seront à chaque fois salués par le public.

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Musicalement, on aura retenu que Calypso Rose s'exécute sur...du calypso (non, sans blague) avec des titres comme "I Am African" ou "Zoom Zoom Zoom" (qu'on aura retrouvés par la suite), mais pas que. En effet, durant un long intermède pendant lequel elle s'effacera de la scène, ses musiciens et choristes joueront un titre reggae et où tout un chacun ira de son solo : on aura également particulièrement retenu le passage chanté en mode soul par l'une de ses choristes. Autrement, Calypso Rose se posera sur du ska avec quelques titres ravageurs, puis elle reviendra à ses premières amours avec un morceau qui s'avère être "Calypso Queen" qui nous a agréablement fait penser au "Clandestino" de Manu Chao. Et comble du hasard, on a découvert après le concert que son dernier album avait justement été produit par l'ancien chanteur de la Mano Negra et qu'il est en feat. sur ledit morceau.

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En fin de set, alors que les coussins permettant de s'asseoir sur les gradins de l'amphithéâtre commençaient à voler un peu partout et que Calypso Rose a eu droit à une véritable standing ovation pendant plusieurs minutes, les spectateurs mais aussi les artistes, auront pu contempler le feu d'artifice qui illuminait le ciel de Fourvière.

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Changement radical d'ambiance avec Brain Damage : les instruments cèdent la place aux machines et le dub electro se fraye un chemin parmi le reggae et le calypso. Par conséquent, ce n'est pas un feu d'artifice lumineux, malgré un dispositif scénique très axé sur la lumière, mais plutôt un déluge de grosses basses que Brain Damage a envoyé durant la dernière heure de cette soirée. Le Stéphanois se retrouvait à partager la même affiche que certains des artistes présents sur son Walk The Walk (Winston McAnuff et Kiddus I) et l'on a donc pu l'entendre commencer son set par quelques morceaux issus de cet album dont les touchantes notes de "Love Makes The World Go Round" en feat. avec Ras Michael qu'il fera immédiatement suivre par "Pray Fi Di Youts" avec Willi Williams.
Mais si Brain Damage "rootsifie son propos" (ainsi qu'il nous le confiait dans une interview que vous pourrez lire très prochainement) depuis quelques temps, et cela se ressentait fortement durant les premières minutes du concert, le producteur n'a en rien perdu de sa capacité à faire skanker les massives de la manière la plus farouche qui soit et il est ainsi allé fouiller dans quelques-uns de ses anciens titres.

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On a donc pu bouger sur le très efficace "Mundhu" avant qu'il n'envoie "Do U Remember" en feat. avec Sir Jean qu'il déclinera par la suite en un gros dub stepper. Puis le concert se rédigera vers quelques tracks plus roots comme le "Vamp Dem" avec Kiddus I ou le "Fyah Bun" avec Willi Williams. Mais il est vrai que là où on attendait le plus Brain Damage, c'était sur des titres bien gras et bien lourds qui s'inscrivent dans la lignée de ceux qui ont fait la réputation de la scène dub française au cours des années 2000. Il balancera donc "Sufferation", mais aussi le fameux "Royal Salute" toujours avec Sir Jean en feat. et revisité également en stepper bien puissant. Quant à "The Armies Of Darkness", il s'approchera à grands pas de rythmes electro plus radicaux à la limite de la techno ; quand on vous dit que la scène dub française ne s'est jamais imposé aucune limite.

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Malheureusement, il fallait bien respecter la limite horaire imposée par l'organisation et c'est pleinement satisfaits par les trois artistes présents au cours de cette soirée qui, tous ont apporté une vibe différente mais baignée par le reggae music, que nous quittâmes l'amphithéâtre de Fourvière.

Merci au staff des Nuits de Fourvière pour son accueil et à tous les artistes.
Merci également à Valérie d'Artik Ünit et à Julien de Jarring Effects.

Crédit photos : Live-i-Pix



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