Entretien avec Asha D

Deuxième interview de notre série consacrée aux musiciens qui opèrent dans la sphère reggae.

Après le guitariste Kubix (voir ici), c’est au tour du batteur Asha D de répondre aux questions de La Grosse Radio dans le cadre du No Logo Festival.

Celui qui est un des piliers d’Artikal Band, groupe qui backe, entre autres, YaniSs Odua, revient sur les batteurs qui l’ont principalement marqué mais également sur ses autres activités en tant qu’artiste.

Bonjour Asha D, merci de nous recevoir au nom de La Grosse Radio. Peux-tu te présenter ?

Je suis Asha D, batteur dans Artikal Band, membre du label Artikal Music et producteur de riddims et d’artistes.

Quelle est ta formation de batteur ?

J’ai commencé par le reggae, c’est vraiment ce genre musical qui m’a donné envie de jouer, surtout Bob Marley (rires) ! Je suis un grand fan de lui et j’ai débuté la batterie avec des morceaux à lui.

Influencé par Carlton Barrett alors ?

Exactement !

Et les autres batteurs tels que Sly Dunbar, par exemple, t-ont-ils inspiré ?

Mes deux grosses références sont Carlton et Sly. Le jeu de Carlton est roots, profond, mystique, intelligent et sauvage à la fois, il y a tout ce qu’il faut dedans ! Mais Sly est également une énorme influence pour moi du fait qu’il est également producteur avec Robbie et leur label Taxi. J’ai lu une fois qu’ils avaient produit plus de 100 000 morceaux ! Ils ont bossé avec toute la planète ! Pendant des années, ils enregistraient jusqu’à 10 riddims par jour ! Et encore maintenant, alors qu’ils ont la soixantaine, qu’ils sont des légendes et qu’ils n’ont plus rien à prouver, ils traînent du matin jusqu’à la nuit dans leur studio ! Ils ont toujours cet amour de la musique. Sly est une personne que je respecte énormément en tant que producteur et batteur. Je l’ai rencontré plusieurs fois et à chaque fois je suis comme un enfant quand je le vois (rires) ! Il m’impressionne plus que des grandes stars. Voilà, mes influences sont claires, c’est le batteur que je kiffe à 2000 % (rires) ! Après, bien évidemment, j’apprécie aussi beaucoup un Style Scott ou un Santa Davis.

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Et dans le rock, y a t-il des batteurs qui t’ont marqué ?

Oui, bien sûr, notamment le batteur de Police. Mais pour être tout à fait franc, je suis resté très longtemps bloqué sur le reggae. Mes racines restent avant tout reggae, même si, depuis quelques années, je m’ouvre beaucoup plus, j’écoute d’autres styles de musique. J’aime énormément la musique africaine par exemple ou le gospel. Les batteurs de gospel sont extraordinaires ! En Afrique Du Sud, il existe une sorte de band afro-gospel qui s’appelle Joyous Celebration avec d’excellents musiciens ; la musique est assez religieuse mais elle reste quand même festive. L’ancien batteur, qui était un prodige, est décédé dans un accident de voiture il y a quelques années ; il a été remplacé par un gars tout aussi prodigieux. On trouve beaucoup de très bons musiciens en Afrique et on se sent tout petit lorsqu’on est à côté d’eux, puisqu’ils sont vraiment forts !

Ces nouvelles inspirations nourrissent-elles ton travail au sein d’Artikal ?

A fond ! Mais pour être plus précis, ça nourrit notre travail à tous chez Artikal. Ça fait longtemps qu’on se connaît et qu’on fait de la musique ensemble. On vient tous de la même culture musicale, à savoir le roots, même si on a toujours beaucoup écouté de hip-hop également. Mais on capte toutes ces autres influences qui peuvent venir d’Afrique. On se fait tourner plein de choses, notamment du gospel ; d’autant plus que certains d’entre nous, Ilon, Fab et moi, jouons du gospel maintenant dans d’autres formations depuis environ quatre ou cinq ans. C’est très enrichissant pour nous, on essaye d’apporter cette touche dans nos productions. On est très porté sur les musiques qui nous ressemblent finalement et, à la vérité, je me suis peut-être moins intéressé au rock, à part des artistes comme les Rolling Stones ou Bruce Springsteen. On reste très marqués par le reggae, sachant qu’on est né dedans. Reggae à 2000% ! (rires)

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Tu es également ingénieur du son, on a pu te voir mixer quelques dubs à travers des live vidéos. Qu’est-ce qui t’a poussé à développer cet aspect de la musique ?

Un esprit d’indépendance, faire les choses par nous-mêmes. Comme je te le disais, avec Artikal, on travaille ensemble depuis très longtemps. Avec Doc [clavier d’Artikal,NDLR], par exemple, ça fait plus de vingt ans qu’on se connaît. On a monté le studio ensemble. Il était ingé son avant moi et c’est presque lui qui m’a appris le métier. C’est quelque chose que je kiffe, puisque j’adore être en studio tous les jours du matin au soir, comme Sly Dunbar (rires), tous ceux qui me connaissent le savent (rires) ! Et hormis Doc, j’ai appris auprès d’autres ingés son et par la suite j’ai fait des stages pour me perfectionner. C’est la passion de la musique qui rythme tout cela, un besoin de produire tout simplement. On a investi dans du matériel depuis des années, on a bâti notre propre studio et maintenant des groupes viennent enregistrer chez nous. Par ailleurs, sur toutes les vidéos que nous avons publiées récemment, c’est Doc qui gère la partie vidéo pendant que moi je m’occupe du son. Tout est fait par l’équipe, « en famille ». A ce propos, on a fait évoluer le concept des 360° : on est conscient du fait qu’il y avait des lacunes sur les premières vidéos, on a donc amélioré les choses et on commence à être vraiment satisfaits du travail. [voir la dernière vidéo 360° avec Cali P]

Il existe une autre facette de ta personnalité : tu es également chanteur. As-tu un album en prévision ?

On en revient à la même histoire : sachant qu’on a notre studio, on enregistre en permanence. Je dois avoir une cinquantaine de titres sous la main. Mais il y a un gros problème, c’est de pouvoir gérer tout ce que je fais. C’est très compliqué. Je me contente donc d’exercer mon métier de batteur proprement ; c’est déjà une mission en soi (rires) ! J’ai également le studio et le label à gérer, ce qui demande énormément de temps et d’énergie et si je devais ajouter à cela une carrière de chanteur, ça deviendrait impossible. Mais il est vrai que par moments j’ai des choses à dire et j’enregistre des chansons. J’ai pu avoir de très bons retours et des encouragements, mais j’avoue que ce n’est pas ma priorité pour l’instant. J’ai fait le morceau « Hallelujah » pour la vibe et le plaisir, les retours positifs m’ont fait du bien. Mais aujourd’hui, je me concentre avant tout sur tout le travail avec YaniSs Odua et de studio qui nous prennent beaucoup de temps.

Un dernier mot pour La Grosse Radio ?

Merci pour votre soutien et votre travail ! Continuez à soutenir le reggae sous toutes ses formes. C’est aussi grâce aux radios et aux sites internet que les artistes et les labels peuvent survivre. BIG UP à tous les auditeurs et à tous les lecteurs ! Que Dieu vous bénisse tous. Merci à tous !

Merci à toi aussi Asha D pour nous avoir accordé cette interview !
Merci également à Nao et à Charlotte du No Logo pour avoir organisé cette rencontre !

Crédit photos : Live-i-Pix



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