Interview de Stand High Patrol

Depuis la sortie de leur dernier album The Shift (la grosse chronique ici), on avait envie d’en savoir un peu plus sur ce qui avait motivé Stand High Patrol de produire un opus boom-bap et qui renouvelait très largement leur esthétique.

Nous sommes alors allés à la rencontre du groupe en marge du No Logo (le gros report ici), festival dans lequel ils jouaient dans une configuration DJ set.

C’est donc le crew au complet qui nous a accueillis, à l’exception de Pupajim : Morgan, Merry, Rootystep et Mac Gyver.

Bonjour Stand High Patrol, merci de nous recevoir au nom de La Grosse Radio. The Shift est-il la continuation logique d’A Matter Of Scale ?

Merry : Oui, puisque sur A Matter Of Scale, on sent qu’il y a l’arrivée des samples, de beats de plus en plus hip-hop et jazz. The Shift est la prolongation de cela. Mais il s’agit aussi d’un album hommage à une période.

Mac Gyver : Sur l’album précédent, on avait fait venir Merry pour la trompette, on l’a réinvité cette fois-ci. On a également fait appel à d’autres musiciens (vibraphone, percus, pianio…), c’est une continuité aussi dans cette manière d’enregistrer. Par contre, les influences sont relativement différentes.

Merry, tu es beaucoup plus présent sur cet album. As-tu participé au processus de composition ?

Merry : Pupajim a fait les beats et il me les a envoyés pour que je puisse poser dessus à ma manière. C’était avant tout de l’impro.

Dans le morceau « Tribute To Tha Originators », vous citez beaucoup d’artistes anglophones. Les Français ne vous ont jamais influencés ?

Morgan : Tous ces artistes que Pupajim cite sont tous ceux qu’il a écoutés, lui, pour une grande partie. Sinon d’autres chanteurs sont présents dans le titre uniquement pour l’hommage, même s’ils ne l’ont pas nécessairement influencé. Après je ne sais pas s’il écoutait des Français.

Rootystep : Les artistes cités sont les pionniers dans la culture anglaise du fast chat, Pupajim mentionne notamment Peter King, précurseur du hip-hop, alors que celui-ci était à peine développé.

Que vouliez-vous exprimer dans « News From 2083 » ?

Mac Gyver : Pupajim est absent, on va donc répondre pour lui (rires) ! Les lyrics sont assez clairs : l’idée est d’espérer une visite d’extra-terrestres qui nous feraient découvrir d’autres musiques et qui amèneraient un « nouveau groove« .

Morgan : Il faut mettre cela en parallèle avec tout ce qui concerne la recherche musicale et le fait de mélanger différents styles. C’est tout cela qui est en toile de fond des lyrics de cet album. On cherche constamment à essayer de nouvelles choses et le « nouveau groove » espéré est en quelque sorte un espèce de fantasme.

Votre album sonne boom-bap contrairement aux instrus trap qui ont le vent en poupe aujourd’hui. Est-ce une sorte de résistance ?

Rootystep : Cet album est surtout un hommage au hip-hop qui nous a marqués dans les années 90 ; on écoutait peut-être même plus de hip-hop que de reggae. L’album exprime cela, il n’y rien de neuf dans nos compos finalement. Tu parlais de rap français, les années 90 étaient la meilleure période, celle qui nous a le plus touchés.

Mac Gyver : Mais après, on ne cherche pas non plus à entrer en résistance.

N’allez-vous pas à contre-courant finalement ?

Morgan : Ce qui se fait majoritairement dans la musique aujourd’hui est une chose, ce qu’on produit, nous, en est une autre. On ne va pas penser par rapport à ce qui marche, on suit juste notre propre voie.

Merry : Et à titre comparatif, je ne crois pas que Joey  Bada$$ ou Action Bronson aillent à contre-courant, bien qu’ils soient carrément orientés old school.

Comment l’album a t-il été reçu ?

Morgan : On a eu des retours très positifs de la part des artistes qu’on côtoie, tous les gens de la scène dub. La plupart a apprécié l’album parce qu’il apportait quelque chose de différent de ce qui se faisait dans le dub en France. Concernant le public, ça reste assez mitigé, comme pour l’ensemble de notre discographie d’ailleurs : lorsqu’on a commencé à faire du jazz, certains voulaient encore du reggae digital ; quand on produit du hip-hop, on nous réclame du dub stepper, etc… Une partie du public sera surprise, une autre très contente et une dernière sera déçue.

Rootystep : Pas mal de gens viennent nous voir en soirées et savent que nos sets seront différents. On a quand même un panel musical très large. Dans A Matter Of Scale, il s’agissait d’un voyage entre le jazz et le hip-hop pour finir sur des choses plus stepper ; par conséquent, une partie du public n’est pas étonnée et une autre va nous découvrir et apprécier notre parti pris de ne pas rester figés dans un style. On ne peut pas et on ne veut pas répéter le premier album indéfiniment sur les sorties suivantes.

Le changement est peut-être moins radical avec The Shift qu’entre Midnight Walkers et A Matter Of Scale…

Morgan : Peut-ête, je ne sais pas. Après, il faut bien distinguer la partie album de la partie live. A Matter Of Scale et The Shift sont plus conçus pour être écoutés à la maison. Le live c’est complètement autre chose, on ne vas jouer The Shift de A à Z et on mettra toujours des choses variées, du reggae digital, du hip-hop, du dub…

Mac Gyver : Pour revenir à la question des retours sur l’album, des personnes de mon entourage propre ont pu être déçues, puisqu’elles n’avaient pas du tout les mêmes références que nous en hip-hop. Cependant, maintenant, trois ou quatre mois après la parution et d’autres écoutes, ils se mettent à l’apprécier. Les avis positifs mettent parfois du temps à arriver. Vu que The Shift est sorti en mai, on va attendre de voir comment il vieillit ; on ne va pas se focaliser uniquement sur le moment de la sortie.

Morgan : Oui, on en reparlera dans cinq ans ! (rires)

Le label Ninja Tune a t-il été une référence pour vous pour cet album ?

Mac Gyver : Je ne sais pas s’il s’agit d’influences qu’on pourrait retrouver dans Stand High Patrol, mais personnellement j’ai écouté beaucoup de choses de Ninja Tune et même la sous-branche hip-hop, Big Dada, avec notamment Roots Manuva. On a d’ailleurs déjà samplé du Roots Manuva pour nos lives. Je me souviens aussi de la compilation Xen Cuts pour leurs 10 ans. C’est un très gros label avec énormément d’influences et qui inspire beaucoup d’artistes.

On a pu lire également que vous souhaitiez mixer l’album à la manière des années 50…

Mac Gyver : Pour le mixage et le mastering, on est allé au Kerwax Studio dans les Côtes d’Armor qui est spécialisé dans le matériel analogique américain très ancien (une partie provient justement de Memphis). On a utilisé des échos à bande qui dataient des années cinquante pour créer des effets. On a enregistré sur bandes mais également des effets qui ont été préamplifiés par l’appareil qui enregistrait à bandes pour avoir ce genre de sons. On a mélangé plein de techniques.

Finalement, The Shift n’est-il pas un album de dub même s’il n’y a pas de morceaux dub ?

Mac Gyver : Il faudrait déjà définir ce qu’est le dub ! (rires)

Du remix…

Mac Gyver : Tu as dit le mot, le dub est plus un synomyme de remix qu’un style de musique. Après, on peut effectivement imaginer que le dub ce n’est uniquement ce qui ressemble à King Tubby. Mais la technique peut être reproduite sur tous les genres musicaux : tu parlais de Ninja Tune à l’instant, leurs morceaux abstract hip-hop peuvent être considérés comme le dub du hip-hop.

En référence au free jazz, votre musique devient-elle du free dub ?

Morgan : On n’a jamais vraiment dit qu’on faisait du dub. On utilise des techniques du dub, des machines et des effets et on crée notre propre mixture à partir de tout cela.

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En quoi un Stand High Patrol DJ set est-il différent d’une de vos sessions traditionnelles ?

Morgan : La différence première réside dans le fait qu’il n’y a pas de MC. Généralement les sets ne sont pas extrêmement longs, ça dépasse rarement deux heures, alors qu’avec Pupajim, on peut jouer trois ou quatre heures. Et là du coup, ça laisse plus de place à Merry à la trompette et à Mac Gyver pour tenter des effets sur les instrus. Et finalement, ça nous permet de tester des dubplates vocaux, chose qu’on ne pourrait pas nécessairement envisager quand on est au complet.

Mais la configuration reste la même ? Selecta, operator, etc…

Morgan : Oui, la configuration technique est identique.

Vous n’avez pas prévu de visuels particuliers pour ce soir vu le dispositif scénique ?

Rootystep : Oui, il y a déjà une scénographie en soi avec l’espèce de « ring » au dub corner. On n’a donc pas trop de place pour mettre des écrans. Mais c’est vrai qu’habituellement on travaille avec Kazy qui a fait le graphisme de toutes nos pochettes. Sur scène, il s’occupe des projections animées.

Morgan : D’une manière générale, Kazy vient avec nous quand on amène notre sound system. Avec cette configuration-là, on essaye de penser notre set de façon globale (line-up, vidéos, sound system…).

Rootystep : On a plein de config’, plein, plein ! (rires)

Mac Gyver : En effet, on fait autant de grosses scènes que de petits événements, on aime bien varier ces deux aspects et forcément la configuration évolue en fonction des lieux qui nous accueillent.

Un dernier mot pour La Grosse Radio ?

Mac Gyver : BIG UP La Grosse Radio !!

BIG UP à vous aussi Stand High Patrol !! Merci de nous avoir accordé cette interview.
Merci également à Charlotte du No Logo pour avoir organisé cette rencontre.



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